mardi 9 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2202718 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | LOUVIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 6 et 20 avril 2022 et le 24 mai 2022, M. C A, représenté par Me Louvier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler l'arrêté du 28 mars 2022 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Il soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée au regard de sa situation personnelle ;
Par une ordonnance du 11 avril 2022 la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juin 2022.
Un mémoire en défense présenté par la préfète de l'Ain a été enregistré le 2 juin 2022.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant albanais, né le 14 février 1992, déclare être entré en France le 22 janvier 2018. Après avoir été placé sous procédure dite " Dublin " pour un éventuel renvoi vers l'Allemagne, alors que la France était devenue responsable de sa demande d'asile, celle-ci sera rejetée, en dernier lieu, par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 26 août 2019. Le 8 novembre 2019, l'intéressé a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté en date du 1er juillet 2020, la préfète de l'Ain a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. La légalité de ces décisions a été confirmée par le tribunal le 31 décembre suivant. Le 31 janvier 2022, M. A a, de nouveau, sollicité son admission au séjour. Par un arrêté du 28 mars 2022, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de l'Ain a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
3. M. A fait état, d'une part, de ce que sa vie privée et familiale est désormais installée en France où il réside depuis quatre ans auprès de ses parents et de l'un de ses frères, chacun d'entre eux bénéficiant d'un titre de séjour et, d'autre part, de son insertion sociale et professionnelle dès lors qu'il est locataire de l'appartement qu'il occupe à Oyonnax et qu'il bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée pour un emploi d'ouvrier polyvalent. Toutefois, la circonstance que des membres de sa famille se soient vus reconnaître le statut de réfugiés en 2016 est sans incidence sur le droit au séjour du requérant dont la demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la CNDA. Il est en outre constant que l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire national en dépit de l'obligation qui lui a été faite, le 1er juillet 2020, de quitter le territoire français. Célibataire et sans charge de famille en France, le requérant, qui ne justifie pas y avoir noué de liens personnels et amicaux d'une particulière intensité, ne soutient ni même n'allègue être dépourvu d'attaches en Albanie où il a passé l'essentiel de son existence et où sont nécessairement ancrées ses attaches sociales et culturelles. Il ressort également des pièces du dossier que l'un de ses deux frères a fait l'objet, le 15 novembre 2019, d'une mesure d'éloignement et qu'il a ainsi vocation à regagner l'Albanie. En outre, M. A ne justifie d'aucun diplôme ni formation ni même d'une expérience professionnelle significative et les éléments dont ils se prévaut ne suffisent pas à établir une insertion socio-professionnelle stable et ancrée en France. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :
4. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () ;3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 dudit code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / ()5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".
5. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, la préfète de l'Ain a relevé que l'intéressé s'était soustrait à une précédente mesure d'éloignement et qu'il existait, dès lors, un risque qu'il se soustrait, à nouveau, à l'exécution de l'arrêté en cause. Si le requérant soutient avoir fait preuve de transparence en communiquant à l'administration l'adresse de son lieu de résidence et que sa présence sur le territoire national ne représente pas une menace pour l'ordre public, ces éléments demeurent toutefois sans incidence sur la possibilité pour l'autorité administrative de refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire en se fondant sur le constat que l'intéressé s'était précédemment soustrait à une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit pourra être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
7. M. A fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé et il entre, dès lors, dans les prévisions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, pour lesquels l'autorité administrative assortit son obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction ne soit pas édictée. Le requérant fait état des conséquences de la décision contestée sur sa vie privée et familiale et notamment de la circonstance que faisant l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen, il ne pourra obtenir ni visa ni titre de séjour. Toutefois, contrairement à ce que semble alléguer l'intéressé, la préfète de l'Ain ne s'est pas fondée, pour édicter la décision en litige et en déterminer la durée, sur le motif tiré de ce que son comportement constituerait une menace pour l'ordre public mais sur la circonstance qu'il avait fait l'objet d'une précédente mesure l'éloignement et ne justifiait pas d'une vie privée intense stable et ancienne en France où il demeure célibataire et sans charge de famille. En outre la seule présence sur le territoire national de ses parents et de l'un de ses frères ne saurait suffire à établir le caractère disproportionné de l'interdiction de retour en litige d'une durée d'un an alors que la durée maximale de cette interdiction peut aller jusqu'à deux ans ni davantage constituer des circonstances humanitaires qui auraient dû conduire la préfète de l'Ain à ne pas prononcer à son encontre la décision attaquée. Enfin, si le requérant soutient que la décision attaquée a pour conséquence une impossibilité de pénétrer dans l'ensemble de l'espace Schengen, cet élément qui relève des conséquences de la décision contestée, demeure sans incidence sur sa légalité alors, au demeurant, qu'il est loisible à l'intéressé, une fois qu'il aura quitté le territoire national, de solliciter l'abrogation de cette mesure. Ainsi, il résulte de l'ensemble de ces éléments que la préfète de l'Ain n'a ni méconnu les dispositions de L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni fait une inexacte application des dispositions de L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en édictant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête cette requête doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
Mme Collomb, première conseillère,
M. Pineau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2022.
La rapporteure,
C. B
La présidente,
A. Baux
La greffière,
C. Réveillé
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026