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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202652

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202652

mardi 9 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202652
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantMARIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 6 avril et 1er juin 2022, Mme C A E épouse F et M. B F, représentés par Me Marie, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler :

- la décision du 7 mars 2022 par laquelle la préfète de l'Ain a rejeté la demande de regroupement familial formée par Mme F au bénéfice de son époux ;

- l'arrêté du 7 mars 2022 par lequel la préfète de l'Ain a refusé d'admettre M. F au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui accorder le bénéfice du regroupement familial au profit de son époux ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision portant refus du regroupement familial méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant refus de titre de séjour est illégale dès lors que M. F n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celles de l'article L. 435-1 du même code ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 8 avril 2022 la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juin 2022.

Un mémoire en défense présenté par la préfète de l'Ain a été enregistré le 3 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les observations de Me Marie, représentant M. et Mme F.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A E, ressortissante gabonaise née le 23 septembre 1994, est entrée régulièrement en France, le l5 septembre 2018, munie d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valant titre de séjour et a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de " salarié " du 5 septembre 2019 jusqu'au 4 septembre 2021. Le 7 août 2020, elle a épousé M. F, ressortissant gabonais qui sera muni d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valide jusqu'au 19 septembre 2020. Le 15 septembre 2020, M. F a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " mais sa demande a été rejetée le 15 octobre suivant par la préfète de l'Ain qui a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français ; la légalité de cet arrêté sera confirmée par le tribunal le 25 février 2021 puis par la cour administrative d'appel de Lyon, le 2 novembre 2021. Le 31 août 2021, Mme F a déposé une demande de regroupement familial au bénéfice de son époux auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par une décision du 7 mars 2022, la préfète de l'Ain a refusé de faire droit à sa demande. Par un arrêté du 7 mars 2022, la même autorité, a refusé d'admettre M. F au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. et Mme F demandent au tribunal, par la présente requête, l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

En ce qui concerne la décision portant refus de regroupement familial :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 432-2 à L. 432-4 () ". Aux termes de l'article L. 434-2 du même code : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; () ". Enfin, selon l'article L. 434-6 dudit code : " Peut être exclu du regroupement familial : / () 3° Un membre de la famille résidant en France ".

3. Lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu de rejeter la demande même dans le cas où l'étranger demandeur du regroupement ne justifierait pas remplir l'une des conditions requises tenant aux ressources, au logement ou à la présence anticipée d'un membre de la famille sur le territoire français, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

5. Mme F fait état, d'une part, de la durée de sa relation avec son époux rencontré en 2015, de leurs fiançailles le 7 août 2016 à Libreville puis de leur mariage célébré à Bourg-en-Bresse le 7 août 2020 ainsi que de la naissance de leur fille, le 15 août 2021. Il ressort toutefois des pièces du dossier que ce mariage demeure récent et que la requérante ne pouvait ignorer l'incertitude de l'établissement immédiat de la cellule familiale en France où son époux avait été admis à séjourner pour poursuivre des études et non pour un motif pérenne. La requérante soutient, par ailleurs, qu'en cas de retour dans leur pays d'origine, son époux et elle-même pourraient être victimes de pression " en raison de la tradition Obali selon laquelle elle aurait dû épouser son grand-père à la suite du décès de sa grand-mère ". Si la requérante verse au débat des attestations et des courriels rédigés par des membres de sa famille, ces documents, établis au mois de mars 2022, soit postérieurement à la date de la décision en litige, ne suffisent pas à établir la réalité des risques encourus alors qu'il est au demeurant constant que ni son époux ni elle-même n'ont sollicité leur admission au séjour au titre de l'asile. Par suite, dès lors qu'il n'est pas démontré que son époux serait dans l'impossibilité de regagner temporairement le Gabon, le temps de l'instruction de la procédure de regroupement familial, eu égard à ses conditions de séjour, Mme F n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés doit ainsi être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. La décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer durablement l'enfant en bas-âge de l'un de ses deux parents dès lors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la cellule familiale ne pourra se reconstituer au Gabon, pays dont l'enfant et ses parents ont la nationalité, ou en France lorsque M. F aura obtenu la délivrance d'un visa de long séjour auprès des autorités consulaires françaises. Il s'ensuit que la décision de refus n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

8. En premier lieu, M. F soutient que la décision contestée a été prise " en pure opportunité par la préfète de l'Ain " alors qu'il n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Toutefois, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que la préfète, en envisageant la possibilité d'admettre le requérant au séjour au titre de sa vie privée et familiale sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a entendu apprécier, dans le cadre du pouvoir de régularisation dont elle dispose, l'opportunité d'une mesure de régularisation compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé. En outre, et en tout état de cause, le requérant ne soutient ni même n'allègue avoir été privé d'une garantie. Le moyen doit, par suite, être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

10. M. F soutient qu'il a établi en France le centre de ses intérêts privés et familiaux auprès de son épouse et de sa fille. Toutefois, entré en France pour poursuivre des études supérieures et non pour un motif pérenne, il ne pouvait ignorer l'incertitude de son établissement familial immédiat sur le territoire national. Le requérant se prévaut en outre de ses perspectives d'insertion professionnelle dès lors qu'il a obtenu un BTS en transport Logistic-transit, un Bachelor en management international et business, qu'il a suivi en France une formation à la langue anglaise qu'il justifie d'une expérience professionnelle dans le cadre de missions d'intérim au sein de l'entreprise Grosfillex et bénéficie d'une promesse d'embauche établie le 8 septembre 2020 par la société AD Perm pour un contrat de travail à durée indéterminée intérimaire mais également de son insertion sociale en raison de son activité bénévole au sein de l'association France Bénévolat des Pays de l'Ain depuis le mois de février 2020. Ces éléments ne suffisent cependant pas à établir une insertion socio-professionnelle particulièrement notable et ancrée sur le territoire français. Enfin, le requérant ne soutient ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de quarante ans et où sont nécessairement ancrées ses attaches sociales et culturelles. Par suite, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit ainsi être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

12. La situation personnelle, familiale et professionnelle de M. F telle qu'exposée au point 10, notamment les circonstances qu'il est marié et père d'une petite fille, que son épouse est en situation régulière et qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche, ne permettent pas de caractériser des circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, c'est sans méconnaître ces dispositions que la préfète de l'Ain a pu refuser l'admission exceptionnelle au séjour de M. F au titre de sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, il ne ressort ni de la lecture de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète de l'Ain n'aurait pas procédé à un examen réel de sa situation personnelle, familiale et professionnelle. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.

15. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en l'absence de toute argumentation distincte dirigée contre la mesure fixant le pays de destination être écarté par les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point 10.

16. Il résulte de tout ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme et M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A E épouse F, à M. B F et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Collomb, première conseillère,

M. Pineau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2022.

La rapporteure,

C. D

La présidente,

A. Baux

La greffière,

C. Réveillé

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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