mardi 9 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2202809 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | DACHARY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 13 avril et 27 mai 2022, M. B A, représenté par Me Dachary, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2021 par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône :
- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
1°) s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur l'avenir de sa formation professionnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre séjour ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
3°) s'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par une ordonnance du 14 avril 2022 la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juin 2022.
Un mémoire en défense présenté par le préfet du Rhône a été enregistré le 10 juin 2022.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 mars 2022 ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Dachary, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant albanais, né le 20 août 2003, est entré en France le 5 octobre 2017 muni d'un passeport. Le 16 novembre 2021, il a sollicité son admission au séjour. Par un arrêté du 9 décembre 2021, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision attaquée, en date du 9 décembre 2021, a été signée par Mme E D, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Rhône en date du 1er décembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais applicable à la date de la décision attaquée : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".
4. M. A soutient que le préfet du Rhône aurait dû le dispenser de la condition de visa de long séjour dès lors qu'il est entré régulièrement sur le territoire français et qu'il remplit la condition " de nécessité liée au déroulement des études " dès lors qu'il est inscrit en classe de terminale professionnelle " maintenance industrielle ", qu'il bénéficie d'une bourse nationale d'études du second degré de lycée et qu'il doit donc le baccalauréat afin de valider ses trois années de lycée professionnel. Toutefois, pour refuser d'admettre le requérant au séjour en qualité d'étudiant, le préfet du Rhône s'est fondé, non seulement sur l'absence de visa de long séjour en cours de validité à la date de sa demande mais également, sur le motif tiré de ce que l'intéressé qui est inscrit dans un établissement d'enseignement secondaire au titre de l'année 2021-2022, ne poursuit pas, à la date de la décision attaquée, d'études supérieures en France en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette circonstance suffisant, à elle seule, à fonder le rejet de la demande de titre de séjour. Ainsi, le préfet du Rhône n'a pas, en l'espèce, fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En troisième lieu, M. A fait état de son implication et de sa progression dans sa scolarité en France depuis 2017 ainsi que de son projet d'intégrer un BTS " maintenance industrielle " en alternance après l'obtention de son baccalauréat. Il verse au débat des bulletins scolaires au titre des années 2019-2020 et 2020-2021 et une attestation du responsable d'une équipe en charge de la maintenance des équipements ferroviaires du réseau de tramways lyonnais indiquant que l'intéressé a passé plus de vingt-semaines en immersion professionnelle au sein de ses équipes au cours des années 2020 et 2021 dans le cadre de stages effectués au titre de son baccalauréat professionnel et qu'il serait disposé à l'intégrer au sein de ses activités si le requérant parvient à intégrer un BTS. Toutefois, ces éléments ne permettent pas d'établir que M. A ne pourrait terminer ses études secondaires dans son pays d'origine et, le cas échéant, y poursuivre sa formation ou demander la délivrance d'un visa de long séjour auprès des autorités consulaires pour venir suivre des études supérieures en France. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Rhône a pu refuser de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ".
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
7. M. A fait état, d'une part, de la durée de sa présence France où il est entré en 2017 à l'âge de quatorze ans en compagnie de ses parents ainsi que de l'intégration de sa famille dès lors que ses parents ont suivi des cours de français et que son père, qui justifie d'un contrat de travail à durée indéterminée et à temps complet depuis le 19 juillet 2021 en qualité de façadier/ouvrier polyvalent, a sollicité un rendez-vous à la préfecture afin de déposer une demande de titre de séjour salarié sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les parents du requérant ne justifient, à la date de la décision en litige, d'aucun droit au séjour et qu'ils se maintiennent irrégulièrement en France en dépit de deux décisions de refus de séjour prises à leur encontre le 4 avril 2019 assorties d'obligations de quitter le territoire français. La cellule familiale peut donc se reconstituer en Albanie avec le frère mineur de l'intéressé. M. A, qui est célibataire et sans charge de famille, ne justifie donc pas de liens familiaux ancrés et stables sur le territoire français alors qu'il a vécu l'essentiel de son existence dans son pays d'origine. D'autre part, M. A se prévaut de sa scolarisation en France où il a tissé des liens avec ses camarades et les membres de la communauté éducative ainsi que de celle de son jeune frère. Cependant le parcours scolaire de l'intéressé ne permet pas de démontrer une intégration particulièrement notable en France, celui-ci ne justifiant ni des liens qu'il prétend avoir noué ni de ce qu'il ne pourrait poursuivre son existence et sa formation dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts poursuivis. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent, dès lors, être écartés. Par les mêmes motifs et en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant refus de séjour sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant l'obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
9. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ensemble celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, en l'absence de tout élément invoqué tenant à cette obligation, être écartés par les mêmes motifs que ceux développés au point 7.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
10. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
Mme Collomb, première conseillère,
M. Pineau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2022.
La rapporteure,
C. C
La présidente,
A. Baux
La greffière,
C. Réveillé
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026