mardi 9 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2202696 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | GUERAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 avril et 25 mai 2022, Mme C B, représentée par Me Guerault, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures:
1°) d'annuler l'arrêté du 24 décembre 2021 par lequel le préfet du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône :
- de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compte de la date de notification du jugement à intervenir jusqu'au réexamen de sa situation administrative, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
- de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé l'autorisation à travailler dans le délai de huit jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1300 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- les décisions contestées sont entachées d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier et complet de sa situation ;
- elles sont entachées d'un vice de procédure et méconnaissent les articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que :
* le préfet du Rhône n'a pas produit l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
* il n'est pas possible de connaître l'identité du médecin rapporteur ni davantage celles des médecins ayant siégé au sein du collège de médecins de l'OFII qui se sont prononcés sur son état de santé ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.
Par une ordonnance du 8 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juin 2022 à 12 heures.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante guinéenne (République de Guinée), née le 15 janvier 1954, est entrée en France le 1er juillet 2014, munie d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valide jusqu'au 12 août 2014. Elle a bénéficié d'un titre de séjour en raison de son état de santé, valide du 3 avril 2015 au 2 avril 2016 qui sera renouvelé jusqu'au 11 octobre 2020. Le 30 novembre 2020, Mme B a, de nouveau, sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 24 décembre 2021, dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.
2. En premier lieu, il ne ressort ni de la lecture des décisions attaquées ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier et complet de la situation de Mme B. S'il est loisible à la requérante de contester l'appréciation portée par l'autorité administrative sur sa situation personnelle et familiale ainsi que sur son état de santé, cette divergence d'analyse ne saurait suffire à établir le défaut d'examen invoqué. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier doit être écarté.
3. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". L'article R. 425-11 du même code dispose : " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration./ L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé./ Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". En vertu de l'article R. 425-12 du code précité : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins () ". Enfin, aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. () ".
4. D'une part, il ressort des pièces transmises par le préfet du Rhône qu'un rapport médical a été établi le 19 mars 2021 à la suite de la demande de titre de séjour présentée par Mme B. Ce rapport a été transmis au collège de médecins de l'OFII le même jour. Conformément aux dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un avis versé au débat par le préfet du Rhône, a été émis le 6 avril 2021, soit préalablement à l'édiction de la décision attaquée par un collège de médecins de l'OFII composé de trois médecins, le médecin rapporteur, dont l'identité a été justifiée par le préfet du Rhône, n'en faisant pas partie, ledit avis ayant considéré que si l'état de santé de Mme B nécessitait une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé guinéen, elle pourrait effectivement y bénéficier des soins nécessaires à son état de santé et voyager sans risque à destination de ce pays. Le moyen tiré du vice de procédure pourra ainsi être écarté, en toutes ses branches.
5. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
6. Pour contester l'avis du collège de médecins de l'OFII dont le préfet du Rhône s'est approprié le sens, Mme B soutient que, souffrant d'artériopathie sténosante, d'un diabète et d'une rétinopathie bilatérale et ayant subi une chirurgie de la cataracte bilatérale ainsi qu'une amputation transtibiale gauche en 2014 à la suite d'une artérite de stade IV et d'un diabète très déséquilibré, elle ne pourra bénéficier de soins appropriés dans son pays d'origine. Elle verse au débat des attestations établies par un médecin généraliste le 12 janvier 2022 et par des infirmières libérales les 17 février 2022, 21 avril et 2 mai 2022 ainsi que par son fils, qui font état des soins nécessaires au traitement de ses pathologies chroniques et, en particulier, de la surveillance nécessaire à son diabète insulino-dépendant et de sa prothèse, l'attestation du médecin précisant en outre que " l'accessibilité au traitement à l'insuline en Guinée est très variable " et que son pays connaît une " carence d'ophtalmologues ". Toutefois, si ces attestations attestent de la gravité de l'état de santé de la requérante, elles ne suffisent pas à démontrer qu'il n'existerait pas de traitements et de prise en charge appropriés à ses pathologies dans son pays d'origine et ne permettent ainsi pas, à elles seules, de contredire utilement l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII le 6 avril 2021, ensemble la décision portant refus de titre de séjour. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Rhône aurait méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
8. Mme B fait état de son état de santé et de sa durée de sa présence en France où elle est hébergée et prise en charge par l'un de ses fils, de nationalité française. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la requérante n'a été admise à séjourner en France que pour un motif non pérenne, les pièces qu'elle verse au débat ne permettant pas d'établir, ainsi que cela a été exposé au point 6, qu'elle ne pourrait désormais bénéficier de traitements et d'une prise en charge appropriés à son état de santé, en Guinée, ni que son état de santé nécessiterait une assistance permanente que seul son fils pourrait lui fournir. En outre, la requérante ne soutient ni même n'allègue être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident plusieurs de ses enfants, ses frères, sa sœur, où elle a vécu jusqu'à l'âge de soixante ans et où sont nécessairement ancrées ses attaches culturelles et sociales. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment aux conditions de son séjour, Mme B qui n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, qu'elle ne pourrait poursuivre sa vie privée et familiale dans son pays d'origine, n'est pas fondée à soutenir que les décisions attaquées auraient porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.
9. En outre, en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions en litige sur la situation personnelle de la requérante pourra être écarté par les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés.
10. Il résulte de tout ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
Mme Collomb, première conseillère,
M. Pineau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2022.
La rapporteure,
C. A
La présidente,
A. Baux
La greffière,
C. Réveillé
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026