mardi 9 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2202802 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | SCP ROBIN VERNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 avril 2022, M. C G F, représenté par Me Robin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2021 par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône :
- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard,
- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
M. F soutient que :
- les décisions attaquée sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
1°) s'agissant de la décision portant refus de séjour :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
3°) s'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
4°) s'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par une ordonnance du 14 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juin 2022.
Un mémoire présenté par le préfet du Rhône a été enregistré le 29 juin 2022.
M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Beligon, substituant Me Robin, représentant M. F.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, ressortissant congolais né le 15 juillet 1982, déclare être entré en France en septembre 2012. Le 26 septembre 2012, l'intéressé a bénéficié de la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au titre de sa demande d'asile, laquelle n'a toutefois pas été enregistrée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Par un arrêté du 22 novembre 2012 qui sera confirmé par un jugement du tribunal du 19 mars 2013 et une ordonnance de la cour administrative d'appel de Lyon du 28 novembre 2013, l'intéressé a fait l'objet de décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Le 11 juin 2018, M. F a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un jugement du 15 juillet 2021, le tribunal a annulé la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour et lui a enjoint de réexaminer sa demande. Le préfet du Rhône a, au terme de ce réexamen, refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de renvoi par un arrêté en date du 20 décembre 2021 dont M. F demande au tribunal de prononcer l'annulation.
2. Les décisions attaquées, en date du 20 décembre 2021, ont été signées par Mme E D, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, titulaire d'une délégation de signature à cet effet par arrêté du 1er décembre 2021, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le même jour, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées qui manque en fait, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "
4. M. F fait état de la durée de son séjour en France où il réside depuis neuf ans, de la relation nouée avec une compatriote, titulaire d'une carte de résident en qualité de mère d'un enfant français, avec laquelle il a eu un enfant, né le 11 mai 2016, le couple ayant ensuite conclu, le 30 janvier 2018, un pacte civil de solidarité, de ce qu'il est pleinement investi dans l'éducation de son fils et du premier enfant de sa compagne et de ce que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer dans le pays d'origine en raison de la nationalité française du premier enfant de sa compagne, dont la filiation ne peut être valablement remise en cause. Toutefois, le requérant qui s'est maintenu irrégulièrement en France en dépit de décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français mentionné au point 1, ne pouvait ignorer l'incertitude de son établissement familial en France où seule sa compagne dispose d'un droit au séjour. A cet égard, si le préfet a indiqué qu'une procédure de retrait de la carte de résident de sa compagne, en raison d'éléments de nature à remettre en cause la reconnaissance de paternité concernant son enfant français, avait été engagée, il ne ressort pas des termes de la décision en litige que le préfet aurait, à la date de la décision contestée, remis en cause le droit au séjour de la compagne de M. F, l'autorité administrative s'étant bornée à relever que le couple pouvait poursuivre sa vie privée et familiale hors de France dès lors que le requérant, sa compagne et leur enfant commun sont de nationalité congolaise, que sa compagne avait déclaré avoir trois enfants mineurs au A où le requérant est également père d'un enfant mineur né en 2010. Si M. F soutient qu'en raison de la nationalité française du premier enfant de sa compagne, la cellule familiale ne pourrait se reconstituer au A, il ne ressort pas des pièces du dossier que le père français de cet enfant entretiendrait des liens avec son fils, ni qu'il contribuerait à son entretien et il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que des liens auraient été maintenus entre le père et l'enfant, le requérant faisant au contraire état du rôle qu'il joue dans l'éducation et l'entretien du premier enfant de sa compagne. Ainsi, aucun obstacle ne s'oppose à ce que la cellule familiale du requérant puisse se reconstituer au A, la décision en litige n'ayant pour effet ni de séparer l'enfant mineur de M. F de ses deux parents, ni le fils de sa compagne, de sa mère et de son beau-père, le requérant et sa compagne ayant en outre, tous deux, des enfants mineurs au A. Eu égard aux conditions de son séjour en France, M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts poursuivis ni qu'elle aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur de son fils mineur et de son beau-fils. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative au droits de l'enfant doivent, dès lors, être écartés.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. "
6. M. F souligne sa durée de présence en France au côté de sa compagne, du premier fils de cette dernière et de leur enfant commun et de ce que la décision portant refus de séjour aurait pour conséquence de briser la cellule familiale. Toutefois, eu égard aux éléments qui ont été exposés au point 4 s'agissant de la situation personnelle et familiale du requérant, les éléments précités ne peuvent être regardés comme constituant des circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, c'est sans méconnaître ces dispositions que le préfet du Rhône a pu refuser d'admettre au séjour M. F, à titre exceptionnel, au titre de sa vie privée et familiale.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
8. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent, en l'absence de toute argumentation dirigée spécifiquement contre la mesure d'éloignement, être écartés par les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point 4. Enfin, dès lors qu'aucun obstacle ne s'oppose à ce que la cellule familiale du requérant puisse se reconstituer au A, ainsi qu'il a été exposé précédemment, le préfet ne saurait être regardé comme ayant commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle et familiale de M. F en lui faisant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
9. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
10. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.
11. En second lieu, dès lors que la décision en litige n'a ni pour objet ni pour effet de séparer la cellule familiale du requérant, laquelle peut se reconstituer au A ainsi qu'il a été précédemment exposé, les moyens tirés de l'atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. F et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C G F et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
Mme Collomb, première conseillère,
M. Pineau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2022.
Le rapporteur,
N. B
La présidente,
A. Baux
La greffière,
C. Réveillé
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026