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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202803

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202803

mardi 9 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202803
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 avril 2022, M. A B, représenté par Me Vernet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 janvier 2022 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

1°) s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ce qui révèle un défaut complet et suffisant de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'est pas produit et ne permet pas de s'assurer de la régularité de la procédure suivie ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou elle est, à tout le moins, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

3°) s'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

4°) s'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale, par exception d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

5°) s'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 23 mai 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 14 avril 2022 la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juin 2022.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que, s'agissant de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français, les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables à la situation de M. B et qu'il y a lieu de substituer à cette base légale erronée celle tirée des dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Beligon, substituant Me Vernet, représentant M. B.

Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistrée le 18 juillet 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant albanais, né le 25 septembre 1980, déclare être entré en France le 22 juillet 2019 afin d'y solliciter l'asile. Toutefois, sa demande a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 24 janvier 2020. Le 17 septembre 2019, le requérant a demandé son admission au séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 15 janvier 2020, dont la légalité sera confirmée par le tribunal le 26 mars 2021, la préfète de l'Ain a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 30 avril 2021, M. B a, de nouveau, sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 janvier 2022, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise les éléments déterminants qui ont conduit la préfète de l'Ain à refuser l'admission au séjour de M. B et, notamment, le sens de l'avis rendu le 29 septembre 2021 par le collège de médecins du service médical de l'OFII. S'il est loisible au requérant de contester l'appréciation portée par l'autorité administrative sur son état de santé ou sur son insertion dans la société française, cette divergence d'analyse ne saurait suffire à établir une insuffisance de motivation et à révéler un défaut d'examen complet et suffisant de sa situation. La décision attaquée comporte ainsi les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement et qui ont permis au requérant d'en discuter utilement. Il résulte de ces éléments que les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'erreur de droit, tels qu'articulés, doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. - La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. - Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. - Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. - L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. - Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () ".

4. D'une part, la préfète de l'Ain a versé au débat l'avis par lequel le collège de médecins de l'OFII a, le 29 septembre 2021, estimé que l'état de santé de M. B nécessite une prise charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Albanie pays vers lequel il peut voyager sans risque. Par suite, M. B n'a été privé d'aucune garantie et le moyen tiré du vice de procédure, tel qu'articulé, doit être écarté.

5. D'autre part, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

6. En l'espèce, M. B conteste l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII en soutenant qu'atteint d'hypertension artérielle, d'une hépatite B, d'un hyperdébit de sa fistule, de pathologies psychologiques mais surtout d'une maladie rénale chronique terminale nécessitant une prise en charge par hémodialyse trois fois par semaine, il ne pourra bénéficier des soins nécessaires ainsi que du traitement médicamenteux composé de plusieurs molécules en Albanie. Il verse au débat deux ordonnances ainsi que des certificats médicaux établis les 25 juin 2021 et 23 mars 2022 par un médecin du service de néphrologie-dialyse au sein du centre hospitalier de Bourg-en-Bresse qui font état de ce traitement ainsi que de la gravité de la maladie rénale du requérant dont l'état de santé " risque de fortement se dégrader " en cas de retour en Albanie où il ne pourrait bénéficier d'une prise en charge " optimale " et d'un " suivi régulier adéquat " sans toutefois faire mention d'une indisponibilité des soins et du traitement médicamenteux nécessaires dans ce pays. L'attestation rédigée le 11 février 2022 par une praticienne hospitalière du service de néphrologie et d'exploration fonctionnelle rénale de l'hôpital Edouard Herriot indique que M. B, qui est en cours " de bilan de pré-transplantation ". Cependantla circonstance, dont fait état ce document, de ce que l'intéressé verrait ses chances d'accès à une telle opération réduites en cas de retour dans son pays d'origine n'est pas davantage établie dès lors que le requérant se borne à produire un certificat médical émanant du centre hospitalier universitaire Nene Tereza de Tirana en date du 3 février 2022 " qui se borne à indiquer que la transplantation rénale ne peut être effectuée qu'avec un donneur ayant une connexion génétique. Enfin, M. B produit un rapport de l'OSAR (Organisation suisse d'aide aux réfugiés) du 14 mars 2017 relatif au traitement de l'hépatite B en Albanie soulignant des insuffisances tant dans l'accès que dans la qualité des soins en raison d'un manque d'investissement de l'Etat dans le système de santé, ainsi que des rapports du Comité des Nations-Unies pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes et de Forum réfugiés et des extraits des sites internet des gouvernements canadiens et français décrivant le système de santé albanais comme " le plus inégalitaire d'Europe " compte tenu des difficultés rencontrées en particulier par les patients souffrant d'infections chroniques dans l'accès aux soins compte tenu de leurs coûts et de la corruption qui gangrène ce pays. Cependant, ces documents, qui ne font pas état de l'indisponibilité des soins requis par l'état de santé du requérant, ne permettent pas de remettre sérieusement en cause l'analyse du collège de médecins de l'OFII, fondée sur une combinaison de sources sanitaires officielles portant sur l'offre de soins en Albanie et sur la pathologie du patient. Par ailleurs, la préfète de l'Ain verse au débat un rapport MedCoi (Medical Country of Origin Information) daté du mois de juillet 2017 dont il ressort que le traitement par dialyse est gratuit dans les établissements publics albanais et que les transplantations rénales y sont prises en charge par la caisse d'assurance maladie obligatoire. Il est également précisé que le gouvernement albanais a établi de nouveaux centres de dialyse dans différentes régions du pays afin d'éviter aux patients de se rendre dans les hôpitaux de la capitale. Dès lors, en l'absence d'éléments de nature à remettre utilement en cause l'analyse du collège de médecins de l'OFII, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Ain aurait méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'elle aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de son état de santé en refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

8. M. B soutient, d'une part, que son état de santé nécessite son maintien sur le territoire français afin qu'il puisse bénéficier des soins qui lui sont indispensables. Il résulte cependant de ce qui a été exposé au point 6, que l'état de santé du requérant ne justifie pas son maintien sur le territoire français puisqu'il pourra bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée en Albanie et qu'aucun obstacle médical ne s'oppose à ce qu'il poursuive son existence dans ce pays. D'autre part, M. B se prévaut de sa volonté d'insertion sociale en France compte tenu de son engagement bénévole au sein de plusieurs associations et de son apprentissage de la langue française. Toutefois, les attestations établies par des représentants de la Croix-rouge, du Secours populaire français et du Secours catholique et qui font état de l'investissement du requérant ainsi que de celui de son épouse, ne suffisent pas établir une insertion sociale particulièrement notable et ancrée sur le territoire français alors qu'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé se maintient irrégulièrement sur le territoire national en dépit d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre et que son épouse ne dispose d'aucun droit au séjour. Enfin, le requérant ne soutient ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales et sociales en Albanie où il a vécu l'essentiel de son existence et où la cellule familiale pourra se reconstituer. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté. Par les mêmes motifs, en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant refus de séjour sur la situation personnelle de M. B pourra être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

11. Dès lors qu'ainsi qu'il a été exposé au point 6, M. B pourra bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en Albanie, en l'obligeant à quitter le territoire français, la préfète de l'Ain n'a pas méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ensemble celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans les conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant, doivent, en l'absence de toute argumentation distincte dirigée contre la mesure d'éloignement, être écartés par les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point 8.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

13. En premier lieu, l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.

14. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit, en l'absence de toute argumentation distincte dirigée contre la mesure fixant le délai de départ volontaire, être écarté par les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point 8.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

16. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

17. M. B ne peut valablement soutenir qu'il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du fait de son état de santé dès lors qu'ainsi qu'il a été précisé au point 6, il pourra bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée afin de traiter les différentes pathologies dont il souffre, et en particulier son insuffisance rénale, dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

18. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article de L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

19. Tout d'abord, il résulte des termes mêmes des dispositions précitées de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne sont applicables que lorsque l'étranger n'entre pas dans l'une des situations prévues aux articles L. 612-6 et L. 612-7 du même code, qu'elles ne sont dès lors pas applicables aux étrangers qui se sont maintenus sur le territoire national au-delà du délai de départ volontaire. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, le 15 janvier 2020, à laquelle il n'a pas déféré. Par suite, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais seulement sur celui des dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point. Or, en l'espèce, la décision attaquée trouve son fondement légal dans les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées à celles de l'article L. 612-8 du même code visées par les décisions en cause, dès lors, en premier lieu, que M. B se trouvait dans la situation où, en application de ces premières dispositions, la préfète de l'Ain pouvait décider de prononcer à son encontre une décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans, en deuxième lieu, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et, en troisième lieu, que l'administration dispose d'un pouvoir d'appréciation de portée équivalente pour appliquer l'une ou l'autre de ces dispositions. Il s'ensuit qu'il y a lieu de procéder à la substitution de base légale.

20. M. B soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an revêt un caractère disproportionné dès lors que son état de santé rend nécessaire son maintien sur le territoire national afin qu'il puisse bénéficier des soins auxquels il n'aurait pas accès en Albanie. Il résulte toutefois de ce qui a été exposé au point 6 que le requérant pouvant bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée dans son pays d'origine, il ne saurait être regardé comme justifiant de circonstances humanitaires qui auraient dû conduire la préfète de l'Ain, alors que le requérant a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, à s'abstenir d'édicter, à son encontre, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, si l'intéressé soutient que la décision contestée serait entachée d'une erreur d'appréciation tant dans son principe que dans sa durée, il est constant, alors même que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire national en dépit d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne justifie d'aucun lien intense, stable et ancien sur le territoire français dès lors que son épouse ne dispose d'aucun droit au séjour et a vocation à l'accompagner lors de son retour en Albanie. Si le requérant se prévaut de ses efforts d'insertion sociale, cette circonstance ne peut, en tout état de cause, suffire à établir l'existence de liens avec la France au sens des dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, c'est sans faire une inexacte application des dispositions combinées des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la préfète de l'Ain a pu édicter à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français et en fixer la durée à un an, la durée maximale d'une telle interdiction pouvant aller jusqu'à deux ans.

21. Il résulte de tout ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Collomb, première conseillère,

M. Pineau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2022.

La rapporteure,

C. C

La présidente,

A. Baux

La greffière,

C. Réveillé

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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