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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202731

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202731

mardi 9 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202731
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantMESSAOUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 avril 2022, Mme F, représentée par Me Messaoud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône :

- à titre principal, dans l'hypothèse où le refus de titre de séjour serait annulé, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou si l'annulation n'implique pas nécessairement la délivrance d'un titre de séjour, de procéder à une nouvelle instruction de sa demande en lui délivrant durant cette instruction, une autorisation provisoire de séjour,

- à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où seule la décision portant obligation de quitter le territoire français serait annulée, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'administration ait à nouveau statué sur son cas conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Mme D soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il est entaché d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation individuelle ;

1°) s'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans leur application ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

3°) s'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par une ordonnance du 11 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juin 2022.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante tchadienne née le 4 novembre 1989, est entrée régulièrement en France en août 2015 munie d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant " pour poursuivre des études supérieures. L'intéressée a ensuite obtenu le délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiante, valable jusqu'au 9 octobre 2017. Le 18 février 2021, Mme D a sollicité la régularisation de sa situation en qualité d'étudiante. Par un arrêté en date du 20 janvier 2022, le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de renvoi. Mme D demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, en date du 20 janvier 2022, a été signé par Mme C B, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, laquelle bénéficiait d'une délégation à cet effet de la part du préfet du Rhône, en date du 1er décembre 2021, et publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du Rhône du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué ne peut qu'être écarté.

3. En second lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme D avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour et de lui faire obligation de quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours à destination du pays dont elle a la nationalité ou tout pays où elle établit être légalement admissible. S'il est loisible à la requérante de contester l'appréciation portée par le préfet en soutenant que son parcours universitaire était de nature à justifier une dispense de visa de long séjour, cette divergence d'analyse ne saurait établir le défaut d'examen invoqué, pas davantage que la circonstance que Mme D entende se prévaloir de problèmes de santé intervenus au cours de l'année 2016-2017 pour expliquer l'échec des études alors poursuivies. Le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

4. En premier lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier doit, en l'absence de toute argumentation distincte et alors que la décision en litige rappelle de manière détaillée le parcours académique de l'intéressée depuis son arrivée en France, être écarté par les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Selon les termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Enfin, aux termes de l'article R. 431-8 du même code : " L'étranger titulaire d'un document de séjour doit, en l'absence de présentation de demande de délivrance d'un nouveau document de séjour six mois après sa date d'expiration, justifier à nouveau, pour l'obtention d'un document de séjour, des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance d'un document de séjour. () ".

6. Pour refuser de délivrer à Mme D le titre de séjour sollicité, le préfet du Rhône a relevé qu'elle s'était maintenue durant trois ans en situation irrégulière à l'expiration de son visa de long séjour valant titre de séjour et qu'à l'appui de sa demande, l'intéressée ne présentait pas le nouveau visa de long séjour exigé par l'article R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ensuite, le préfet a précisé, s'agissant de la possibilité d'exempter Mme D de la condition de visa de long séjour, qu'elle avait interrompu ses études durant trois ans, qu'inscrite dans une formation de niveau bac+3 en alternance, elle ne justifiait pas d'une inscription valide en l'absence de contrat d'alternance, l'inscription présentée étant en outre de niveau inférieur à sa dernière inscription en bac +5 et qu'enfin, l'intéressée ne justifiait pas davantage disposer de moyens d'existence permettant de couvrir ses frais de scolarité et de séjour en France dans la mesure où elle a déclaré être interdit bancaire et bénéficier d'une aide en nature par une tierce personne. Ainsi, si la requérante soutient que le préfet aurait dû la dispenser de la présentation d'un visa de long séjour ainsi que le prévoient les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle se borne à invoquer une nécessité liée au déroulement de ses études en invoquant son inscription en bachelor " Chargé des ressources humaines " au sein du PPA Business School pour l'année 2021-2022 sans éléments précis ayant trait à son cursus qui feraient obstacle à ce qu'elle sollicite un visa de long séjour alors qu'il est constant qu'elle s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire national durant trois ans au cours desquels elle n'a pas poursuivi de formation. Si par ailleurs, Mme D souligne le caractère réel et sérieux de sa formation et fait état de problèmes de santé ayant compliqué le suivi de ses études, elle ne justifie pas avoir étudié durant les années 2017-2018, 2018-2019 et 2019-2020, le certificat daté du 15 novembre 2021 relatif à une consultation médicale pour avis concernant une suspicion d'endométriose ne mentionnant pas que son état de santé aurait fait obstacle à la poursuite de ses études entre 2017 et 2020. En outre, Mme D ne conteste pas que sa formation actuelle serait d'un niveau inférieur au diplôme de master qu'elle préparait en 2016-2017 lorsqu'elle séjournait régulièrement en France et que cette inscription, alors qu'elle entame sa septième année de présence en France, constitue une régression dans son parcours. Enfin, si la requérante conteste également le motif tiré de ce qu'elle ne justifie pas de moyens d'existence suffisants en faisant valoir qu'elle bénéficie d'une prise en charge, par un tiers, d'un montant mensuel de 615 euros, elle n'en justifie pas dans la présente instance alors qu'il ressort au surplus de la décision d'aide juridictionnelle susmentionnée que Mme D est dépourvue de ressources en France. Il résulte ainsi de l'ensemble de ces éléments que le préfet du Rhône n'a ni méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni fait une inexacte application de ces dispositions en refusant de délivrer à Mme D un titre de séjour portant la mention " étudiant " pour les motifs précités. Enfin, dès lors que Mme D est inscrite dans une formation de niveau inférieur à la deuxième année de master " Droit des libertés " à laquelle elle était inscrite en 2016-2017, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne régularisant pas sa situation par la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", ni une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme D, compte tenu de son parcours universitaire tel que sus-décrit.

7. En troisième lieu, si Mme D invoque une atteinte disproportionnée portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors qu'elle n'avait sollicité son admission au séjour qu'en qualité d'étudiante et que le préfet du Rhône ne s'est pas prononcé sur un autre fondement que celui sollicité, son moyen doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

9. En second lieu, Mme D invoque une erreur manifeste du préfet du Rhône dans l'appréciation des conséquences de sa décision portant obligation de quitter le territoire français qui la prive de la possibilité de poursuivre sa formation en France et elle fait également état du solide réseau amical noué au cours de ses sept années de présence. Toutefois, l'intéressée n'avait été admise à séjourner en France que pour un motif non pérenne, en l'espèce la poursuite d'études supérieures qu'elle a interrompues durant trois ans, et il ressort des pièces du dossier qu'elle demeure célibataire et sans charge de famille en France, la décision en litige ne pouvant en conséquence être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Enfin, dès lors que la requérante est seulement inscrite, à la date de la décision attaquée, dans une formation de niveau Bac+4 alors qu'elle préparait, près de six ans auparavant, un diplôme de niveau bac+5, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Rhône a pu faire obligation de quitter le territoire français à Mme D.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Collomb, première conseillère,

M. Pineau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2022.

Le rapporteur,

N. A

La présidente,

A. Baux

La greffière,

C. Réveillé

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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