mardi 19 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2202965 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ADJA OKE |
Vu la procédure suivante :
D une requête enregistrée le 17 avril 2022, M. C A, représenté D Me Adja Oke, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2022 D lequel le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros D jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous le même délai et la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence de son signataire ;
en ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d'une erreur de droit, faute pour le préfet d'avoir à nouveau saisi le collège de médecins de l'OFII de son état de santé, qui s'est aggravé entre l'avis du 28 juin 2021 et la date de la décision attaquée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il remplit les conditions prévues à cet article pour bénéficier d'un titre de séjour ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale, D voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
en ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est illégale, D voie d'exception, du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale, D voie d'exception, du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.
D un mémoire en défense enregistré le 19 mai 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
D une ordonnance du 23 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 juin 2022.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale D une décision du 18 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 12 juin 1973, ressortissant de République démocratique du Congo (RDC), déclare être entré sur le territoire français le 25 mai 2013. Sa demande d'asile a été rejetée tant D l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 23 décembre 2014, que D la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 17 juillet 2015. M. A a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", en raison de son état de santé, valable du 15 novembre 2019 au 14 novembre 2020. Le 1er mars 2021, il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. D un arrêté du 7 février 2022, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise D l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies D décret en Conseil d'État. / () ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis D un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées D arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi D un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ".
3. Il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.
4. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité D M. A en qualité d'étranger malade le 7 février 2022, le préfet du Rhône s'est approprié l'avis rendu le 28 juin 2021 D le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et l'intégration (OFII), qui a estimé que si l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut cependant effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel il peut voyager sans risque.
5. Pour contester cette appréciation, M. A fait valoir, d'une part, qu'il a été victime d'un infarctus du myocarde et qu'il souffre non seulement d'un diabète de type 2, pathologie qui avait justifié la délivrance d'un titre de séjour à son profit en 2019, mais également d'une cardiopathie hypertrophique à haut risque cardiovasculaire et, d'autre part, qu'il est soumis à un suivi pluridisciplinaire et à un traitement médicamenteux indisponible dans son pays d'origine, en produisant plusieurs documents médicaux, notamment des comptes rendus d'hospitalisation ou de consultation et des ordonnances.
6. Il ressort des pièces du dossier que l'avis émis sur l'état de santé de M. A D le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 28 juin 2021 a été rendu sur la base d'un rapport médical établi le 8 juin 2021, tel que prévu à l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A a été victime d'un infarctus du myocarde avec élévation du segment ST (STEMI) antéro-latéral le 20 juillet 2021, à la suite duquel son traitement médical et notamment médicamenteux a été modifié.
7. En ce qui concerne le traitement médicamenteux de M. A, il ressort des pièces du dossier que ce traitement a été modifié à partir de juillet 2021, à la suite de l'infarctus, et qu'il se compose des spécialités suivantes : KARDEGIC(r) (aspirine, acétylsalicylate de lysine), BRILIQUE(r) (ticagrelor), ATORVASTATINE (atorvastatine calcique), BISOPROLOL (bisoprolol), RAMIPRIL(r) (inhibiteur de l'enzyme de conversion), SPIRONOLACTONE (spironolactone, diurétique épargneur de potassium), XIGDUO(r) (dapaglifozine / chlorhydrate de metformine), TRULICITY(r) (dulaglutide) et NATISPRAY(r) (trinitrine), ce traitement ayant été adapté en septembre 2021 D l'arrêt du RAMIPRIL(r) et l'ajout de l'ENTRESTO(r) (sacubitril / valsartan). M. A produit la liste des médicaments enregistrés en République démocratique du Congo, révisée en octobre 2020, du ministère de la santé de ce pays, au sein de laquelle ne figurent pas de spécialités dont la substance active est équivalente à celle de BRILIQUE(r), ATORVASTATINE, TRULICITY(r) et ENTRESTO(r). En se bornant à soutenir que le requérant " qui se contente d'établir la liste des médicaments qui lui ont été prescrits ne démontre nullement qu'il ne pourrait poursuivre des soins permettant la prise en charge de ses pathologies dans son pays d'origine ", le préfet ne conteste pas sérieusement l'indisponibilité des médicaments nécessaires à la préservation de l'état de santé de M. A dans le pays d'origine de celui-ci. D suite, le requérant est fondé à soutenir que le préfet du Rhône a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour.
8. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de séjour ainsi que, D voie de conséquence, celle des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du délai de départ volontaire et fixation du pays de destination prises sur son fondement.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
9. L'exécution du présent jugement, qui annule la décision contestée pour erreur d'appréciation, implique qu'un titre de séjour soit délivré à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet du Rhône de procéder à cette délivrance, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. D suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991. Il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros, à verser à Me Adja-Oke, avocat de M. A, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Rhône du 7 février 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Rhône de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Me Adja-Oke, avocat de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Maubon, première conseillère,
Mme de Lacoste Lareymondie, première conseillère.
Rendu public D mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.
La rapporteure,
G. BLe président,
H. Drouet
La greffière,
C. Amouny
La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026