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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202771

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202771

vendredi 6 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202771
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS ASTERIO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 avril 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 28 août 2023, M. B A, représenté par le cabinet Asterio (Me Bracq), demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 février 2022 par laquelle le directeur général des Hospices civils de Lyon (HCL) a fixé la date de consolidation de son état de santé, suite à son accident de trajet du 21 août 2020, au 28 janvier 2021 et l'a placé en congé de maladie ordinaire à compter du 29 janvier 2021 ;

2°) de faire injonction aux HCL de régulariser sa situation administrative et financière dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge des HCL la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ; la délégation de signature n'est pas régulièrement publiée ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas été convoqué à la commission de réforme dans le délai de quinze jours requis par l'article 14 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme de la fonction publique hospitalière et de la fonction publique territoriale, ni informé qu'il pouvait avoir accès à son dossier, faire valoir ses observations et faire entendre le médecin conseil de son choix, ; en outre, l'avis ne lui a pas été transmis, et il n'est pas établi qu'il est motivé et que la composition de la commission de réforme était régulière ;

- la commission de réforme s'est tenue en l'absence d'un médecin spécialiste de sa pathologie, en méconnaissance de l'arrêté du 4 août 2004, ce qui l'a privé d'une garantie, et sans qu'un expert de la pathologie n'ait été précédemment saisi ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- l'auteur de la décision s'est à tort estimé tenu de suivre l'avis de la commission de réforme ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation, en ce qu'elle fixe la date de consolidation de son état de santé ;

- le directeur général des HCL a commis une erreur de droit en déduisant de la consolidation de sa pathologie son absence d'imputabilité au service ;

- ses arrêts de travail postérieurs au 29 janvier 2021 sont en lien avec son accident de travail, de sorte que c'est à tort qu'il a été placé en congé de maladie ordinaire.

Par un mémoire enregistré le 22 août 2022, les HCL, représentés par la Selarl Jean-Pierre et Walgenwitz avocats associés (Me Walgenwitz), concluent au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'établissement fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 15 septembre 2023, par une ordonnance en date du 29 août 2023.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Besse,

- les conclusions de M. Reymond-Kellal, rapporteur public,

- et les observations de Me Berlottier, substituant Me Bracq, pour M. A et Me Walgenwitz pour les Hospices civils de Lyon.

Considérant ce qui suit :

1. Le 21 août 2020, M. A a été victime d'un accident de circulation, reconnu comme accident de trajet, et a été placé en congés de maladie imputables au service. Par décision du 14 février 2022, le directeur général des Hospices civils de Lyon (HCL) a fixé la date de consolidation de son état de santé au 28 janvier 2021 et l'a placé en congé de maladie ordinaire à compter du 29 janvier 2021. M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 14 février 2022 :

2. Aux termes de l'article 14 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " Le secrétariat de la commission de réforme convoque les membres titulaires et l'agent concerné au moins 15 jours avant la date de la réunion. La convocation mentionne la liste des dossiers à examiner, les références de la collectivité ou de l'établissement employeur, l'objet de la demande d'avis. Chaque dossier à examiner fait l'objet, au moment de la convocation à la réunion, d'une note de présentation, dans le respect du secret médical ". L'article 16 du même arrêté dispose : " La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages, rapports et constatations propres à éclairer son avis / Elle peut faire procéder à toutes mesures d'instructions, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires / Dix jours au moins avant la réunion de la commission, le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier, dont la partie médicale peut lui être communiquée, sur sa demande, ou par l'intermédiaire d'un médecin ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux / La commission entend le fonctionnaire, qui peut se faire assister d'un médecin de son choix. Il peut aussi se faire assister par un conseiller ".

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de cette décision ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.

4. Il ressort des pièces du dossier que les Hospices civils de Lyon ont convoqué le requérant à la commission de réforme devant se tenir le 10 février 2022, par un courrier du 26 janvier 2022 qui lui a été notifié le 2 février 2022, courrier l'informant de la possibilité de consulter son dossier médical, de transmettre ses observations, d'être entendu par les membres de la commission de réforme, ou de se faire représenter. M. A a ainsi été convoqué moins de quinze jours avant la tenue de la commission et informé de ses droits moins de dix jours avant la réunion de la commission, en méconnaissance du délai fixé par les dispositions des articles 14 et 16 de l'arrêté du 4 août 2004, délai qui a pour objet de permettre à la personne entendue par la commission de préparer ses observations et le cas échéant d'assister à la séance de la commission. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A, qui n'a pas comparu à la commission, ni n'a été représenté, ait reçu par ailleurs l'information requise, l'irrégularité de la procédure suivie l'a effectivement privé d'une garantie. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision du 14 février 2022 du directeur général des HCL doit être annulée.

Sur l'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une décision dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. "

6. Eu égard à ses motifs, le présent jugement, s'il implique que les HCL réexaminent la situation de M. A, n'implique pas nécessairement que l'établissement régularise sa situation administrative et financière. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions que présente M. A tendant à la mise à la charge des HCL des frais non compris dans les dépens qu'il a exposés. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du requérant, qui n'est pas partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 14 février 2022 du directeur des HCL fixant la date de consolidation de l'état de santé de M. A au 28 janvier 2021 et le plaçant en congé de maladie ordinaire à compter du 29 janvier 2021 est annulée.

Article 2 : Les conclusions des parties sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et aux Hospices civils de Lyon.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Allais, première conseillère,

Mme de Mecquenem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2023.

Le président-rapporteur,

T. Besse

L'assesseure la plus ancienne,

A. Allais

La greffière,

A. Calmes

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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