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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202859

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202859

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202859
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantGALLOUZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 avril 2022, M. D H B, représenté par Me Gallouze, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 janvier 2022 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de faire droit à sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de cette demande à compter de la notification du jugement à intervenir et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'incompétence, dès lors que sa signataire ne justifie pas d'une délégation de signature régulière du préfet du Rhône ;

- elle est insuffisamment motivée en fait et en droit au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle et familiale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; en effet :

. il entretient une relation stable avec son épouse depuis son arrivée sur le territoire français le 20 août 2019, et ils se sont mariés le 4 mai 2021 ;

. ils ont pour projet de donner naissance à un enfant, ce qui implique une prise en charge médicale et un suivi régulier de son épouse qui présente une infertilité primaire ;

- cette décision est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale, dès lors que le préfet du Rhône aurait dû faire usage de son pouvoir de régularisation ; en effet :

. il réside en France depuis plus de dix ans et est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle ;

. il remplit l'ensemble des conditions pour bénéficier du droit à être rejoint par son épouse au titre du regroupement familial ;

. cette dernière, titulaire d'une licence en gestion des ressources humaines et souhaitant poursuivre ses études en France, est porteuse du virus de l'hépatite B et son état de santé nécessite un suivi médical régulier sur le territoire français.

La clôture de l'instruction a été fixée au 9 juin 2022 par une ordonnance du 20 mai 2022.

Le préfet du Rhône a produit un mémoire en défense qui a été enregistré le 24 juin 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction, et qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E ;

- et les observations de Me Gallouze, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant angolais né le 24 juin 1989, est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 22 octobre 2019 au 21 octobre 2023. Le 16 juillet 2021, il a présenté auprès des services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) une demande de regroupement familial en faveur de son épouse, compatriote née le 23 avril 1990, avec laquelle il s'est marié en France le 4 mai 2021. Par une décision du 24 janvier 2022, le préfet du Rhône a refusé de faire droit à sa demande au motif que son épouse est présente irrégulièrement sur le territoire français. M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 11 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône le lendemain, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet du Rhône a donné délégation de signature à Mme G A, attachée principale, cheffe du bureau des examens spécialisés, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C F, directrice des migrations et de l'intégration, la totalité des actes établis par cette direction, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas la décision contestée. Or, il n'est ni établi ni même allégué que Mme F n'était pas absente ou empêchée. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque dès lors en fait.

3. En deuxième lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et l'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. La décision contestée vise les textes dont elle fait application, en particulier les articles L. 434-1 à L. 434-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B et de son épouse, dont les éléments sur lesquels le préfet du Rhône s'est fondé pour refuser de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de cette dernière. Par ailleurs, la circonstance que cette décision mentionne l'article R. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans ses motifs, sans l'avoir préalablement visé, est sans incidence sur sa légalité. Dans ces conditions, la décision attaquée, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé, est suffisamment motivée au regard des dispositions précitées.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni des pièces du dossier que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de M. B. Contrairement à ce que soutient l'intéressé, cette autorité a procédé à l'examen de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment des incidences du refus de faire droit à sa demande de regroupement familial au regard du droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, si le requérant soutient que la décision attaquée ne fait aucunement mention des éléments relatifs à l'état de santé de son épouse, il n'apporte pas le moindre commencement de preuve de nature à établir qu'il aurait porté ces informations à la connaissance de l'administration préalablement à l'édiction de cette décision. Le moyen tiré de l'erreur de droit est infondé et doit, par suite, être écarté.

6. En dernier lieu, d'une part, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. D'autre part, l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. () ". L'article L. 434-2 du même code énonce que : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; () ". L'article L. 434-6 de ce code prévoit que : " Peut être exclu du regroupement familial : / () 3° Un membre de la famille résidant en France. ". Et aux termes de l'article R. 434-6 du même code : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 434-7, le bénéfice du regroupement familial peut être accordé au conjoint () qui réside () en France, sans recours à la procédure d'introduction. / Pour l'application du premier alinéa est entendu comme conjoint l'étranger résidant régulièrement en France sous couvert d'une carte de séjour temporaire d'une durée de validité d'au moins un an ou d'une carte de séjour pluriannuelle qui contracte mariage avec le demandeur résidant régulièrement en France () ".

8. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une des conditions légalement requises, notamment en cas de présence anticipée sur le territoire français du conjoint bénéficiaire de la demande qui n'y réside pas régulièrement. Il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit du demandeur de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B s'est marié avec une ressortissante angolaise à Saint-Étienne le 4 mai 2021. L'intéressé, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, soutient qu'il réside sur le territoire national depuis plus de dix ans et qu'il remplit l'ensemble des conditions pour bénéficier du droit à être rejoint par son épouse au titre du regroupement familial. Il fait également valoir que cette dernière est titulaire d'une licence en gestion des ressources humaines et souhaite poursuivre ses études en France. Toutefois, si le requérant verse au dossier des attestations des 15 mai 2020 et 13 avril 2022, aux termes desquelles il vivrait avec sa conjointe depuis l'arrivée de celle-ci sur le territoire français, le 20 août 2019, sous couvert d'un visa de court séjour, ainsi qu'un échéancier d'électricité à leurs deux noms pour la période du 11 mai 2021 au 8 mai 2022, ces élément ne sont pas de nature à établir l'ancienneté, l'intensité et la stabilité de ses liens privés et familiaux vis-à-vis de son épouse, avec laquelle il était marié depuis moins de huit mois à la date de la décision contestée. Par ailleurs, si M. B fait état de leur projet de donner naissance à un enfant, et s'il ressort des pièces médicales versées au dossier que son épouse, qui présente une infertilité primaire, s'est vu prescrire un protocole de procréation médicalement assistée (PMA) le 17 février 2022, sans précision des dates des différentes étapes dudit protocole, ces éléments ne sont, en tout état de cause, pas de nature à démontrer que le couple était effectivement engagé dans ce protocole à la date de la décision attaquée. Enfin, s'il ressort également des pièces médicales datées des 2 juin et 9 août 2021 que l'épouse de M. B est porteuse du virus de l'hépatite B, la seule mention selon laquelle elle doit pratiquer des analyses médicales " tous les 3 mois pendant 1 an " n'est pas davantage de nature à démontrer que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle ne pourrait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Dans ces conditions, et en dépit de la durée et des conditions du séjour en France de M. B, l'atteinte portée par le préfet du Rhône au droit au respect de sa vie privée et familiale n'apparaît pas disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par la décision contestée, au nombre desquels figure le respect de la procédure d'introduction des demandes de regroupement familial. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle et familiale de l'intéressé ne peut être accueilli.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution de la part de l'administration. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par M. B doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement au requérant d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D H B et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Chenevey, président,

Mme Gagey, première conseillère,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

Le rapporteur,

C. E

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

F. Faure

La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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