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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202799

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202799

mardi 9 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202799
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantPETIT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 avril et 18 mai 2022 sous le n° 2202799, M. B E, représenté par Me Petit, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône :

- en cas d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :

- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

- à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans l'attente du réexamen de sa situation ;

- en cas d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et/ou fixant le pays de destination, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente du réexamen de sa situation ;

- de s'assurer de l'effacement de son signalement à fin de non admission dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut d'examen particulier ;

- elle est entachée d'un vice de procédure et méconnait le principe général du droit de confiance légitime et de sécurité juridique dès lors que par un courrier en date du 3 novembre 2017, le préfet du Rhône avait indiqué au maire de Lyon être favorable à sa régularisation ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait quant à ses compétences professionnelles ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et/ou de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et de celle de ses enfants ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et/ou de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale et est insuffisamment motivée en droit ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " de ses conséquences tant sur son principe que sur sa durée.

Par une ordonnance en date du 14 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juin 2022.

II. Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 avril et 18 mai 2022 sous le n° 2202800, Mme C D épouse E, représentée par Me Petit, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures:

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône :

- en cas d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :

- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

- à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente du réexamen de sa situation ;

- en cas d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et/ou fixant le pays de destination, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente du réexamen de sa situation ;

- de s'assurer de l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut d'examen particulier ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et/ou de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et de celle de ses enfants ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et/ou de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale et est insuffisamment motivée en droit ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et [0]familiale ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est, à cet égard, entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " de ses conséquences tant sur son principe que sur sa durée.

Par une ordonnance en date du 14 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juin 2022.

M. et Mme E ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 13 mai 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- les rapports de Mme A,

- les observations de Me Petit, représentant M. et Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées présentées par M. et Mme E, membres d'une même famille, ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. et Mme E, ressortissants arméniens nés respectivement le 10 avril 1980 et le 13 mai 1982, déclarent être entrés en France le 28 décembre 2009, accompagnés de leurs deux premiers enfants alors âgés de sept et trois ans. Leurs demandes d'asile ont été rejetées tant par l'Office français de protection des apatrides et des réfugiés (OFPRA), le 12 mars 2010, que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 15 février 2011. M. et Mme E feront l'objet, le 1er aout 2011, d'un premier arrêté rejetant leurs demandes de titre de séjour formulées et les obligeant à quitter le territoire français. Les demandes de réexamen de leurs demandes d'asile seront également rejetées tant par l'OFPRA, le 9 septembre 2011 que par la CNDA, le 15 octobre 2012. Par deux arrêtés du 12 avril 2012, dont la légalité sera confirmée par le tribunal le 5 septembre 2012 puis par la cour administrative d'appel de Lyon, le 11 février 2013, le préfet du Rhône a refusé d'admettre les intéressés au séjour et les a obligés à quitter le territoire français. Par deux arrêtés du 20 décembre 2013, le préfet du Rhône a, de nouveau obligé M. et Mme E à quitter le territoire français. Par un jugement en date du 2 juillet 2014, le tribunal a annulé ces décisions et enjoint à l'autorité administrative de procéder au réexamen de leurs demandes. Par deux nouveaux arrêtés en date du 3 mars 2016, dont la légalité sera confirmée par le tribunal le 21 décembre suivant, M. et Mme E verront leurs demandes de titre de séjour, rejetées. Par deux arrêtés du 3 août 2017, dont la légalité sera également confirmée par le tribunal, le 30 janvier 2018, le préfet du Rhône a rejeté leurs demandes d'admission exceptionnelle au séjour et les a obligés à quitter le territoire français. Enfin, les 2 avril 2019 et 24 septembre 2021, M. et Mme E ont sollicité leur admission exceptionnelle au séjour. Par deux arrêtés en date du 14 mars 2022, dont les requérants demandent au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a refusé de les admettre au séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre-mois.

S'agissant des décisions portant refus de titre de séjour de M. et Mme E :

3. Alors que les décisions attaquées mentionnent notamment les rejets de leurs demandes d'asile et de réexamen de ces demandes, les nombreux arrêtés rejetant leurs demandes de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français, la circonstance que M. E a signé un contrat de travail à durée indéterminée, à temps plein, le 8 novembre 2021 en qualité d'ouvrier polyvalent plomberie-sanitaire, celle tirée de ce que Mme E ne travaille pas et que leurs enfants sont présents sur le territoire national, enfin, le fait que les requérants ont présenté de faux récépissés de demandes de titre de séjour à un organisme de sécurité sociale, il ne ressort ni de la lecture des décisions attaquées, ni d'aucune autre pièce des dossiers, que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle des requérants. Par suite, dès lors que le préfet du Rhône n'était pas tenu de suivre l'avis de la commission du titre de séjour qu'il a saisi préalablement à l'édiction de ses décisions, le moyen ainsi articulé, tiré de l'erreur de droit pourra être écarté.

4. Si M. E soutient que le préfet du Rhône aurait méconnu le principe général du droit de confiance légitime et de sécurité juridique protégés par le droit de l'Union européenne et ainsi, entaché sa décision d'un vice de procédure, dès lors que, par un courrier daté du 3 novembre 2017, le préfet du Rhône aurait indiqué au maire de Lyon être favorable à la régularisation de la situation administrative du requérant en cas de transmission d'un contrat de travail visé par la direccte, M. E ayant alors transmis ledit contrat de travail au services préfectoraux, cette circonstance qui ne relève pas de la procédure d'édiction de la décision attaquée demeure, en tout état de cause, sans incidence sur sa légalité. Le moyen ainsi articulé ne pourra qu'être écarté.

5. Si les requérants soutiennent que le préfet du Rhône aurait entaché ses décisions d'une erreur de fait en relevant en premier lieu, que M. E ne justifierait " d'aucune expérience professionnelle significative ou qualification dans ce domaine ", alors que plusieurs promesses d'embauche ont effectivement été transmises aux services de la préfecture depuis 2018, que le contrat de travail versé le 2 mai 2018 n'a, du fait des services préfectoraux, été transmis à la direccte que le 21 mai 2019, que ces services avaient connaissance de son contrat de travail à durée indéterminée, signé en novembre 2021, en qualité d'ouvrier polyvalent en plomberie et sanitaire, son employeur actuel attestant de ses qualifications professionnelles, il ressort des pièces du dossier que le requérant était maçon et chauffeur de taxi en Albanie et ne justifie dès lors d'aucune qualification dans le domaine de la plomberie ainsi qu'en fait état la décision attaquée concernant M. E. Si les intéressés soutiennent en second lieu que les décisions en litige seraient entachées d'une erreur de fait, le préfet du Rhône y ayant fait état de ce qu'ils ne justifiaient pas d'une vie privée et familiale ni d'une insertion dans la société française et, y ayant indiqué que Mme E aurait présenté un faux récépissé à un organisme de sécurité sociale, quoique regrettable que soit la mention erronée de la présentation d'un faux récépissé à un organisme de sécurité sociale par Mme E, seul son époux ayant présenté un tel document et alors que les éléments relatifs à la vie privée et familiale relèvent de sa propre appréciation, par l'ensemble de ces éléments, M. et Mme E ne sont pas fondés à soutenir que le préfet du Rhône aurait entaché ses décisions d'erreurs de fait ou de droit.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ". Selon les termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

7. M. et Mme E, présents en France depuis le 28 décembre 2009, font état, d'une part, de l'intensité de leurs liens familiaux sur le territoire national, se prévalant de la présence de la sœur de la requérante, ancienne réfugiée ayant obtenu la nationalité française, ainsi que son époux et leurs enfants, de la présence de leur fils âgé de dix-neuf ans qu'ils entretiennent matériellement et qui dispose d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et de ce que leur deuxième fille pourra bénéficier de la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ils soulignent également que la commission du titre de séjour qui a relevé qu'ils " ont vécu en France la plus grande partie de leur existence ", a émis un avis favorable à leur maintien sur le territoire national. Les requérants soutiennent d'autre part, qu'ils sont professionnellement intégrés, M. E ayant travaillé, en France, en 2013 et 2014 puis ayant obtenu deux promesses d'embauches datées des 4 mars 2014 et 15 janvier 2015 pour des postes de plâtrier menuisier, et Mme E ayant travaillé entre 2013 et 2016 en qualité de garde d'enfant à domicile. Enfin, les requérants font état de leur intégration républicaine par leur maitrise de la langue française, comme a également pu le constater la commission du titre de séjour devant laquelle les intéressés se sont exprimés sans interprète. Toutefois, s'il est constant que les requérants résident sur le territoire national depuis douze années à la date des décisions attaquées, cette durée de présence ne résulte que de leur maintien irrégulier en dépit des nombreuses décisions refusant de les admettre à l'asile et au séjour ainsi que des nombreuses mesures d'éloignement prononcées à leur encontre et mentionnées au point 2. En outre, en se bornant à faire état de ce que la sœur de la requérante serait de nationalité française, de ce que leur fils majeur disposerait d'une carte de séjour temporaire, de ce que leur fille de seize ans aurait l'intention de déposer une demande de titre, de l'avis favorable de la commission du titre de séjour, de ce qu'ils maitrisent la langue française, M. et Mme E ne justifient pas de ce que leur vie privée et familiale ne pourrait se poursuivre que sur le territoire national, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ayant pas vocation à permettre aux étrangers de choisir leur lieu de vie mais simplement à protéger leur droit à mener une vie privée et familiale normale. Ainsi dès lors que les requérants ne sauraient utilement se prévaloir, à cet égard, de la lettre du préfet du Rhône adressée à l'ancien maire de Lyon qui ne leur ouvrait aucun droit au séjour ni davantage de ce qu'ils disposeraient de promesses d'embauches ou d'un contrat à durée indéterminée, alors qu'ils ne justifient d'aucune qualification pour occuper les emplois concernés ni davantage de l'impossibilité de poursuivre ces activités professionnelles en Arménie, pays dont les deux époux et leurs enfants ont la nationalité et où la cellule familiale pourra se reconstruire. Par suite, les requérants n'apportant pas la preuve qui leur incombe que leur vie privée et familiale ne pourrait se poursuivre dans tout autre pays que la France et notamment en Arménie, c'est sans méconnaitre les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni davantage les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet du Rhône a pu refuser d'admettre M. et Mme E au séjour.

8. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

9. M. et Mme E, qui se prévalent de leur vie privée et familiale telle que relatée au point 7, ne justifient d'aucun motif exceptionnel ou circonstance humanitaire justifiant leur admission exceptionnelle au séjour. Dès lors, c'est sans méconnaitre les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni davantage entacher ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Rhône a refusé d'admettre exceptionnellement au séjour M. et Mme E.

10. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

11. Dès lors que les décisions en cause n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer les deux enfants mineurs de leurs parents, c'est sans méconnaitre l'intérêt supérieur de ces enfants que le préfet du Rhône a considéré qu'un titre de séjour pouvait être refusé à M. et Mme E, la circonstance que ces enfants seraient nés sur le territoire national et y seraient scolarisés étant à cet égard sans influence dès lors que les requérants ne justifient pas de ce que leurs enfants ne pourraient poursuivre leur scolarité en Arménie. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant peut ainsi être écarté.

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français de M. et Mme E :

12. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de séjour, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions, soulevé par la voie d'exception à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

13. En l'absence d'argumentation spécifique, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant pourront être écartés par les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 11.

S'agissant des décisions fixant le pays de destination :

14. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions, soulevé par la voie d'exception à l'encontre des décisions fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

15. En l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant pourra être écarté par les mêmes moyens que ceux exposés aux points 6 et 11.

16. Il ne ressort ni de la lecture des décisions attaquées, ni d'aucune autre pièce des dossiers, que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle des requérants en fixant l'Arménie comme pays de destination dès lors que l'ensemble de la famille dispose de la nationalité arménienne et que les requérants n'établissent ni même n'allèguent qu'ils encourraient des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Arménie. Le moyen pourra donc être écarté.

S'agissant des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois de M. et Mme E :

17. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions, soulevé par la voie d'exception à l'encontre des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois, ne peut qu'être écarté.

18. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

19. Si les requérants soutiennent que les décisions en litige seraient entachées d'un défaut de base légale et d'un défaut de motivation en droit, il ressort de la lecture des décisions en cause que le préfet du Rhône y a visé les dispositions des articles L. 612-6 à L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et dès lors les dispositions, en l'espèce, applicables des articles L. 612-7 et L. 612-10 de ce code. Par suite, les moyens tirés du défaut de base légale et d'insuffisance de motivation, en droit, des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français ne pourront qu'être écartés.

20. M. et Mme E soutiennent qu'en relevant qu'ils ne justifieraient pas d'une vie privée et familiale stable et intense en France ni d'une insertion au sein de la société française, le préfet du Rhône aurait entaché ses décisions d'une erreur de fait. Toutefois, cette contestation ne relève pas de l'inexactitude matérielle des faits mais de l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la situation des intéressés. Par suite, le moyen ainsi articulé ne pourra qu'être écarté.

21. M. et Mme E soutiennent que les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français prononcées à leur encontre seraient disproportionnées tant dans leur principe que dans leur durée. Toutefois, ainsi que l'a relevé le préfet du Rhône, alors même que les intéressés sont présents sur le territoire national depuis plus de douze années à la date des décisions en litige, ils ne justifient ni d'une vie privée et familiale stable en France ni même d'une insertion professionnelle et ont fait l'objet de très nombreuses mesures d'éloignement en dépit desquelles ils se sont maintenus sur le territoire français, le préfet relevant au surplus un comportement frauduleux de M. E, s'agissant de la falsification d'un récépissé. Par suite, alors même que leur fils aîné réside régulièrement sur le territoire national et que la falsification en cause n'a fait l'objet d'aucune poursuite pénale, c'est sans faire une inexacte application des dispositions combinées des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet du Rhône a prononcé à l'encontre de M. et Mme E une interdiction de retour sur le territoire français et en a fixé la durée à deux ans, alors, au demeurant qu'en application des dispositions susrappelées des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, seules des circonstances humanitaires auraient pu justifier que l'autorité administrative n'édicte pas à leur encontre, les décisions d'interdiction de retour en cause.

22. En l'absence d'argumentation spécifique, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant pourront être écartés par les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 11.

23.Il résulte de ce qui précède que ces deux requêtes doivent être rejetées en ce comprises leurs conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme E sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Mme C D épouse E et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Collomb, première conseillère,

M. Pineau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2022.

La présidente-rapporteure,

A. A L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. Collomb

La greffière,

C. Réveillé

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier, - 2202800

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