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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203046

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203046

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203046
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantPETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 20 avril et 21 juin 2022 sous le n°2203046, M. E D, représenté par Me Petit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 7 avril 2022 par lequel la préfète de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer, dans l'attente du réexamen de sa situation, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

M. D soutient que :

- la décision d'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- le préfet du Rhône a omis de procéder à un examen attentif et individuel de sa situation personnelle et familiale ;

- la décision d'éloignement a été prise en violation du principe général du droit d'être entendu, garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît aussi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise également en violation de l'intérêt supérieur des enfants de l'intéressé, protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 10 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, ensemble le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle la préfète de la Loire n'étaient ni présente, ni représentée.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de M. Habchi, magistrat désigné et les observations de Me Petit, pour M. D, qui rappelle l'intérêt supérieur des enfants de l'intéressé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M D, né le 9 juillet 1991 et de nationalité algérienne, est entré en France le 19 juillet 2019 muni d'un visa de court séjour " Schengen ", afin de rejoindre son épouse Mme B C, présente sur le territoire français en qualité d'étrangère malade pour la période 2019 à 2021. Après avoir été interpellé le 7 avril 2022 par les forces de police du département de la Loire à la suite d'un contrôle routier, l'autorité administrative a constaté que M. D s'était maintenu depuis l'année 2019 sur le sol national à l'expiration de son visa, et n'avait pas sollicité de certificat de résidence algérien, ni tenté de régulariser sa situation administrative personnelle. Puis, par un arrêté du 7 avril 2022 pris sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de la Loire a prononcé une mesure d'éloignement à son encontre. Par la présente requête, M. D demande au tribunal de prononcer l'annulation des décisions en date du 7 avril 2022 par lesquelles l'autorité administrative l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. D ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 10 juin 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de cette aide à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la mesure d'éloignement édictée à l'encontre de l'étranger :

3. En premier lieu, lorsqu'il oblige un étranger à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet doit appliquer les principes généraux du droit de l'Union européenne, dont celui du droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle défavorable ne soit prise à son encontre. Ce droit implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger intéressé à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité de son séjour ou la perspective de son éloignement.

4. A cet égard, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal du 7 avril 2022 produit en défense que M. D a été auditionné par les forces de police à la suite de son interpellation pour défaut de permis de conduire et refus d'obtempérer. Il ne saurait donc sérieusement soutenir qu'il n'a pas été en mesure de formuler des observations utiles sur sa situation. D'ailleurs, il ne ressort, d'une part, d'aucune des pièces du dossier que, durant son séjour en France, il aurait tenté de prendre l'attache des services préfectoraux compétents pour faire valoir tout élément qu'il aurait estimé pertinent pour solliciter notamment la reconnaissance d'un droit au séjour qui ferait obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. D'autre part, il ne fait pas davantage état devant le tribunal d'éléments pertinents et nouveaux, susceptibles de remettre en cause le principe d'une mesure d'éloignement du territoire français. Au surplus, le requérant ne pouvait légitimement ignorer, eu égard à sa situation personnelle sur le sol français depuis 2019, qu'il encourait une mesure d'éloignement prononcée par l'autorité préfectorale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté du 7 avril 2022 par lequel la préfète de la Loire a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours à M. D et a fixé le pays de destination vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que, notamment, les dispositions de l'article L. 611-1 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables à la date de l'arrêté attaqué. Il précise en outre que l'intéressé est entré sur le territoire national en juillet 2019 et s'est maintenu en France à l'expiration de son visa de court séjour Schengen. La décision en litige qui comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.

6. En troisième lieu, il ne résulte pas davantage des termes de la décision d'éloignement, ni des autres pièces du dossier, que l'autorité préfectorale aurait omis d'examiner de manière attentive et personnalisée la situation du ressortissant algérien, qui lui était soumise. Contrairement à ce qu'expose la requérant, la préfète a bien pris en compte la présence de ses deux enfants, mineurs d'âge, sur le territoire national. La préfète n'étant pas tenue de mentionner dans sa décision tous les éléments relatifs à la vie privée et familiale de l'étranger, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas l'état de santé de son épouse n'est pas de nature à caractériser une absence d'examen de la situation de M. D. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit par suite être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. D âgé de 30 ans, est entré en France en juillet 2019 et y réside depuis près de trois ans à la date de l'arrêté attaqué. L'intéressé, qui demeure sans emploi ni activité professionnelle stable, a conservé l'essentiel de ses attaches familiales en Algérie, et n'a d'ailleurs pas sollicité de certificat de résidence algérien alors qu'il ne pouvait légitimement ignorer que sa présence sur le sol français aux côtés de son épouse, admise au séjour en 2019 en France pour raisons de santé, nécessitait la détention d'un document de séjour. Au demeurant, son épouse de même nationalité, qui a été bénéficiaire d'un certificat de résidence jusqu'en février 2021, fait également l'objet d'une mesure d'éloignement édictée à son encontre le 3 août 2021, et se trouve, partant, également en situation irrégulière, et ce en dépit des problèmes de santé de cette dernière dont il est fait état dans un certificat médical daté du 1er avril 2022. Si M. D invoque la présence de ses deux enfants respectivement nés le 15 août 2017 et le 11 mars 2021, il est constant que la scolarité du premier enfant, qui est récente, peut aisément se poursuivre en Algérie et rien ne fait à cet effet obstacle à ce que l'ensemble de la cellule familiale se reconstitue en Algérie, pays qui possède un système éducatif adapté. Enfin, la promesse d'embauche de M. D, produite dans les dernières écritures, en tant qu'employé dans une pizzeria, datée du 20 mai 2022, est postérieure à l'édiction de l'arrête contesté. Dans ces conditions, et pour louable que soit la volonté d'intégration de M. D, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point 7 doit être écarté. Pour les mêmes motifs, M. D n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Loire aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

9. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée aurait pour effet de séparer les deux enfants de M. D de leur père, ni au demeurant de leur mère laquelle se trouve également en situation irrégulière sur le territoire national, ainsi qu'il vient d'être dit. Pour louable que soit la volonté d'intégration des enfants qu'il invoque, M. D ne saurait pour autant soutenir que la décision d'éloignement édictée par la préfète de la Loire aurait méconnu l'intérêt supérieur des enfants du couple algérien. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 9 que le moyen tiré de l'exception d'illégalité n'est pas fondé.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de cette requête doivent être rejetées en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. D tendant à son admission au titre de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n°2203046 est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et à la préfète de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

H. A

La greffière en chef adjointe,

M. F

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°2203046

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