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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202748

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202748

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBENABDESSADOK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 avril et 24 novembre 2022, la société CT B, représentée par Me Benabdessadok, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2021 par lequel le maire de Sainte-Foy-lès-Lyon (Rhône) a délivré à la SCCV Sainte-Foy 69 B un permis de construire pour la réalisation d'un immeuble de 24 logements sur un terrain situé rue du Commandant B, ensemble la décision du 26 janvier 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Sainte-Foy-lès-Lyon la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle justifie d'un intérêt pour agir ;

- l'arrêté attaqué a été délivré sur la base d'un dossier de demande de permis de construire incomplet ; la notice descriptive est entachée d'insuffisance quant à la description de l'état initial du terrain et de ses abords ; le plan de masse n'est pas coté dans les trois dimensions ; aucun élément ne précise les modalités et conditions de la démolition du bâtiment existant ; le dossier ne comprend pas l'attestation imposée par l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme pour les projets situés dans le périmètre d'un plan de prévention des risques naturels prévisibles d'inondation ; le dossier ne comprend aucune information quant aux mesures de gestion de pollution des sols à mettre en œuvre ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 2.5.4.4 des dispositions communes à toutes les zones du règlement annexé au plan local d'urbanisme et de l'habitat (PLU-H) de la métropole de Lyon ;

- il méconnaît l'article 3.2 des dispositions spécifiques à la zone URm1 du règlement annexé au PLU-H de la métropole de Lyon ;

- il méconnaît l'article 3.3 des dispositions spécifiques à la zone URm1 du règlement annexé au PLU-H de la métropole de Lyon ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire enregistré le 13 octobre 2022, la commune de Sainte-Foy-lès-Lyon, représentée par la SELARL Chanon Leleu Associés, conclut au rejet de la requête, au besoin après mise en œuvre de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce que la somme de 6 000 euros soit mise à la charge de la société requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête n'est pas recevable, la requérante ne justifiant pas d'un intérêt pour agir ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par lettre du 17 octobre 2022 les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-1-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et de la date à partir de laquelle l'instruction pourrait être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Une ordonnance portant clôture immédiate de l'instruction a été émise le 22 décembre 2022.

Un mémoire, enregistré le 13 janvier 2023 soit postérieurement à la clôture de l'instruction, a été produit par la société Sainte-Foy 69 B.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A C,

- les conclusions de Mme Marie Monteiro, rapporteure publique,

- les observations de Me Benabdessadok, représentant la société CT B, société requérante,

- les observations de Me Gouy-Paillier, représentant la commune de Sainte-Foy-lès-Lyon,

- et les observations de Me Depenau, représentant la société Sainte-Foy 69 B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 15 octobre 2021, le maire de Sainte-Foy-lès-Lyon (Rhône) a délivré à la SCCV Sainte-Foy 69 B un permis de construire pour la réalisation d'un immeuble de 24 logements sur un terrain situé rue du Commandant B. La société CT B demande au tribunal d'annuler cet arrêté, ensemble la décision du 26 janvier 2022 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. ". L'article R. 431-9 de ce code prévoit que : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. / () ". En vertu de l'article R. 431-16 de ce code : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : () f) Lorsque la construction projetée est subordonnée par un plan de prévention des risques naturels prévisibles () à la réalisation d'une étude préalable permettant d'en déterminer les conditions de réalisation, d'utilisation ou d'exploitation, une attestation établie par l'architecte du projet ou par un expert certifiant la réalisation de cette étude et constatant que le projet prend en compte ces conditions au stade de la conception ; / () n) Dans le cas prévu par l'article L. 556-1 du code de l'environnement, un document établi par un bureau d'études certifié dans le domaine des sites et sols pollués, ou équivalent, attestant que les mesures de gestion de la pollution au regard du nouvel usage du terrain projeté ont été prises en compte dans la conception du projet ; () ". L'article L. 556-1 du code de l'environnement précise que : " Sans préjudice des articles L. 512-6-1, L. 512-7-6 et L. 512-12-1, sur les terrains ayant accueilli une installation classée mise à l'arrêt définitif et régulièrement réhabilitée pour permettre l'usage défini dans les conditions prévues par ces mêmes articles, lorsqu'un usage différent est ultérieurement envisagé, le maître d'ouvrage à l'initiative du changement d'usage doit définir des mesures de gestion de la pollution des sols et les mettre en œuvre afin d'assurer la compatibilité entre l'état des sols et la protection de la sécurité, de la santé ou de la salubrité publiques, l'agriculture et l'environnement au regard du nouvel usage projeté. / () ".

3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. Contrairement à ce que fait valoir la société requérante, la notice descriptive jointe au dossier de la demande de permis de construire expose suffisamment l'état initial du terrain et de ses abords et indique notamment la présence, au sud-ouest du terrain d'assiette, d'un centre de contrôle technique. Par ailleurs, en se bornant à soutenir qu'aucun élément du dossier ne permet de définir les modalités et conditions dans lesquelles les démolitions envisagées seront réalisées, la société requérante n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Si le dossier de demande de permis de construire comprend un plan de masse qui n'est pas coté dans les trois dimensions, ce plan est établi à l'échelle 1/250ème, de sorte qu'il permet, en combinaison avec les plans de coupe, les plans de façade, ainsi que les plans de chacun des niveaux, d'apprécier les dimensions et la volumétrie du projet. En outre, contrairement à ce que fait valoir la société requérante, le dossier de demande de permis de construire comprend l'attestation imposée par le f) de l'article R. 431-16 précité. Enfin, le terrain d'assiette accueillant un garage automobile dont l'atelier de réparation et d'entretien de véhicules et engins à moteur présentait une surface de 594 m², cette activité ne relevait pas des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) visées par l'article L. 556-1 du code de l'environnement, ce type d'activité étant soumis à déclaration au titre de la législation sur les ICPE seulement lorsque la surface de l'atelier est supérieure à 2 000 m², en vertu de la rubrique n° 2930. Il en résulte que le dossier de demande de permis de construire n'avait pas à comporter le document visé par le n) de l'article R. 431-16 précité. Dès lors, le dossier de demande comportait les éléments suffisants pour mettre le service instructeur à même d'apprécier l'état initial du terrain et de ses abords, les caractéristiques du projet et celles de son environnement bâti, ainsi que les risques présentés au regard de la sécurité publique. Le moyen tiré du caractère incomplet du dossier doit dès lors être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 2.5.4.4 des dispositions communes à toutes les zones du règlement annexé au plan local d'urbanisme et de l'habitat (PLU-H) de la métropole de Lyon : " () / Lorsque le VETC forme un niveau en attique, l'emprise de ce niveau ne peut excéder 60 % de celle de l'avant-dernier niveau situé avant le point haut de la mesure de la hauteur de façade de la construction ou de la partie de construction. Le respect de cette règle s'apprécie par rapport à l'intégralité du projet faisant l'objet d'une demande d'autorisation d'urbanisme, y compris lorsque ce projet comporte plusieurs constructions. / () ".

6. Contrairement à ce que fait valoir la société requérante, il résulte des dispositions précitées que l'emprise du volume enveloppe de toiture et de couronnement (VETC) doit être déterminée en comparaison avec l'avant-dernier niveau de la construction, lequel correspond au dernier niveau avant le point le plus haut de la façade. En l'espèce, l'avant-dernier niveau du projet présente une surface de 505,58 m² alors que l'emprise de l'attique est de 188,57 m², soit 38 % de l'emprise du niveau qui lui est immédiatement inférieur. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3.1.2 des dispositions communes à toutes les zones du règlement annexé au PLU-H de la métropole de Lyon : " La pleine terre est constituée d'un espace végétalisé, ne pouvant comporter dans son sous-sol que : - des canalisations, drains, lignes ou câbles ; - des ouvrages d'infrastructure publique, ainsi que les outillages, équipements ou installations techniques directement liés à leur fonctionnement et à leur exploitation ; - des murs de soutènement et enrochements. / () ". L'article 3.2 des dispositions spécifiques à la zone URm1 de ce règlement précise que : " Le coefficient de pleine terre* est au minimum de 20 %. / () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet présente une superficie de 1 032 m². Les plans faisant apparaître une surface de pleine de terre de 239,55m², le seuil de 20 % imposé par les dispositions précitées est respecté. La requérante n'établissant pas que ces espaces de pleine terre comprendraient, dans leur sous-sol, des éléments autres que ceux listés par l'article 3.1.2 précité, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3.3 des dispositions spécifiques à la zone URm1 du règlement annexé au PLU-H de la métropole de Lyon : " Le traitement paysager des espaces libres : aspects qualitatifs. 3.3.1 - Les espaces de pleine terre. L'intégralité de la surface des espaces de pleine terre*, issue de l'application de la section 3.2, doit être obligatoirement végétalisée et plantée, à l'exclusion de tout autre traitement même perméable tels que les cheminements stabilisés, les surfaces engravillonnées, les dalles alvéolaires engazonnées. Leur traitement végétal privilégie une composition utilisant la palette des trois strates végétales (arborée, arbustive et herbacée) de façon diversifiée et équilibrée, dès lors que leur superficie le permet. Un arbre de haute tige est maintenu ou planté par tranche complète de 50 m² de la surface de pleine terre* minimale exigée par la règle ". En vertu du a) de l'article 3.3.2 de cette même partie : " Les espaces sur dalle non affectés à un usage privatif, qui n'entrent pas dans le décompte de l'emprise au sol* des constructions, sont, dans la majeure partie de leur superficie, végétalisés sur une épaisseur de terre d'au moins 40 cm, non compris le complexe drainant et isolant ".

10. La lecture de la notice paysagère révèle qu'est prévue la plantation de six arbres de haute tige, dont la hauteur variera de 8 à 20 mètres, sur les espaces de pleine terre, d'une surface totale de 239 m². Dès lors, contrairement à ce que fait valoir la société requérante, le dossier de demande de permis de construire permet d'établir le respect par le projet des exigences du document local d'urbanisme, imposant un arbre de haute tige par tranche complète de 50 m² de la surface de pleine terre minimale exigée, soit quatre arbres de haute tige en l'espèce compte tenu de la superficie du terrain d'assiette, de 1 032 m². Par ailleurs, la société requérante ne peut utilement se prévaloir de l'insuffisance du dossier de demande au regard de l'article 3.3.2 a) précité, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet comprendrait des espaces sur dalle non affectés à un usage privatif. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit dès lors être écarté en toutes ses branches.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

12. D'abord, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet se situe en zone blanche du plan de prévention des risques naturels prévisibles (PPRNP) d'inondation, laquelle constitue une zone qui n'est pas soumise au risque inondation. En se bornant à alléguer que le projet implique des démolitions susceptibles d'affecter la stabilité du terrain, la requérante n'établit pas une erreur manifeste d'appréciation à avoir autorisé le projet en cause au regard de risques pour la sécurité publique qui résulteraient de la localisation du terrain dans le périmètre de ce PPRNP. Ensuite, il n'apparaît pas que l'accès au parking souterrain, débouchant sur une portion du chemin de la Source rectiligne présentant de bonnes conditions de visibilité, entraînerait, notamment en raison de son emplacement à côté de l'accès, sur la même voie publique, dont dispose la requérante grâce à la servitude de passage dont elle est bénéficiaire sur le terrain d'assiette du projet, des risques au regard de la sécurité publique. Enfin, si la société requérante, qui ne peut utilement se prévaloir de l'article 63-1 du règlement sanitaire départemental, inapplicable aux bâtiments à destination d'habitation, soutient que son activité créée des nuisances olfactives incompatibles avec la présence à proximité de bâtiments à destination d'habitation, elle n'établit par aucune pièce la toxicité des rejets de son extracteur d'air. Le maire n'a donc commis aucune erreur manifeste d'appréciation au regard du R. 111-2 en autorisant le projet en litige.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 octobre 2021 et de la décision de rejet de son recours gracieux présentées par la société requérante doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Sainte-Foy-lès-Lyon.

Sur les frais liés au litige :

14. Les conclusions présentées par la requérante, partie perdante, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros, à verser à la commune de Sainte-Foy-lès-Lyon au titre des frais exposés par cette dernière et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la société CT B est rejetée.

Article 2 : La société CT B versera à la commune de Sainte-Foy-lès-Lyon la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société CT B, à la commune de Sainte-Foy-lès-Lyon et à la SCCV Sainte-Foy 69 B.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Karen Mège Teillard, première conseillère,

Mme Marine Flechet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

La rapporteure,

M. Flechet

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

A. Baviera

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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