mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2203068 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SCP ROBIN VERNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 avril 2022, Mme A B épouse C, représentée par la SCP Robin Vernet, demande au tribunal:
1°) d'annuler les décisions du 21 janvier 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 90 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et à tout le moins de lui délivre délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour en application des article L. 911-1 et suivants du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1981.
Elle soutient que :
S'agissant du refus de séjour
- il n'est pas établi, concernant le refus de séjour, qu'un avis du collège de médecins de l'OFII ait été préalablement et régulièrement émis et que cet avis comporte les signatures lisibles des membres du collège ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'un défaut de motivation ;
- le refus de titre de séjour méconnaît tant les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien que celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le refus de titre de séjour porte atteinte à l'intérêt supérieur de sa fille, en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de 90 jours
- cette décision encourt l'annulation par exception d'illégalité du refus de titre de séjour sur lequel elle se fonde ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'intérêt supérieur de sa fille protégé par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination
- l'annulation de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ainsi que celle enjoignant l'obligation de quitter le territoire français, entraîneront nécessairement l'annulation de la décision du même jour fixant le pays de destination ;
Le préfet du Rhône a produit des pièces le 23 mai 2022.
La clôture de l'instruction a été fixée au 9 juin 2022 par une ordonnance du 25 mai 2022.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 18 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Segado, président-rapporteur,
- et les observations de Me Vernet pour la requérante.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, de nationalité algérienne, déclare être entrée le 22 mars 2019 sur le territoire français sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa court séjour, accompagnée de sa fille mineure née le 17 mai 2009. Elle a sollicité le 14 septembre 2020 le bénéfice de l'asile. Par une décision du 2 décembre 2020 l'Office française de protection des réfugiés et apatrides a rejeté cette demande. Entre temps, l'intéressée a sollicité le 24 novembre 2020 la délivrance d'un certificat de résidence algérien en invoquant l'état de santé de sa fille. Par des décisions du 21 janvier 2022 le préfet du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 90 jours et a fixé le pays de destination. La requérante demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions en annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
3. Mme C soutient que la décision contestée méconnaît tant son droit au respect de sa vie privée et familiale que l'intérêt supérieur de sa fille âgée de 12 ans, en se prévalant particulièrement des soins nécessités par l'état de santé de cette enfant. Concernant cet état de santé, le préfet s'est approprié l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émis le 28 juin 2021 faisant état de ce que si l'état de santé de cette enfant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort toutefois des pièces du dossier et particulièrement d'un compte rendu d'hospitalisation et d'un certificat médical établis les 16 novembre 2021 et 3 février 2022 respectivement par un médecin du service de gastroentérologie, hépatologie et nutrition pédiatrique de l'hôpital femme-mère-enfant de Bron et par une pédiatre à l'institut d'hématologie et d'oncologie pédiatrique de Lyon qui suivent cette enfant, que cette dernière souffrait depuis avril 2017 de colites inflammatoires qui avaient été diagnostiquées de manière erronée en Algérie comme étant une maladie de Crohn, qu'elle a fait l'objet d'une prise en charge médicale en France qui a permis de diagnostiquer qu'elle est atteinte de " granulomatose septique chronique ", que cette maladie génétique entraine de nombreuses complications qui peuvent être infectieuses, oculaires et digestives, que cette enfant présente déjà une atteinte digestive sévère de cette maladie pour laquelle elle est sous immunomodulateur, et qu'ont été aussi découverts une kératite marginale ainsi que des atteintes choroïdo-rétiniennes. Par ailleurs, il résulte de ces mêmes pièces médicales que le seul traitement curatif de cette granulomatose septique chronique dont est atteinte cette enfant consiste en une allogreffe de moelle osseuse, que sa sœur est HLA donneuse et pourrait être donneuse, qu'en l'absence de greffe osseuse les différents symptômes de la maladie vont s'aggraver et que cette allogreffe est ainsi envisagée en France dans les mois prochains. Enfin, la requérante produit un certificat médical établi le 23 mai 2022 par un professeur de médecine, membre du bureau de la société algérienne des maladies allergiques et immunologiques et du centre hospitalier de Blida en Algérie, attestant qu'à ce jour le traitement de la granulomatose septique chronique demeure la greffe de moelle osseuse qui n'est pas disponible ce jour en Algérie pour la prise en charge de cette enfant, élément corroborant le certificat médical du 3 février 2022 de la pédiatre de l'institut d'hématologie et d'oncologie pédiatrique de Lyon indiquant qu'à sa connaissance, cette allogreffe de moelle osseuse ne peut être réalisée en Algérie. Compte tenu de ces éléments établissant la nécessité pour cette enfant âgée de 12 ans de demeurer en France en raison de son état de santé afin de bénéficier de la poursuite de cette prise en charge médicale en vue de la réalisation de ce traitement curatif consistant en une allogreffe de moelle osseuse, et compte tenu du caractère indispensable de la présence en France de la requérante au côté de sa fille, alors que l'époux de la requérante et leurs trois autres enfants, dont deux mineurs, demeurent en Algérie, en refusant de délivrer un certificat de résidence à Mme C le préfet du Rhône a méconnu l'intérêt supérieur de cette enfant et a porté une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, cette décision de refus méconnaît ainsi les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à soutenir que la décision du 22 janvier 2022 du préfet du Rhône rejetant sa demande de titre de séjour est entachée d'illégalité, ainsi que par voie de conséquence, les décisions en date du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 90 jours fixant le pays de destination. La requérante est, dès lors, fondée à demander l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".
6. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un changement dans les circonstances de fait ou de droit y ferait obstacle, que le préfet du Rhône délivre à Mme C un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre à cette autorité d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que l'avocate de la requérante renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la SCP Robin Vernet de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 21 janvier 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a rejeté la demande de titre de séjour de Mme C, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 90 jours et a fixé le pays de destination sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Rhône de délivrer à Mme C un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'État versera à la SCP Robin Vernet une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de son renoncement à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
Mme Bour, première conseillère,
M. Delahaye, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
Le président-rapporteur,
J. Segado
L'assesseure la plus ancienne,
A-S. Bour
La greffière,
N. Renoud-Genty
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026