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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202808

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202808

mardi 9 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202808
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantDACHARY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 13 avril et 27 mai 2022, M. C A, représenté par Me Dachary, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 janvier 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône :

- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard,

- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

M. A soutient que :

- sa requête est recevable ;

1°) s'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière à défaut pour le préfet de justifier qu'un avis a été rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que les médecins ayant siégé étaient régulièrement désignés, que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège, que l'avis du collège a été rendu à l'issue d'une véritable délibération des médecins, celle-ci constituant une garantie, et de justifier des documents médicaux sur lesquels le collège a fondé son avis pour apprécier la disponibilité du traitement en Côte d'Ivoire ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de son état de santé ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

3°) s'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

4°) s'agissant de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois :

- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 14 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juin 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Dachary, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 21 juillet 1988, déclare être entré en France en juillet 2012. Le 20 juillet 2017, l'intéressé a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé et, par un arrêté du 23 juillet 2019 qui sera confirmé par un jugement du tribunal du 31 octobre 2019 et une ordonnance de la cour administrative d'appel de Lyon du 23 mars 2020, il fera l'objet de décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Le 22 mars 2021, M. A a de nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté en date du 21 janvier 2022, le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (). ". Selon l'article R. 425-11 du code précité, le préfet délivre le titre de séjour : " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté susvisé du 27 décembre 2016 : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport () ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté () Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. () ".

3. D'une part, il ressort des pièces produites par le préfet du Rhône qu'au cours de l'instruction de la demande de titre de séjour de M. A, un rapport médical a été établi le 15 juin 2021, par le docteur B, et transmis le même jour au collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par ailleurs, le collège de médecins de l'OFII, composé de trois médecins, au sein duquel le médecin rapporteur n'a pas siégé, a émis, le 14 juillet 2021, un avis estimant que si l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé pourra bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par ailleurs, si le requérant soutient qu'il ne serait pas établi que l'avis ait été précédé d'une délibération, notamment en raison de l'éloignement géographique des médecins ayant siégé au sein dudit collège, et qu'il appartiendrait à l'administration de produire les extraits du système d'information " THEMIS " relatifs à l'examen de son dossier, cette seule affirmation ne permet pas de remettre en cause l'existence d'une délibération, qui peut prendre la forme d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle, et ne peut être considérée comme une contestation sérieuse du caractère collégial de l'avis médical précité. Enfin, il ne résulte d'aucune disposition, et notamment pas de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé, que le préfet du Rhône serait tenu de communiquer les " éléments qui ont permis au collège de médecins de l'OFII d'apprécier la possibilité pour M. A de bénéficier d'un traitement approprié en Côte d'Ivoire ", intéressé étant de surcroît de nationalité tunisienne, alors au demeurant que l'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 susvisé précise les éléments à prendre en considération pour apprécier les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont le demandeur d'un titre de séjour pour raison de santé est originaire et que l'annexe II de cet arrêté liste des outils à la disposition des médecins pour ce faire. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté en toutes ses branches.

4. D'autre part, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

5. Pour refuser d'admettre M. A au séjour, le préfet du Rhône s'est approprié le sens de l'avis précité du collège de médecins de l'OFII estimant que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pourra cependant bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Tunisie. M. A entend contester cette analyse en faisant état de ce qu'il souffre d'une pathologie de longue durée, un syndrome SAPHO, pour lequel il reçoit un traitement au long court par Cosentyx. Toutefois, si le requérant indique qu'il appartiendrait au préfet de démontrer la disponibilité en Tunisie du traitement qui lui est indispensable, ainsi qu'il a été exposé au point précédent, dès lors que le collège de médecins de l'OFII, au regard de la pathologie et du traitement reçu par l'intéressé tels que décrits dans le certificat médical confidentiel produit à l'appui de sa demande de titre de séjour et au regard d'une combinaison de sources sanitaires officielles sur l'offre de soins en Tunisie, a estimé qu'il pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, il appartient à M. A d'apporter des éléments médicaux précis et circonstanciés pour venir utilement infirmer l'analyse du collège de médecins de l'OFII. Or, en l'espèce, il ne ressort pas des documents médicaux versés au débat que le Cosentyx, médicament constituant le traitement actuel de l'intéressé et donnant des résultats efficaces selon le certificat établi le 2 septembre 2021, par un praticien hospitalier de l'hôpital Edouard Herriot, ne serait pas commercialisé en Tunisie. Par ailleurs, M. A soutient qu'il ne pourrait effectivement être médicalement pris en charge en Tunisie dans la mesure où sa pathologie ne serait pas incluse dans la liste des affections ouvrant droit à une prise en charge intégrale mais il ressort des pièces médicales que la pathologie du requérant est une maladie auto-inflammatoire, suivie en service de rhumatologie et de pathologies osseuses, et que la liste des affections intégralement prises en charge en Tunisie qui est versée au débat comprend à la fois les rhumatismes inflammatoires chroniques et les maladies auto-immunes. Enfin, si M. A renvoie à la liste des médicaments couverts par le régime de base en Tunisie disponible sur le site Internet du syndicat des pharmaciens d'officine de Tunisie indiquant que le Cosentyx n'y figure pas comme médicament remboursable, l'absence de mention de ce médicament dans la liste précitée ne saurait démontrer l'impossibilité d'un accès effectif audit traitement. Par suite, en l'absence de pièces médicales de nature à remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII, le préfet du Rhône n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis d'erreur manifeste d'appréciation de son état de santé, en refusant de délivrer à M. A un titre de séjour en qualité d'étranger malade.

6. En dernier lieu, dès lors que M. A n'a sollicité son admission au séjour qu'en qualité d'étranger malade et que le préfet du Rhône qui n'y était pas tenu, ne s'est pas prononcé sur son droit au séjour à un autre titre que celui sollicité, le requérant ne saurait utilement se prévaloir des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision portant refus de séjour. Le moyen soulevé est dès lors inopérant et sera donc écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : ()9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

9. Pour les motifs qui exposés au point 5 s'agissant de son état de santé, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui faisant obligation de quitter le territoire français.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

11. M. A fait état de la durée de son séjour en France où il résiderait depuis près de dix années, de ce qu'il y disposerait d'attaches personnelles et particulièrement fortes ainsi que de son intégration professionnelle. Toutefois, se bornant à produire pour les années 2012 à 2014, une unique facture annuelle d'achats, le requérant n'apporte pas la preuve de ce qu'il séjournerait sur le territoire français depuis 2012. A cet égard, si M. A se prévaut d'un mariage avec une ressortissante française, il ressort de l'acte de mariage versé à l'instance que célébré le 10 février 2022, il est intervenu postérieurement à la date de la décision attaquée, aucun document n'établissant l'ancienneté de la relation du requérant ni davantage l'existence d'une communauté de vie antérieure au mariage, M. A ayant d'ailleurs déclaré être domicilié chez une tierce personne lors du dépôt de sa demande de titre de séjour. Enfin, l'intéressé a passé l'essentiel de son existence en Tunisie où il a vécu, a minima jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans, à supposer qu'il soit effectivement entré sur le territoire national en 2012 et qu'il s'y soit maintenu depuis lors, et il conserve ainsi nécessairement ses attaches culturelles et sociales en Tunisie où, ainsi qu'il a été exposé au point 5, il peut bénéficier d'un traitement médical approprié à sa pathologie. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté. Pour les mêmes motifs et en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle de M. A doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois :

13. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. Enfin, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

14. Pour prononcer à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois, le préfet du Rhône a relevé que l'intéressé n'était pas démuni de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine et qu'il avait fait l'objet d'une mesure d'éloignement en juillet 2019 qu'il n'a pas exécutée, aucune circonstance humanitaire ne faisant obstacle au prononcé d'une interdiction de retour. Toutefois, il est constant que M. A a épousé une ressortissante française, le 5 février 2022 soit quinze jours après l'édiction de la décision attaquée. Ainsi, les démarches nécessaires à la célébration de ce mariage ont nécessairement été réalisées antérieurement à la date du prononcé de l'interdiction de retour. En outre, il ressort des pièces du dossier, notamment des factures d'électricité et de contrats d'assurance produits par le requérant, que M. A et son épouse disposaient d'un domicile commun depuis le mois d'octobre 2021. Dès lors, ainsi que le souligne M. A la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français qui le prive de la possibilité de revenir régulièrement en France après avoir sollicité un visa de long séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française, porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il y a lieu, pour ce motif, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens développés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, d'en prononcer l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

15. Eu égard au caractère circonscrit de l'annulation prononcée, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par le requérant au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 21 janvier 2022 par laquelle le préfet du Rhône a prononcé à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois est annulée.

Article 2: Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Collomb, première conseillère,

M. Pineau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2022.

Le rapporteur,

N. D

La présidente,

A. Baux

La greffière,

C. Réveillé

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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