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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203109

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203109

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203109
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantHMAIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 avril 2022, et un mémoire enregistré le 8 juin 2022, M. A B, représenté par Me Hmaida, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions en date du 5 avril 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement à son conseil d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour ce conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

M. B soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- il réside habituellement depuis plus de 11 ans en France, où il a noué une relation sentimentale avec une compatriote, il a régulièrement travaillé et a reçu une promesse d'embauche en cas de régularisation, il parle français couramment et il est dépourvu d'attaches dans son pays d'origine ; dans ces conditions, le refus de lui délivrer un titre de séjour viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de lui délivrer un titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et quant aux conséquences de cette décision ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale en ce qu'elle est fondée sur un refus de titre de séjour illégal ;

- cette mesure viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination de son éloignement est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et de celle lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- cette interdiction est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mai 2022, préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 30 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 juin 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Chenevey, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant du Kosovo né le 25 mars 1986, déclare être entré en France le 6 septembre 2010, pour y solliciter la protection des autorités françaises. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 31 janvier 2011, qui a été confirmée par une décision du 11 avril 2012 de la Cour nationale du droit d'asile. Toutefois, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " lui a été délivrée au regard de son état de santé, laquelle a été renouvelée une fois. Par des décisions du 13 octobre 2014, le préfet du Rhône a refusé de renouveler ce titre une seconde fois et a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français. Le tribunal administratif et la cour administrative d'appel de Lyon ont rejeté les requêtes formées par M. B contre ces décisions. Saisi d'une nouvelle demande, le préfet du Rhône lui a opposé le 20 octobre 2017 un nouveau refus de délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Le tribunal administratif et la cour administrative d'appel de Lyon ont à nouveau rejeté les requêtes formées par l'intéressé contre ces décisions. Le 24 février 2020, l'intéressé a déposé à la préfecture du Rhône une nouvelle demande de délivrance d'un titre de séjour. M. B demande au tribunal d'annuler les décisions du 5 avril 2022 par lesquelles le préfet du Rhône lui a opposé un refus, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays de destination de son éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence du signataire des décisions attaquées :

2. Les décisions attaquées ont été signées par Mme C, directrice adjointe des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône, qui avait reçu délégation du préfet de ce département pour signer de tels actes en cas d'absence ou d'empêchement de sa directrice, par un arrêté du 29 mars 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 4 avril suivant. Le moyen tiré de ce que ces décisions seraient entachées d'incompétence ne peut dès lors être accueilli.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. M. B fait notamment valoir qu'il réside en France depuis plus de onze ans, y a travaillé et noué une relation sentimentale et est désormais dépourvu d'attaches familiales au Kosovo. Toutefois, si le requérant a été admis provisoirement au séjour en vue de l'examen de sa demande d'asile, puis à titre temporaire à raison de son état de santé, il réside irrégulièrement en France depuis 2014. Il ne justifie ni de la réalité ni de l'ancienneté de la relation sentimentale qu'il prétend avoir nouée avec une compatriote, sans même au surplus indiquer si celle-ci réside régulièrement en France. Par ailleurs, le requérant ne produit aucune pièce justifiant de ce que ses parents sont décédés et de ce que son frère et sa sœur résident en Norvège. Dans ces circonstances, le refus de délivrer un titre de séjour au requérant ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent dès lors être écartés.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. Alors même qu'il réside en France depuis 11 ans, M. B ne justifie pas y avoir des attaches privées et familiales, ni en être dépourvu au Kosovo. S'il a travaillé en France et fait valoir qu'il a reçu une promesse d'embauche, il n'allègue pas être titulaire d'une qualification particulière. Dans ces circonstances, le refus de lui délivrer un titre de séjour n'est entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni quant aux conséquences de ce refus sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité du refus de lui délivrer un titre de séjour à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus, cette mesure d'éloignement ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ".

11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité du refus de titre de séjour litigieux et de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination de son éloignement.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.

14. En second lieu, si M. B a résidé plus de onze ans en France, il s'y est maintenu plus de sept ans après l'expiration de sa dernière carte de séjour. Il n'a pas déféré aux mesures d'éloignement qui lui ont été notifiées en 2014 et en 2017. Il ne justifie en France d'aucune attache privée ou familiale et n'y a pas exercé d'activité professionnelle depuis plusieurs années. Dans ces circonstances, en lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant douze mois, le préfet du Rhône n'a pas fait une inexactes application des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête tendant à l'annulation des décisions attaquées, n'implique aucune mesure d'exécution de la part de l'administration. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent dès lors également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement au conseil du requérant d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Rhône.

Copie en sera adressée à Me Hmaida.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Chenevey, président,

Mme Gagey, première conseillère,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

J.-P. Chenevey

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

N. Gagey

La greffière,

F. Faure

La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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