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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203102

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203102

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203102
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantDACHARY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 avril 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 25 mai 2022, M. D A, représenté par Me Dachary, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 17 novembre 2021 par lesquelles le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office, et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il doit être justifié de la compétence du signataire de l'arrêté contesté ;

en ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- il est entaché d'une erreur de fait, le préfet ne pouvant fonder sa décision sur les seuls éléments issus de visabio alors qu'il établit son identité et son âge ;

- le préfet a méconnu l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle encourt l'annulation par exception d'illégalité du refus de titre de séjour sur lequel elle se fonde ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination doit être annulée en ce qu'elle repose sur les décisions illégales de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire ;

en ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- le préfet a méconnu l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a pris une mesure disproportionnée et a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 juin 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 18 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Segado, président-rapporteur,

- et les observations de Me Dachary pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 20 décembre 1997, est entré irrégulièrement sur le territoire français en octobre 2013 et a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance par ordonnance de placement provisoire du 19 novembre 2013. Il a fait l'objet à sa majorité d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français le 16 novembre 2015, annulée par le tribunal administratif de Lyon, puis sur réexamen de sa situation, il a fait l'objet d'une nouvelle décision portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français le 31 octobre 2016, à l'encontre de laquelle sa requête a été rejetée en raison de sa tardiveté. Il a ensuite sollicité son admission au séjour. Par des décisions du 17 novembre 2021 le préfet du Rhône a rejeté cette demande, a obligé M. A à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, a fixé le pays de destination, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. M. A demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions contestées :

2. Les décisions contestées sont signées par Mme B C, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture du Rhône, qui a reçu délégation à cet effet par arrêté du préfet du Rhône du 15 novembre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du même jour. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de séjour :

3. En premier lieu, si la décision contestée mentionne au titre des éléments de fait relatifs à la situation personnelle de l'intéressé les résultats de la consultation de l'application Visabio en 2015 sur laquelle le préfet s'était initialement fondé pour prononcer le premier refus de titre de séjour assorti d'une mesure d'éloignement à son encontre le 16 novembre 2015, une telle mention ne constitue pas le fondement de la décision contestée mais un simple rappel superfétatoire des éléments de sa situation antérieure, et il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet aurait pris en compte ces éléments relatifs à son état-civil dans son appréciation de la situation personnelle de l'intéressé. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit par conséquent être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Il ressort des termes de la décision contestée que le préfet a estimé que l'intéressé, qui avait obtenu son CAP de peintre en juillet 2018 et avait été scolarisé en CAP Serrurier métallier en 2018/2019, ne remplissait pas les conditions prévues par ces dispositions, particulièrement s'agissant le suivi d'études. Le requérant se borne à soulever le moyen tiré de la violation de ces dispositions de l'article L. 422-1 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans fournir à l'appui de ce moyen aucune précision et aucun élément, concernant particulièrement les études suivies, de nature à justifier qu'il remplissait, contrairement à ce qu'a estimé le préfet, les conditions prévues par cet article pour se voir délivrer un titre de séjour étudiant. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet a méconnu les dispositions de cet article L. 422-1 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Si M. A est entré sur le territoire français en novembre 2013 à l'âge de 15 ans, a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance jusqu'en 2017, et a obtenu une formation professionnelle dans le secteur du bâtiment en obtenant le titre professionnel de peintre en bâtiment le 3 juillet 2015, puis le CAP Peintre applicateur en revêtements le 29 juin 2018, alors même qu'il se trouvait sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre en octobre 2016, il ne justifie pas de sa situation professionnelle entre juillet 2018 et juillet 2021, se prévaut d'un contrat indéterminée qui aurait été conclu avec la société Valone Construction le 16 mars 2021 sans justifier de la réalité de l'exécution de ce contrat, alors qu'il présente sur la même période trois contrats à durée déterminée sur la période de juillet à novembre 2021 dont deux pour des activités d'aide déménageur et de nettoyage de wagons dépourvus de tout lien avec sa formation professionnelle. Par ailleurs, le contrat d'insertion à durée déterminée dont il se prévaut dans ses écritures, conclu pour la période du 29 novembre 2021 au 25 mars 2022 et renouvelé pour un an avec l'entreprise Tremplin Bâtiment, destiné à faciliter son insertion sociale par l'exercice d'une activité professionnelle, est postérieur à la décision contestée. Dans ces conditions, M. A ne justifie pas de motifs exceptionnels justifiant qu'un titre de séjour lui soit délivré sur le fondement des dispositions précitées, et le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit par conséquent être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ". Si M. A est présent depuis 8 ans sur le territoire français à la date de la décision contestée et s'il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance lors de son arrivée en France en 2013 à l'âge de 15 ans, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, âgé de presque 21 ans à la date de la décision attaquée, célibataire et sans enfant, a fait l'objet d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire le 31 octobre 2016 devenue définitive qu'il n'a pas exécutée. Par ailleurs le requérant ne justifie d'aucune attache personnelle d'une intensité particulière sur le territoire français. S'il se prévaut du suivi de ses études et de ses diverses activités professionnelles, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des éléments précédemment exposés concernant ses études et ses activité professionnelles, qu'il justifie d'une intégration et d'une insertion professionnelle particulière en France. Par suite, et même s'il n'aurait pas conservé de contact avec les membres de sa famille restés dans son pays d'origine, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en prenant la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant à M. A la délivrance d'un titre de séjour.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation du refus de titre de séjour qui lui a été opposé.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français par exception d'illégalité du refus de séjour sur lequel elle se fonde.

9. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 6, et en l'absence d'autre élément, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus sur la situation personnelle et familiale de l'intéressé, notamment concernant son intégration, les études suivies et son insertion professionnelle, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. Il résulte de ce qui a été dit précédemment sur la légalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination doit être annulée en raison de ce que la décision portant refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire sont illégales.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français ", et au termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

14. Pour contester la décision d'interdiction de retour pour une durée de douze mois prononcée à son encontre, le requérant se prévaut de la durée de sa présence en France, soutient être parfaitement intégré en France et être isolé dans son pays. Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus sur la situation personnelle de M. A, et eu égard au fait qu'il s'est déjà soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement en date du 31 octobre 2016, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir ni que cette mesure présenterait un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle, ni que cette décision méconnaîtrait l'article L. 612-8 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'elle méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

15. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois prononcée à son encontre.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 novembre 2021 par lequel le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office, et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Flechet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

J. Segado

L'assesseur le plus ancien,

L. Delahaye

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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