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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202836

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202836

mardi 11 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202836
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantGALICHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 avril 2022, M. C A, représenté par Me Galichet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2021 par lequel la préfète de la Loire lui a refusé le renouvellement du titre de séjour dont il était titulaire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un titre de séjour, à titre principal, sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, à titre subsidiaire, sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du même code, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- elle est illégale faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de la Loire a transmis des pièces, enregistrées le 9 mai 2023, mais n'a pas produit de mémoire en défense.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A a été rejetée par une décision du 4 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Boulay, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né en 1987, entré régulièrement en France en 1998 dans le cadre du regroupement familial, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 9 novembre 2021 dont il demande l'annulation, la préfète de la Loire a rejeté cette demande.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Thomas Michaud, secrétaire général, en vertu d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté de la préfète de la Loire du 1er septembre 2021, publié le 13 septembre suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture et accessible tant au juge qu'aux parties. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée par laquelle la préfète de la Loire a refusé de renouveler le titre de séjour du requérant, qui mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la convention internationale relative aux droits de l'enfant, indique le motif du refus de séjour opposé au requérant sur le fondement de la menace à l'ordre public, permettant à l'intéressé d'en discuter utilement, et fait référence de manière suffisamment précise et circonstanciée à sa situation personnelle. Ainsi, elle comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfait aux exigences de motivation résultant des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète de la Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant d'édicter à son encontre la décision attaquée. A cet égard, si le requérant soutient que la préfète de la Loire n'aurait pas pris en compte sa situation familiale, la décision attaquée mentionne la date de son entrée en France, le fait qu'il est père de deux enfants et n'est pas marié, et précise qu'elle ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit, en l'absence d'examen particulier, doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE". ".

6. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que, pour refuser de renouveler le titre de séjour pluriannuel du requérant, la préfète de la Loire s'est fondée sur la circonstance que son comportement constituait une menace grave à l'ordre public. A cet égard, la préfète a relevé que, d'une part, l'intéressé a notamment été condamné, le 7 juillet 2006, à huit mois d'emprisonnement pour des faits de violences commis en réunion et d'agression sexuelle commis en réunion, le 4 février 2008 à trois mois d'emprisonnement pour des faits d'outrage et de menaces de mort envers un dépositaire de l'autorité publique, le 30 avril 2008 à quatre mois d'emprisonnement pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion, le 29 juin 2009 à un mois d'emprisonnement pour des faits de conduite sans permis et de circulation dans un véhicule terrestre à moteur sans assurance, le 22 juillet 2016 à un an d'emprisonnement pour des faits de violence commis sur conjoint, menace de mort réitérée, outrage et rébellion et le 22 octobre 2017 à sept mois d'emprisonnement pour des faits de circulation dans un véhicule terrestre à moteur sans assurance, mise en danger d'autrui, conduite sous l'emprise d'un état alcoolique et conduite sans permis, et que, d'autre part, M. A est connu des services de police en raison de vingt-trois mentions différentes, dont celles relatives aux condamnations susmentionnées, et dont la plus récente est datée du 29 juillet 2014. Dès lors, au vu du caractère réitéré et de la gravité des faits délictueux commis par le requérant et du caractère relativement récent de sa dernière condamnation, la préfète de la Loire n'a pas commis d'erreur d'appréciation en retenant l'existence d'une menace à l'ordre public et en lui refusant, pour ce motif, le renouvellement de son titre de séjour.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que si M. A est entré en France aux côtés de sa mère il y a plus de vingt-trois ans, à l'âge de onze ans, et a bénéficié d'un titre de séjour à sa majorité, s'il vivait à la date de la décision attaquée en concubinage avec Mme B, ressortissante marocaine titulaire d'une carte de résident, avec laquelle il a eu deux enfants, nés les 13 janvier 2014 et 19 décembre 2017, dont il justifie contribuer à l'entretien et à l'éducation, et si sa mère et l'une de ses grands-mères sont présentes en France, sous couvert de titres de séjour, ainsi que son grand-père de nationalité française, il résulte de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement, eu égard en particulier à la nature des faits de violence réitérés sur conjoint et menaces de mort pour lesquels le requérant a été condamné le 22 juillet 2016, que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. En outre, en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant doit également être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ".

10. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour lorsqu'il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues à ces articles, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Ainsi qu'il a été exposé précédemment, M. A ne pouvant se prévaloir de la délivrance d'un titre de séjour en France sur le fondement des articles L. 423-14 à L. 423-20, L. 423-21 ou L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de la Loire n'était pas tenue de saisir la commission du titre de séjour avant de refuser son admission au séjour. Le moyen tiré du vice de procédure doit, dès lors, être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Soubié, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.

La rapporteure,

P. Boulay

La présidente,

V. Vaccaro-Planchet La greffière,

S. Rivoire

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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