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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202662

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202662

mardi 9 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202662
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 7 avril 2022, sous le n° 2202662, M. B E, représenté par Me Vray, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2021 par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans le délai de deux mois :

- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation et d'une erreur de droit en l'absence d'examen de sa situation particulière ;

- il méconnait les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance en date du 8 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 1er juin 2022.

II. Par une requête enregistrée le 7 avril 2022, sous le n° 2202668, Mme D C épouse E, représentée par Me Vray, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2021 par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans le délai de deux mois :

- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

- à titre subsidiaire, de lui réexaminer sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation et d'une erreur de droit en l'absence d'examen de sa situation particulière ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- s'agissant de l'appréciation portée sur sa vie privée et familiale, elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et subsidiairement celles de l'article L. 435-1 du même code ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance en date du 8 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 1er juin 2022.

M. et Mme E ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 18 mars 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Vray, représentant M. et Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées présentées par M. et Mme E, membres d'une même famille, posent des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. et Mme E, ressortissants albanais, respectivement nés les 15 février 1970 et 29 juillet 1972, déclarent être entrés en France le 7 octobre 2012, accompagnés de leurs enfants alors mineurs. Leurs demandes d'asile ont été rejetées tant par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), le 12 juin 2014, et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 5 janvier 2015. Par deux arrêtés du 2 avril 2015, dont la légalité a été confirmée par le tribunal le 31 décembre suivant, le préfet de la Loire a refusé de les admettre au séjour et les a obligés à quitter le territoire français. Le 7 novembre 2017, les intéressés ont sollicité la délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " travailleur temporaire ". Par deux arrêtés du 1er décembre 2021, dont M. et Mme E demandent au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de la Loire a rejeté leurs demandes, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office.

3. Les arrêtés du 1er décembre 2021 qui mentionnent la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment ses articles L. 421-1, L. 421-3, L. 423-23 et, L. 435-1 et qui précisent les circonstances relatives à la situation personnelle et familiale des requérants et notamment qu'ils ont fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, que leurs trois enfants majeurs résident sur le territoire national, qu'ils ne maitrisent pas la langue française, que leurs activités bénévoles ou professionnelles ne permettent pas de justifier d'une insertion, que leurs conditions d'existence sont empreintes d'une grande précarité et enfin, qu'ils ne justifient ni de considérations humanitaires ni de motifs exceptionnels, comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions portant refus de titre de séjour et qui ont permis aux requérants d'en discuter utilement. Ainsi, en application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, prises sur le fondement de l'article L. 611-1, 3° de ce code, qui au demeurant comportent les considérations de fait et de droit qui les fondent, n'avaient pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, leur motivation se confondant avec celle des décisions portant refus de titre de séjour dont elles découlent nécessairement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des arrêtés en litige qui manque en fait doit être écarté.

4. En outre, au regard de la motivation suffisante des arrêtés en litige telle que décrite au point précédent, il ne ressort ni de leurs termes, ni d'aucune autre pièce des dossiers que la préfète de la Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M.et Mme E avant de refuser de les admettre au séjour. S'il est loisible aux requérants de contester l'appréciation portée par l'autorité administrative, cette divergence d'analyse ne saurait établir le défaut d'examen invoqué alors que les décisions attaquées rappellent les éléments déterminants de leur situation. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

6. M. et Mme E font état, d'une part, de leur présence en France depuis plus de neuf années à la date des arrêtés contestés, de ce qu'ils ont bénéficié durant sept années de récépissés, d'autre part, de leur forte volonté d'intégration sur le territoire national, notamment par leur apprentissage de la langue française, par leur engagement bénévole, depuis 2013, au sein du Secours Catholique et, enfin, de ce que leurs trois enfants résident sur le territoire français, leurs filles vivant en concubinage avec des ressortissants français et algérien, ce dernier étant titulaire d'une carte de résident, avec lesquels elles ont eu des enfants qui n'ont pas vocation à quitter le territoire français. Toutefois, il est constant que les requérants qui sont entrés sur le territoire national alors qu'ils étaient déjà âgés de quarante-deux et quarante ans, s'y sont maintenus malgré le rejet définitif de leurs demandes d'asile et une première mesure d'éloignement prise à leur encontre, en 2015. En outre, leurs enfants étant majeurs, il appartiendra aux requérants de solliciter un visa des autorités consulaires afin de venir leur rendre visite ainsi qu'à leurs petits-enfants. Enfin, si les intéressés font état de perspectives d'insertion professionnelle, ils n'en justifient pas en se bornant à verser au dossier, s'agissant de la seule requérante, des CESU pour les années 2017 à 2021. Ainsi, eu égard à leurs conditions de séjour, M. et Mme E ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés en litige auraient porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pourra être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

8. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui n'est pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire". Dans cette hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont il ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

9. En l'espèce, il ressort de la lecture de la décision attaquée que Mme E a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en vue d'obtenir la délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " travailleur temporaire " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si la requérante soutient que pour rejeter sa demande la préfète de la Loire ne pouvait se borner à relever que Mme E " ne justifi(ait) être titulaire ni d'un contrat de travail, ni d'une promesse d'embauche visés par les services de la main d'œuvre étrangère " et qu'elle " ne peut être regardée comme justifiant de motifs exceptionnels " sans examiner notamment si la qualification, l'expérience et les diplômes de la requérante ainsi que les caractéristiques de l'emploi qu'elle occupe pouvaient constituer des motifs exceptionnels d'admission au séjour et ce alors que la condition d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes ne peut être opposée dans le cadre d'une demande d'admission exceptionnelle, il est toutefois constant que la requérante s'est contentée de communiquer aux services instructeurs des CESU et des bulletins de salaire pour des emplois à domicile pour les années 2017, 2018, 2019, 2020 et 2021 sans produire aucun autre élément justifiant notamment de ce qu'elle serait titulaire d'une qualification particulière, de diplômes ou encore de ce qu'elle bénéficierait de contrat de travail voire de promesses d'embauches, les documents dont l'intéressée fait état n'étant relatifs qu'à la situation de sa fille. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'erreur de droit que la préfète de la Loire a considéré que l'admission au séjour de Mme E ne répondait pas à des considérations humanitaires et ne se justifiait pas au regard de motifs exceptionnels. Ce moyen pourra donc, comme les précédents, être écarté.

10. Si M. E soutient également que la préfète de la Loire aurait méconnu les dispositions susmentionnées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en se bornant à faire état de l'ensemble des éléments précisés au point 6, l'intéressé ne fait état d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel, au sens des dispositions susmentionnées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour et, par suite, à démontrer que la préfète de la Loire aurait méconnu les dispositions en cause.

11. Si enfin, les requérants soutiennent que les décisions portant obligation de quitter le territoire français méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en l'absence de toute argumentation distincte de celle développée au point 6, ce moyen sera écarté par les mêmes motifs qu'ils l'ont été dans le point en cause.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de ces requêtes doivent être rejetées en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme E sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Mme D C épouse E et à la préfète de la Loire.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Collomb, première conseillère,

M. Pineau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2022.

La présidente-rapporteure,

A. A L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. Collomb

La greffière,

C. Réveillé

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

2-2202668

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