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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202976

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202976

lundi 8 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202976
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantADJA OKE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 avril 2022, sous le °2202976, M. B E, représenté par Me Adja Oke, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 5 avril 2022 par lesquelles le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, l'a astreint à se présenter une fois par semaine auprès de la direction zonale de la police aux frontières, et a en outre procédé à la retenue de son passeport ;

2°) d'enjoindre à cette autorité, de lui restituer son passeport dans le délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision l'astreignant à se présenter une fois par semaine auprès de la direction zonale de la police aux frontières :

- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet du Rhône s'est cru en situation de compétence liée et n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

S'agissant de la décision portant retrait de passeport :

- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est disproportionnée dès lors qu'il était sur le point d'entamer des démarches en vue de se marier et constitue une atteinte injustifiée à sa liberté de mariage.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience à le préfet du Rhône n'était ni présent, ni représenté.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de M. Habchi, magistrat désigné, et les observations de Me Adja Oke, pour M. E, également présent à l'audience, assisté d'un interprète en langue arabe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, né le 24 juillet 1991 et originaire d'Algérie, est entré en France en novembre 2019, muni de son passeport algérien revêtu d'un visa court séjour " Schengen ". Par un arrêté du 5 avril 2022, le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours sur le fondement du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, l'a astreint à se présenter une fois par semaine auprès de la direction zonale de la police aux frontières, et lui a retiré son passeport. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions prises par l'autorité administrative.

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté contesté :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D C, attachée déléguée à la direction des migrations et de l'intégration, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Rhône en date du 1er décembre 2021, régulièrement publié le même jour et accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions en litige du 5 avril 2022 portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, qui visent la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comportent l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Contrairement à ce qu'affirme M. E, le préfet du Rhône n'avait, en tout état de cause, pas à viser les dispositions relatives aux étrangers conjoints de français, dès lors que le requérant algérien n'est pas marié.

4. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables à la date de l'arrêté contesté : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ". Il résulte, d'une part, de ces dispositions que lorsque l'étranger dispose d'un délai de départ volontaire, il peut être soumis, le cas échéant, à une obligation de présentation auprès de l'autorité administrative. D'autre part, l'autorité administrative a la faculté d'imposer une obligation de présentation à tout étranger s'étant vu accorder un délai de départ volontaire, cette mesure ne se confondant ni avec l'obligation de quitter le territoire français, ni avec la décision accordant un délai de départ volontaire. Toutefois, si l'obligation de présentation à laquelle un étranger est susceptible d'être astreint sur le fondement de l'article L. 721-7 du code précité a, ainsi qu'il vient d'être dit, le caractère d'une décision distincte de l'obligation de quitter le territoire français, cette décision, qui tend à assurer que l'étranger accomplit les diligences nécessaires à son départ dans le délai qui lui est imparti, concourt à la mise en œuvre de l'obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, alors même que cette décision d'astreinte constitue une mesure de police devant, par suite, être motivée, cette motivation peut se confondre avec celle de l'obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire. Enfin, au regard du pouvoir d'appréciation dont dispose, aux termes de la loi, l'autorité administrative pour apprécier la nécessité d'imposer une obligation de présentation sur le fondement de l'article L. 721-7, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste tant dans sa décision de recourir à cette mesure que dans le choix des modalités de celle-ci.

5. En l'espèce, M. E a été astreint, par la décision attaquée, à se présenter une fois par semaine à de la direction zonale de la police aux frontières de Lyon, chaque mardi, dans le cadre de la préparation de son départ volontaire. Or, contrairement à ce qu'il soutient, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prenant une telle mesure, le préfet du Rhône ait entaché sa décision, qui n'avait pas à être motivée de manière distincte de celle portant éloignement, d'une insuffisance de motivation, ou d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen, pris en ses deux branches, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision d'éloignement prise à l'encontre de l'étranger :

6. En premier lieu, M. E se prévaut des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de la circonstance que son état de santé ferait obstacle à son éloignement vers l'Algérie. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier produites devant le tribunal, notamment pas de celles faisant état d'un asthme bronchique chronique, que l'état de santé de l'intéressé commanderait son maintien impératif sur le territoire national, le traitement médicamenteux qu'il prenait en 2019 étant composé de Ventoline et de Solupred et ce alors, en tout état de cause, qu'il n'est nullement démontré qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un tel traitement et d'un suivi médical appropriés en Algérie, son pays d'origine. Le préfet du Rhône, qui a produit en défense, justifie de la disponibilité d'un traitement médicamenteux en Algérie, notamment par la production de la fiche MedCoi. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées ne peut qu'être écarté. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait dû saisir le collège de médecins de l'OFII, à propos de l'état de santé du requérant, de sorte que le moyen tiré du vice de procédure, ne peut qu'être écarté.

7. En second lieu, il ne ressort ni de la lecture de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. E. La circonstance, en particulier, que le requérant s'apprête à se marier le 9 juillet 2022 en France, demeure sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement, prise le 5 avril 2022. Au surplus, le requérant ne pouvait légitimement ignorer la précarité et l'irrégularité de sa situation administrative au regard de son droit au séjour en France.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de destination :

8. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision d'astreinte hebdomadaire :

9. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant astreinte à se présenter une fois par semaine auprès de la direction zonale de la police aux frontières, doit être écarté.

10. En second lieu, il ne ressort ni de la lecture de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Rhône se serait cru en situation de compétence liée et n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. E.

En ce qui concerne le retrait de passeport :

11. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant retrait de passeport, doit être écarté

12 En second lieu, le requérant soutient que la retenue de son passeport par l'autorité administrative porte une atteinte disproportionnée et injustifiée à sa liberté de mariage. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé est dépourvu de charge de famille et, alors que la réalité et l'ancienneté de sa vie commune avec sa compagne n'est établie par aucune pièce produite au dossier, ses allégations selon lesquelles les municipalités auraient refusé de célébrer son mariage en l'absence de production de son passeport algérien, apparaissent peu crédibles. Dans ces conditions, la mesure contestée, qui vise à permettre au préfet du Rhône d'assurer le suivi de l'exécution de la mesure d'éloignement, n'apparaît pas manifestement disproportionnée eu égard à l'objectif qu'elle poursuit et à la contrainte qui a ainsi été imposée au requérant.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de cette requête doivent être rejetées en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n° 2202976 de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2022.

Le magistrat désigné,

H. A La greffière en chef adjointe,

M. F

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°2202976

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