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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202928

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202928

mardi 9 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202928
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantPAQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 avril 2022, Mme B D C, représentée par Me Paquet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de procéder au renouvellement de son titre de séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône :

- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et ce, dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

- et, à titre subsidiaire, de réexaminer de sa situation et de lui délivrer durant le temps de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Mme C soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation en l'absence d'examen complet de sa situation tant au regard de son état de santé que de son droit à mener sa vie privée et familiale sur le territoire national en application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'un vice de procédure :

- en l'absence de justification de la saisine du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- en méconnaissance des articles R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de justification de ce que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège de médecins de l'OFII ayant rendu l'avis en cause ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle ne pourra bénéficier d'un traitement approprié au Nigéria ; l'arrêté est entaché à cet égard d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile;

- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays destination méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir de régularisation.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Vray substituant Me Paquet représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, née le 16 novembre 1988, de nationalité nigériane, déclare être entrée en France, le 26 mai 2016. Sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 8 mars 2017 que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 8 janvier 2018. En suivant, l'intéressée a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au regard de son état de santé et a bénéficié d'une carte de séjour temporaire, valide du 8 janvier 2020 au 7 janvier 2021. Mme C en ayant sollicité le renouvellement, par un arrêté du 27 janvier 2022, dont elle demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a rejeté cette demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.

2. L'arrêté du 27 janvier 2022 vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations des articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Il fait par ailleurs mention de ce que l'intéressée ayant sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rendu, le 28 juin 2021, un avis précisant que si son état de santé nécessite une prise en charge médicale, son défaut ne devrait pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressée pouvant voyager sans risques vers son pays d'origine, précisant enfin, que Mme C ne justifie pas d'une vie privée et familiale stable en France, alors qu'elle pourra reconstituer sa cellule familiale au Nigéria. Par ailleurs, en soutenant que le préfet du Rhône n'aurait pas fait mention de la naissance de son enfant ainsi que de son intégration professionnelle, la requérante qui conteste ainsi le fond de la décision et non sa forme, ne justifie, en tout état de cause pas de ce que la décision en litige serait insuffisamment motivée, l'autorité administrative n'étant par ailleurs pas tenue de reprendre l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle du demandeur. Ainsi, en application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement de l'article L. 611-1, 3° de ce code, qui au demeurant comporte les considérations de fait et de droit qui la fondent, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, sa motivation se confondant avec celle de la décision portant refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement. Enfin, pour justifier la décision fixant le pays à destination duquel Mme C pourra être reconduite d'office, le préfet du Rhône a visé les dispositions des articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et enfin la circonstance que cette dernière ne justifie pas de ce qu'elle encourrait des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-huit ans. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté du 27 janvier 2022 qui manque en fait doit être écarté.

3. Si la requérante soutient que l'autorité administrative n'aurait pas pris en considération la naissance de son enfant, son état de vulnérabilité au regard de sa situation de personne " exfiltrée " d'un réseau de traite humaine, ainsi que son intégration professionnelle, et s'il lui est loisible de contester l'appréciation portée par l'autorité administrative sur sa demande, le préfet du Rhône n'était toutefois pas tenu de préciser dans sa décision l'ensemble des éléments produits par l'intéressée alors que l'arrêté en litige fait effectivement état, d'une part, de la situation familiale de la requérante, et notamment que sa fille mineure et sa mère demeurent au Nigéria, où elle pourra donc reconstituer sa cellule familiale, et d'autre part, que son état de santé nécessite une prise ne charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Ainsi, dès lors qu'il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Rhône ne se serait pas livré à un examen particulier de sa situation personnelle, le moyen tiré de l'absence d'examen particulier de la situation de Mme C ne pourra qu'être écarté. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation des faits relatifs à sa vie privée et familiale, commise sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sera écarté par les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés, la requérante n'articulant aucune argumentation spécifique.

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes des dispositions de l'article R. 425-11 du code précité : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical visé à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () ". Selon les termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté susvisé du 27 décembre 2016 : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport () ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté () Cet avis mentionne les éléments de procédure () ". Selon l'article 7 de cet arrêté : " Pour l'établissement de l'avis, le collège de médecins peut demander, dans le respect du secret médical, tout complément d'information auprès du médecin ayant rempli le certificat médical. Le demandeur en est informé. / Le complément d'information peut être également demandé auprès du médecin de l'office ayant rédigé le rapport médical. Le demandeur en est informé. / Le collège peut convoquer le demandeur. () Le collège peut faire procéder à des examens complémentaires. () A défaut de réponse aux demandes d'informations complémentaires ou de production des examens complémentaires ou lorsque le demandeur ne s'est pas présenté à la convocation qui lui a été adressée ou n'a pas justifié de son identité, le collège délibère et émet l'avis prévu à l'article 6 du présent arrêté. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet du Rhône s'est prononcé après consultation du collège de médecins de l'OFII, dont l'avis rendu le 28 juin 2021 est produit en défense. L'avis précité a été rendu au vu d'un rapport médical rédigé le 15 juin 2021, transmis, le 16 juin 2021, au collège de médecins de l'OFII, par un médecin dont il ressort du bordereau de transmission de l'OFII qu'il n'a pas siégé au sein dudit collège. Le moyen tiré du vice de procédure pourra être écarté, en toutes ses branches.

6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. Pour contester l'avis du collège de médecins de l'OFII, rendu le 28 juin 2021 dont le préfet du Rhône s'est approprié les termes et le sens, Mme C verse au débat deux rapports réalisés le 22 avril 2022, par une psychologue et, le 21 novembre 2019, par une infirmière, indiquant, d'une part, que l'intéressée souffre d'un état dépressif majeur entrainant des épisodes d'anxiété et de grande confusion, ainsi que des troubles du sommeil et des migraines, et d'autre part, que son état s'est aggravé corrélativement à la dégradation de ses conditions de vie. En outre, l'intéressée produit de nombreuses ordonnances rédigées par un psychiatre en date des 5 et 28 juin, 16 août, 6 septembre 2019, 25 juin, 24 septembre, 17 novembre, 15 décembre 2020, 21 janvier, 2 et 23 février, 1er mars, 7 et 26 mai et 27 décembre 2021, du 1er février 2022 faisant mention du traitement médicamenteux de la requérante. Toutefois, si l'ensemble de ces pièces médicales justifient de la gravité de l'état de santé de Mme C et du suivi régulier dont elle doit faire l'objet, aucune ne permet de démontrer qu'un éventuel défaut de soins serait de nature à entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité au sens de l'article 4 de l'arrêté du 5 janvier 2017, motif sur lequel le préfet s'est fondé pour refuser de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Par suite, l'intéressée n'ayant pu, par ces seuls éléments, remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII, c'est sans méconnaître les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni davantage entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, que le préfet du Rhône a refusé de procéder au renouvellement de son titre de séjour.

8. La requérante ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquelles elle n'a pas sollicité son admission au séjour et sur le fondement desquelles le préfet, n'étant pas tenu de le faire, ne s'est pas prononcé. Il s'ensuit que ce moyen inopérant, doit être écarté.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

10. Mme C fait état, d'une part, de ce qu'au regard de son état de santé et de son vécu traumatique au Nigéria, elle ne pourra y reconstituer sa cellule familiale, l'intérêt supérieur de sa jeune fille mineure étant de résider sur le territoire national avec sa mère, en sécurité. L'intéressée se prévaut, d'autre part, de sa volonté d'intégration, soulignant sa maitrise de la langue française, et enfin, de son insertion professionnelle. Toutefois, arrivée en France, à l'âge de 27 ans, la requérante qui a passé l'essentiel de son existence dans son pays d'origine où résident sa mère et son premier enfant, mineur, ne justifie par aucune des pièces versées au dossier, ainsi qu'il a été précisé au point 7, que son suivi médical ne pourrait être réalisé dans son pays d'origine. En outre, si la requérante fait état de ce qu'elle est intégrée, en premier lieu, sur le plan social en versant au dossier une attestation de son professeur de français du 17 avril 2018, d'un membre de l'équipe éducative de l'Amicale de Nid Rhône de la même date où l'intéressée réside et a effectué des stages, ainsi que trois notes sociales des 5 décembre 2019, 22 février 2021 et 30 mai 2022 rédigées par une éducatrice spécialisée attestant de sa volonté d'intégration et de son assiduité au cours de français en dépit de sa vulnérabilité psychique, et en second lieu sur le plan professionnel, versant au dossier des contrats de travail à durée déterminée (CDD) d'insertion à temps partiel pour un emploi d'agent d'entretien, conclus les 31 juillet et 10 septembre 2020, ainsi que des bulletins de salaire pour la période allant d'août 2020 à mars 2021, et pour le mois de septembre 2021, ces seuls éléments ne sauraient permettre de justifier de ce que l'intéressée aurait installé le centre de sa vie privée et familiale en France, alors qu'elle y a résidé en majeure partie en situation irrégulière, qu'elle n'a bénéficié que d'une carte de séjour temporaire non pérenne et qu'elle dispose au Nigéria d'importantes attaches familiales. Par suite, eu égard à ses conditions de séjour, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Enfin les décisions en litige n'ayant ni pour objet ni pour effet de séparer l'enfant de sa mère, la cellule familiale pouvant, se reconstituer dans le pays dont elles ont la nationalité ou dans tout autre pays que la France, où il n'est pas davantage démontré que Mme C ne pourrait y être en sécurité ou y bénéficier d'un suivi psychologique, le préfet du Rhône n'a pas davantage méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant en refusant de procéder au renouvellement de son titre de séjour. Ainsi, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant pourront être écartés.

11. Aux termes de l'article L. 435-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ".

12. En se bornant à rappeler les éléments sus relatés au point 10 relatifs à sa vie privée et familiale, Mme C ne fait état d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel, au sens des dispositions susmentionnées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour et, par suite, à démontrer que le préfet aurait entaché l'arrêté contesté d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour.

13. En l'absence d'argumentation particulière, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation pourra être écarté par les mêmes motifs que ceux exposés au point 10.

14. Aux termes de l'article 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. "

15. Dès lors qu'ainsi qu'il a été exposé au point 7, le défaut de traitement ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour Mme C qui peut voyager sans risque jusqu'au Nigéria, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet du Rhône n'a pas méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

16. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants. ".

17. Si Mme C soutient qu'elle risque d'être victime de traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Nigéria, indiquant avoir été victime d'un réseau de traite humaine, dès lors d'une part que tant l'OFPRA que la CNDA ont rejeté sa demande d'asile au motif que les faits allégués et les craintes énoncées ne pouvaient être tenus pour établis, et dès lors d'autre part, que la requérante ne fournit aucun élément nouveau permettant d'établir la réalité et l'actualité des risques qu'elle encourrait personnellement en cas de retour dans son pays d'origine, le moyen ainsi articulé tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne pourra qu'être écarté.

18. En l'absence d'argumentation particulière, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet dans l'usage de son pouvoir de régularisation pourra être écarté par les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 10.

19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D C et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Collomb, première conseillère,

M. Pineau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 202La présidente-rapporteure,

A. A

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. Collomb

La greffière,

C. Réveillé

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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