mardi 9 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2202776 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 avril 2022, Mme B D A, représentée par Me Bescou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
Mme D A soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
1°) s'agissant de la décision portant refus de séjour :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans leur application ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
3°) s'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
4°) s'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
5°) s'agissant de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois :
- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreurs de fait ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par une ordonnance du 13 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juin 2022.
Un mémoire présenté par le préfet du Rhône a été enregistré le 24 juin 2022.
En application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, le 7 juin 2022, une mesure supplémentaire d'instruction a été adressée au préfet du Rhône tendant à obtenir la production de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise le 13 septembre 2021 à l'encontre du père de la deuxième fille de Mme D A, décision dont fait mention l'arrêté attaqué.
Cette pièce, produite le 17 juin 2022 par le préfet du Rhône, a été communiquée le même jour.
Mme D A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A, ressortissante congolaise (RDC) née le 13 décembre 1993, déclare être entrée en France en août 2013. L'intéressée a été condamnée à deux mois d'emprisonnement par un jugement du tribunal de grande instance de Lyon du 23 octobre 2013 pour escroquerie en usant d'une fausse qualité de mineure et a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai le 9 décembre 2013. Le 20 décembre 2013, Mme D A a sollicité l'asile mais sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 24 décembre 2013, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 9 avril 2014. Ayant sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé, Mme D A a fait l'objet, par un arrêté du 23 février 2015 qui sera confirmé par un jugement du tribunal du 6 octobre 2015 et un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 27 juin 2017, de décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Le 29 octobre 2019, l'intéressée a sollicité la délivrance d'un titre de séjour et le tribunal a, par un jugement du 29 juin 2021, annulé la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour et a enjoint à l'autorité administrative de réexaminer la demande de l'intéressée. Au terme de ce réexamen, le préfet du Rhône a refusé d'admettre Mme D A au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois par un arrêté en date du 14 mars 2022, dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation.
2. L'arrêté attaqué, en date du 14 mars 2022, a été signé par Mme F E, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation à cet effet par arrêté du préfet du Rhône du 1er mars 2022 régulièrement publié le 4 mars 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
4. Mme D A fait état de la durée de son séjour en France où elle réside depuis près de neuf ans, de l'insertion sociale et professionnelle dont elle justifierait, et de ce que sa vie privée et familiale serait durablement et intensément ancrée sur le territoire national où sont nés ses deux enfants et où vivent leur père respectif. Toutefois, la requérante s'y est maintenue irrégulièrement en dépit de décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français et si elle fait état d'une symptomatologie dépressive ayant nécessité une prise en charge médicale lorsqu'elle était scolarisée, sa demande d'admission au séjour en qualité d'étranger malade a été rejetée en 2015 et il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D A, qui n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé, nécessiterait encore des soins médicaux. S'agissant de ses attaches familiales en France, Mme D A a donné naissance à une fille, le 4 janvier 2018, reconnue avant sa naissance par un ressortissant angolais, ainsi qu'il ressort de l'acte de reconnaissance du 12 octobre 2017 versé au débat, dont elle produit également la carte de résident, obtenue en qualité de réfugié et valable jusqu'en janvier 2025. Néanmoins, si la requérante indique que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en RDC en raison de la différence de nationalité des membres du couple et du statut de réfugié du père, il ne ressort pas des pièces du dossier que le père de cette enfant entretiendrait des liens avec sa fille. En effet, la requérante a été hébergée, dès décembre 2017, en centre d'hébergement d'urgence avec accompagnement social et aucune pièce ne fait état de l'existence de contact entre l'enfant mineure et son père angolais. Si Mme D A indique que le juge aux affaires familiales près le tribunal judiciaire de Lyon aurait été saisi conjointement par les deux parents pour homologuer un accord amiable, elle n'en justifie pas ni davantage de ce que le père de l'enfant s'impliquerait au quotidien dans l'éducation de l'enfant, se bornant à produire quelques photographies et une attestation du père de l'enfant, établie le 29 octobre 2019, dans laquelle ce dernier indique ne plus habiter à Lyon, sans préciser sa domiciliation, mais souhaiter continuer à être présent dans la vie de sa fille, sans élément précis et circonstancié sur les liens réguliers et étroits qu'il aurait avec l'enfant depuis sa naissance. Par ailleurs, Mme D A indique entretenir une relation étroite avec le père de sa seconde fille, née le 8 novembre 2019, ressortissant congolais, résidant en région parisienne ainsi qu'en atteste l'acte de naissance de l'enfant, mais si elle soutient que celui-ci aurait le statut de réfugié, elle n'en justifie pas alors que le préfet a relevé dans la décision en litige que ce dernier a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 13 septembre 2021, consécutivement au rejet de sa demande d'asile, décision ayant d'ailleurs été versée à l'instance. Par suite, aucun obstacle ne s'oppose à ce que la cellule familiale puisse se reconstituer en RDC dès lors que la première fille de la requérante n'entretient pas de liens avec son père angolais et dès lors que la demande d'asile de Mme D A a été rejetée, comme celle du père de sa deuxième fille, également ressortissant congolais. Enfin, si la requérante se prévaut de sa maîtrise du français, de l'obtention d'un diplôme de CAP " agent polyvalent de restauration " au terme de l'année 2015-2016 et d'une possibilité d'insertion professionnelle, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait exercé des activités salariées en France. Si enfin, la requérante indique que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet n'a cependant pas fait application de la réserve d'ordre public pour refuser son admission au séjour mais s'est borné à relever que Mme D A avait été condamnée en octobre 2013 pour escroquerie et en mars 2018 à une amende pour vol, circonstances de nature à remettre en cause l'insertion sociale dont la requérante se prévaut. Il résulte ainsi de l'ensemble de ces éléments que Mme D A n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts poursuivis. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent, dès lors, être écartés.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
6. Mme D A soutient que la décision attaquée priverait ses deux enfants de la présence de leur père respectif et de la possibilité de maintenir des liens avec eux, ces derniers participant à leur entretien et à leur éducation. Toutefois, ainsi qu'il a été exposé précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que le père de la première fille de Mme D A, ressortissant angolais, bénéficiaire de la qualité de réfugié, aurait des liens étroits et réguliers avec son enfant, les pièces versées au débat relevant que la mère et sa fille vivent en centre d'hébergement d'urgence et les attestations sociales, documents médicaux et attestations d'accueil en crèche ne faisant nullement mention de la présence du père et, par voie de conséquence, de la participation de ce dernier à l'éducation de l'enfant. En outre, si la requérante produit cinq récépissés Western Union pour des virements de 150 euros entre novembre 2021 et mars 2022 destinés à attester du paiement d'une pension alimentaire, aucun obstacle ne s'oppose à ce que le père puisse poursuivre les versements sus-décrits, au demeurant très récents, au bénéfice de l'enfant. Enfin, s'agissant de la deuxième fille de la requérante, dès lors que son père est également de nationalité congolaise et que sa demande d'asile a été rejetée, aucun obstacle ne s'oppose à ce que la cellule familiale puisse, le cas échéant, se reconstituer en RDC, le père de cette enfant ne vivant pas avec la requérante et sa fille à la date de la décision attaquée puisqu'il réside en région parisienne. Dans ces conditions, la décision en litige n'a ni pour objet ni pour effet de séparer les deux filles mineures de leur mère, avec laquelle elles vivent depuis leur naissance, et n'a pas davantage pour effet de faire obstacle à ce que ces deux enfants conservent avec leur père respectif de liens équivalents à ceux existant à la date de la décision attaquée. Par suite, le préfet du Rhône n'a pas porté atteinte à leur intérêt supérieur en refusant d'admettre Mme D A au séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit ainsi être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".
8. La situation personnelle et familiale de Mme D A, notamment le fait qu'elle réside en France depuis neuf ans et qu'elle ait donné naissance à deux enfants, ne saurait être regardée comme relevant de circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées, compte tenu des éléments exposés aux points 4 et 6. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet du Rhône a pu refuser de délivrer à Mme D A, à titre exceptionnel, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant refus de séjour sur la situation personnelle de Mme D A devra également être écarté. Enfin, si l'intéressée soutient qu'elle remplirait l'ensemble des conditions requises pour que lui soit délivré un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en se prévalant notamment du point n° 2.1.1 de la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, les énonciations de cette circulaire constituant uniquement des orientations générales et ne comportant aucune interprétation du droit positif ou description des procédures administratives au sens de l'article L. 312-2 du code des relations entre le public et l'administration, Mme D A ne peut utilement s'en prévaloir.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
10. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent, en l'absence de toute argumentation distincte dirigée spécifiquement contre la mesure d'éloignement, être écartés par les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés aux points 4 et 6 s'agissant de la décision portant refus de séjour.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
11. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.
En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
14. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de leur illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
15. En deuxième lieu, Mme D A soutient que le préfet du Rhône aurait entaché sa décision de trois erreurs de fait en relevant tout d'abord qu'elle a été condamnée par deux fois, qu'elle a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement et enfin qu'elle ne justifie pas d'une vie privée et familiale ancienne et stable en France. Toutefois, il ne ressort pas de la lecture de la décision attaquée que le préfet, au cours de l'examen de la situation de la requérante au regard des critères prévus par les dispositions précitées, aurait retenu que sa présence sur le territoire français constituerait une menace pour l'ordre public, le préfet s'étant borné à relever l'existence, lors de l'examen de la nature de ses liens avec la France, qu'elle a fait l'objet de deux condamnations, alors qu'il est constant que l'intéressée a été condamnée à deux mois d'emprisonnement par le jugement susmentionné du tribunal de grande instance de Lyon en octobre 2013 et a une amende pour vol en mars 2018. Ensuite, il ressort de la lecture de la décision en litige que consécutivement à sa condamnation en octobre 2013, la requérante a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, le 9 décembre 2013, et qu'après le rejet de la demande d'asile qu'elle avait présentée, elle a fait l'objet de décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français en février 2015, décisions confirmées par un jugement du tribunal du 6 octobre 2017, de telle sorte que le préfet n'a pas davantage commis d'erreur lorsqu'il a relevé que Mme D A avait fait l'objet de plusieurs précédentes mesures d'éloignement. Enfin, la circonstance que la requérante entende contester l'appréciation portée sur sa vie privée et familiale ne saurait caractériser une erreur de fait du préfet alors que l'arrêté en litige relève de manière précise la situation personnelle et familiale de Mme D A. Il s'ensuit que le moyen tiré des erreurs de fait, tel qu'articulé, doit être écarté.
16. En troisième lieu, pour prononcer à l'encontre de Mme D A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois, le préfet du Rhône a relevé, au cours de l'examen de la situation de l'intéressée au regard des critères prévus par les dispositions précitées, qu'elle a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement non exécutées, qu'elle ne justifie pas d'une vie privée et familiale ancienne, intense et stable en France, ni de son insertion dans la société française où elle a fait l'objet de deux condamnations pénales. Si la requérante invoque une erreur d'appréciation du préfet en faisant état de ce qu'elle n'aurait fait l'objet que d'une mesure d'éloignement, édictée il y a sept ans, elle relève néanmoins des prévisions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où l'autorité administrative assortit la mesure d'éloignement d'une interdiction de retour dès lors qu'elle s'est maintenue irrégulièrement en France au-delà du délai de départ volontaire lui ayant été accordé et, ainsi qu'il a été exposé au point précédent, une précédente mesure d'éloignement avait déjà été édictée à son encontre en 2013. Enfin, Mme D A ne justifie pas de liens particulièrement anciens et stables en France puisqu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le père de son premier enfant entretiendrait des relations régulières avec sa fille et que, par ailleurs, le père de son deuxième enfant ne dispose d'aucun droit au séjour en France. Dans ces conditions, le préfet du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à un an, cette durée pouvant aller jusqu'à deux ans dans les circonstances de l'espèce.
17. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent, en l'absence de toute argumentation distincte dirigée spécifiquement contre la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, être écartés par les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés aux points 4 et 6 s'agissant de la décision portant refus de séjour. En outre, il est loisible à Mme D A une fois qu'elle aura quitté le territoire national, de solliciter, le cas échéant, l'abrogation de la décision attaquée puis de revenir régulièrement sur le territoire national.
18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D A et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
Mme Collomb, première conseillère,
M. Pineau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2022.
Le rapporteur,
N. C
La présidente,
A. Baux
La greffière,
C. Réveillé
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026