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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202702

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202702

mardi 9 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202702
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantHMAIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 avril et 16 juin 2022, M. C A, représenté par Me Hmaida, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2021 par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence temporaire ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que le pli contenant l'arrêté attaqué ne lui a pas été régulièrement notifié et qu'il n'a eu connaissance des décisions en litige que le 9 mars 2022 ;

1°) s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier et sérieux de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour de étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation par le préfet de son pouvoir de régularisation ;

2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 10 juin 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est tardive et, dès lors, irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

La demande d'aide juridictionnelle de M. A a été rejetée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 10 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Collomb,

- les conclusions de M. Habchi, rapporteur public,

- et les observations de Me Hmaida, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, né le 2 mai 1977, est entré en France le 14 août 2014 muni d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Le 27 avril 2018, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 7 décembre 2021, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Rhône :

2. L'article L. 776-1 du code de justice administrative dispose que : " Les modalités selon lesquelles le tribunal administratif examine les recours en annulation formés contre les obligations de quitter le territoire français, les décisions relatives au séjour qu'elles accompagnent, les interdictions de retour sur le territoire français et les interdictions de circulation sur le territoire français obéissent, sous réserve des articles L. 651-3 à L. 651-6, L. 652-3, L. 653-3, L. 761-3, L. 761-5, L. 761-9, L. 762-3 et L. 763-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux règles définies aux articles L. 614-2 à L. 614-19 du même code.". Aux termes de l'article L. 614-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus par le présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagne le cas échéant. / () ". Aux termes de l'article L. 614-4 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. / Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux, qui comportait la mention des voies et délais de recours, a été adressé au requérant par lettre recommandée avec accusé de réception. Si le préposé de La Poste a coché la case portant la mention " pli avisé et non réclamé " sur l'avis de réception attaché au pli et indiqué que le courrier avait été présenté au domicile de M. A, le 9 décembre 2021, aucune de ces pièces ne porte la mention du délai accordé au destinataire pour venir retirer le pli au bureau de poste. Dans ces conditions, la notification de l'arrêté du 7 décembre 2021 ne peut être regardée comme régulièrement intervenue. La fin de non-recevoir opposée par le préfet du Rhône en défense doit, par suite, être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, n'est pas applicable aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, l'autorité administrative peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

5. Si le requérant invoque les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort néanmoins de la lecture de la décision attaquée que, conformément au principe exposé au point précédent, le préfet du Rhône a relevé que M. A, ressortissant algérien, ne pouvait pas bénéficier de la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions mais qu'il y avait lieu d'examiner si sa situation professionnelle justifiait une mesure de régularisation, de telle sorte que le requérant doit être regardé, lorsqu'il invoque un défaut d'examen sérieux et particulier en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme invoquant la commission d'une telle erreur de droit dans l'exercice du pouvoir de régularisation du préfet.

6. M. A a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " salarié " en joignant à son dossier une promesse d'embauche, datée du 23 janvier 2020, pour un emploi de commis de cuisine, sous contrat de professionnalisation d'une durée de dix-huit mois au sein du restaurant " La voute chez Léa " situé à Lyon ainsi que des courriers adressés par le gérant de l'établissement, à la préfecture du Rhône, les 23 octobre 2017 et 1er octobre 2021, faisant état des raisons pour lesquelles il souhaitait recruter l'intéressé. Il est ainsi précisé dans ce dernier courrier, envoyé à l'administration par lettre recommandée avec accusé de réception, doublée d'un envoi par courriel, que M. A " est actuellement en formation () pour valider un certificat de qualification professionnelle " commis de cuisine " ", qu'il " a confirmé être un salarié très investi et sérieux, et particulièrement motivé pour obtenir son diplôme () ". L'employeur, qui a joint une attestation de formation en date du 23 juin 2021, indique en outre qu'un contrat de travail à durée indéterminée sera proposé à l'intéressé en cas d'obtention de ce diplôme. Enfin, M. A verse également au débat ses bulletins de salaire depuis le 1er septembre 2020. Pourtant, pour refuser de lui délivrer le certificat de résidence sollicité, le préfet du Rhône s'est borné à relever que, selon les dispositions des articles L. 5221-6 et L. 5221-5 du code du travail, la délivrance d'une autorisation de travail dans le cadre d'un contrat aidé est réservée aux seuls étrangers déjà autorisés à séjourner en France tels que les jeunes suivis par l'Aide sociale à l'enfance et entrant dans le cadre de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'après " un examen particulièrement attentif, la situation de l'intéressé ne répond pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant une admission exceptionnelle au séjour ", sans par ailleurs examiner si la qualification, l'expérience et le diplôme du requérant ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postulait, pouvaient constituer de tels motifs. Dans ces conditions, il y a lieu de considérer que le préfet du Rhône n'a pas procédé à un examen complet de sa demande dans le cadre du pouvoir de régularisation dont il disposait. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la décision refusant de l'admettre au séjour est entachée d'une erreur de droit et doit, pour ce motif, être annulée.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision refusant d'admettre au séjour M. A doit être annulée et qu'il en est de même, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Rhône, dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement, de procéder au réexamen de la situation de M. A, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante, une somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du préfet du Rhône du 7 décembre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Rhône, dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement, de procéder au réexamen de la situation de M. A.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Hmaida et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Collomb, première conseillère,

M. Pineau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2022.

La rapporteure,

C. Collomb

La présidente,

A. Baux

La greffière,

C. Réveillé

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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