mardi 9 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2202954 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | LANTHEAUME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 avril 2022, A B E épouse D, représentée par Me Lantheaume, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trente jours suivant la notification du jugement, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
A D soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation et d'une erreur de droit en l'absence d'examen réel et sérieux ;
1°) s'agissant de la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d'erreurs de fait et d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation individuelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
3°) s'agissant des décisions fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays de destination :
- elles sont illégales par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par une ordonnance du 20 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juin 2022.
Un mémoire présenté par le préfet du Rhône a été enregistré le 21 juin 2022.
En application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, le 10 juin 2022, une mesure supplémentaire d'instruction a été adressée au préfet du Rhône tendant à ce qu'il produise des éléments ayant trait à la fraude documentaire invoquée dans l'arrêté attaqué et relative aux documents produits par la requérante lors de sa demande de titre de séjour.
Des pièces produites le 15 juin 2022 par le préfet du Rhône, ont été communiquées le même jour à la requérante.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les observations de Me Lantheaume, représentant A D.
Considérant ce qui suit :
1. A D, ressortissante algérienne née le 18 janvier 1986, déclare être entrée régulièrement en France en mars 2015, munie d'un visa de court séjour Schengen d'une durée de quatre-vingt-dix jours. L'intéressée a sollicité, le 14 janvier 2020, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien susvisé. Par un arrêté en date du 14 mars 2022, le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de renvoi. A D demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il faut application, notamment les stipulations utiles de l'accord franco-algérien susvisé ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise par ailleurs les éléments déterminants qui ont conduit le préfet du Rhône à refuser d'admettre A D au séjour et à lui faire obligation de quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours à destination du pays dont elle a la nationalité ou tout pays où elle établit être légalement admissible. Si la requérante soutient que le préfet n'aurait pas mentionné l'ensemble de ses attaches familiales en France, le préfet n'était cependant pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments ayant été porté à sa connaissance mais seulement les faits saillants de sa situation personnelle. Les décisions en litige comportent les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement et permettent à la requérante d'en discuter utilement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.
3. En second lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de A D avant d'édicter les décisions contestées. Si la requérante soutient que le préfet n'aurait pas pris en compte les attestations produites à l'appui de sa demande témoignant de ses attaches familiales en France, elle entend ce faisant contester l'appréciation portée par l'autorité administrative sur sa vie privée et familiale et cette divergence d'analyse ne saurait établir le défaut d'examen invoqué. Enfin, dès lors que l'intéressée avait sollicité son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale, le préfet n'avait pas expressément à mentionner le projet professionnel de A D, à supposer que celui-ci ait été porté à la connaissance des services instructeurs. Il résulte de ces éléments que le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen sérieux doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
4. En premier lieu, si la requérante soutient que le préfet ne pouvait, sans erreur de fait, relever que ses enfants n'auraient pas été scolarisés en France au motif qu'elle aurait produit de faux certificats de scolarité, il ressort de la lecture de la décision attaquée que le préfet n'a pas remis en cause l'intégralité de la scolarité de ces enfants mais qu'il a seulement relevé le caractère frauduleux de certains certificats de scolarité produits lors de la demande de titre de séjour. A cet égard, le préfet verse à l'instance les éléments établissant le caractère falsifié de ces documents, notamment des courriels émanant des écoles supposées avoir délivré ces certificats de scolarité, courriels indiquant que les enfants de la requérante ne figuraient pas dans la liste des élèves ou n'étaient pas scolarisés pour l'année scolaire indiquée. En outre, le préfet a estimé qu'aucun obstacle ne s'opposait à ce que les enfants de A D poursuivent leur scolarité hors de France, affirmation démontrant que le préfet avait effectivement pris en compte leur scolarisation, même partielle, sur le territoire français. Par ailleurs, si A D indique que le préfet aurait également commis une erreur de fait révélant un défaut d'examen en ce qu'il ne pouvait remettre en cause son entrée en France en 2015 et sa résidence continue depuis lors, la requérante ne produit toutefois pas de pièces probantes pour établir la continuité de son séjour en France, notamment de la fin de l'année 2018 au mois d'octobre 2019. Il résulte de ces éléments que les moyens tirés des erreurs de fait, tels qu'articulés, et de l'erreur de droit en l'absence d'examen doivent être écartés.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".
6. A D fait état de la durée de sa présence en France où elle aurait établi sa résidence habituelle depuis cinq années et où elle justifie d'attaches familiales importantes, d'une intégration réussie et d'un projet professionnel. Toutefois, la seule durée du séjour de l'intéressée en France, à supposer même ce séjour continu depuis 2015, ne saurait établir que A D y disposerait d'attaches anciennes et intenses et si elle souligne la présence en France de membres de sa famille, notamment des cousines dont elle produit des attestations, elle a cependant vécu séparée de ces dernières durant de nombreuses années dès lors qu'elle a passé l'essentiel de son existence hors de France, nécessairement au Canada où elle ne conteste pas y disposer d'une carte de résident permanent, ainsi qu'en Algérie où elle s'est mariée, où ses deux premiers enfants sont nés, où résident le père de ses enfants ainsi que ses parents, deux frères et trois sœurs. En outre, si la requérante indique ne plus avoir de liens avec sa famille l'ayant contrainte à un mariage forcé, A D conserve néanmoins nécessairement ses attaches culturelles et sociales en Algérie et elle n'apporte pas la preuve de ce qu'elle ne pourrait y poursuivre sa vie privée et familiale avec ses trois enfants mineurs, ou le cas échéant, au Canada puisque ses trois enfants ont la nationalité algérienne et canadienne. Enfin, la circonstance que A D dispose d'un projet professionnel dans le secteur de l'esthétique ne permet pas de démontrer une intégration particulière en France où l'intéressée ne justifie pas avoir exercé des activités professionnelles et se trouve dépourvue de ressources. Ainsi, eu égard aux conditions de son séjour sur le territoire national, A D n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts poursuivis. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien susvisé doivent ainsi être écartés. Par les mêmes motifs et en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant refus de séjour sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
8. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
9. A D fait état de ce que, si ses deux filles ont effectivement été scolarisées en Algérie au cours en 2018-2019, elles justifient néanmoins d'une scolarisation de trois années en France et de ce que la regrettable production de faux certificats de scolarité a été guidée par la volonté de faire prévaloir l'intérêt de ses enfants afin qu'ils poursuivent leur scolarité assidue en France. Toutefois, la décision en litige n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer les trois enfants mineurs de leur mère, élément constituant leur intérêt supérieur, et A D n'apporte pas la preuve de ce que la scolarité de ses enfants, notamment ses deux filles aînées, ne pourrait se poursuivre à nouveau dans de bonnes conditions en Algérie. Ainsi, le préfet n'a pas porté atteinte à l'intérêt supérieur de trois enfants mineurs F A D en faisant obligation de quitter le territoire français à leur mère. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays de destination :
10. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre des décisions fixant le délai de départ volontaire à quatre-vingt-dix jours et fixant le pays de renvoi doit être écarté.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de A D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à A B E épouse D et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
A Baux, présidente,
A Collomb, première conseillère,
M. Pineau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2022.
Le rapporteur,
N. C
La présidente,
A. Baux
La greffière,
C. Réveillé
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026