vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2203190 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | RENOUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 avril 2022, le préfet du Rhône demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2022 par lequel la maire de Vénissieux a interdit les saisies et dispersions mobilières sur le territoire vénissian ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Vénissieux la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le préfet du Rhône soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente dès lors que :
* il ne relève pas des pouvoirs de police administrative du maire prévus par les dispositions de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales ;
* il intervient dans un domaine pour lequel aucune disposition législative ou réglementaire ne confère un pouvoir d'intervention au maire, les dispositions de l'article L. 115-1 du code de l'action sociale et des familles n'ayant pas pour objet de faire primer les droits du débiteur sur ceux du créancier et ne peut donc constituer la base légale de l'arrêté attaqué,
* les dispositions de article L.153-1 du code des procédures civiles d'exécution attribuent à l'Etat la charge de prêter le concours de la force publique à l'exécution des décisions de justice et d'en définir les modalités ;
- les circonstances exceptionnelles invoquées par la commune ne sont pas spécifiques à la commune de Vénissieux et aucune atteinte à la dignité humaine ne peut être retenue puisque des procédures et dispositifs spécifiques permettent d'accompagner le débiteur pour lui assurer les biens indispensables à sa vie quotidienne ;
- le maire ne peut faire échec, par l'exercice de son pouvoir de police général, au pouvoir que le préfet tient de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution ;
- l'arrêté attaqué viole la chose jugée par les juridictions de l'ordre judiciaire et la séparation des pouvoirs ;
- il est entaché d'un détournement de pouvoir dès lors qu'il répond à des préoccupations politiques ou sociales.
Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 2 septembre 2022, la commune de la Vénissieux, représentée par la Selarl Cabinet Fabrice Renouard (Me Renouard) conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune soutient que :
- la France rencontre une crise économique et sociale exceptionnellement grave caractérisée par la hausse des prix de l'énergie et de l'alimentation qui affecte particulièrement les populations les plus défavorisées ;
- cette crise économique et sociale résulte d'évènement imprévisibles, en l'espèce les conséquences de l'épidémie de covid-19 et la guerre en Ukraine depuis le 24 février 2022 ;
- ces circonstances exceptionnelles rendaient impérieuse l'adoption de l'arrêté en litige compte tenu des circonstances locales propres à la commune de Vénissieux, dont la population particulièrement vulnérable est exposée ;
- les saisies mobilières sont attentatoires à la dignité des personnes en ce qu'elles portent atteinte à leur honneur, sont violemment ressenties et engendrent des risques de violence lors de leurs mises en œuvre.
Par une ordonnance du 6 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Arnould, rapporteur public,
- et les observations de Me Verrier, substituant Me Renouard, représentant la commune de Vénissieux.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet du Rhône demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 31 mars 2022 par lequel la maire de la commune de Vénissieux a interdit les saisies et dispersions mobilières sur le territoire vénissian.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé () de la police municipale () ". Aux termes de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. () ,
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 111-1 du code des procédures civiles d'exécution : " Tout créancier peut, dans les conditions prévues par la loi, contraindre son débiteur défaillant à exécuter ses obligations à son égard. () ". Aux termes de l'article L. 153-1 du même code : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation. " Aux termes de l'article L. 221-1 du même code : " Tout créancier muni d'un titre exécutoire constatant une créance liquide et exigible peut, après signification d'un commandement, faire procéder à la saisie et à la vente des biens meubles corporels appartenant à son débiteur, qu'ils soient ou non détenus par ce dernier. / () ".
4. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient aux seules autorités de l'Etat de définir les modalités selon lesquelles ce dernier assume son obligation de prêter le concours de la force publique à l'exécution des décisions de justice et, le cas échéant, dans le cas où des considérations impérieuses tenant à l'ordre public ou à des risques d'atteinte à la dignité humaine le justifieraient, de décider, après un examen particulier de chaque cas, de différer ou de refuser ce concours, sans préjudice du droit à réparation du bénéficiaire du jugement dont l'exécution est demandée. Par suite, l'interdiction d'utiliser les voies d'exécution ouvertes par la loi à tout bénéficiaire d'un jugement afin de surmonter la résistance de son débiteur aboutit à faire obstacle à l'exécution des décisions de justice, ainsi qu'à l'exercice par l'Etat de son pouvoir de prêter le concours de la force publique. En outre, le maire ne tient d'aucune disposition constitutionnelle ou législative, et notamment des dispositions de l'article L. 115-1 du code de l'action sociale et des familles, le pouvoir de faire obstacle à l'exécution d'une décision de justice. Enfin, la commune de Vénissieux ne peut pas se prévaloir des dispositions précitées des articles L. 2212-1 et L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales pour prétendre que la maire avait le pouvoir d'interdire les saisies mobilières en raison des risques pour l'ordre public ou afin d'assurer la sauvegarde de la dignité de la personne humaine. En effet, l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution attribue à l'Etat, et à lui seul, la charge de prêter le concours de la force publique à l'exécution des décisions de justice et, ainsi qu'il a été exposé, d'en différer ou d'en refuser l'exécution en cas d'atteinte à la dignité humaine ou de risque pour la sécurité publique. A cet égard, si la commune invoque l'existence de circonstances exceptionnelles liées aux difficultés financières exacerbées par les conséquences de la crise sanitaire, du conflit en Ukraine et de l'accélération de l'inflation, ces phénomènes n'affectent pas exclusivement les habitants de la commune de Vénissieux et ne peuvent justifier que la maire s'affranchisse des règles de compétence fixées par la loi. Il résulte ainsi de l'ensemble de ces éléments qu'en édictant l'arrêté attaqué, la maire de la commune de Vénissieux a méconnu le champ de sa compétence. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens du déféré, le préfet du Rhône est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 31 mars 2022 de la maire de la commune de Vénissieux.
Sur les frais du litige :
5. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à payer la somme réclamée par la commune de Vénissieux au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
6. En second lieu, si une personne publique qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat peut néanmoins demander au juge le bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais spécifiques exposés par elle à l'occasion de l'instance, elle ne saurait se borner à faire état d'un surcroît de travail de ses services et doit faire état précisément des frais qu'elle aurait exposés pour défendre à l'instance.
7. En l'espèce, le préfet du Rhône, qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat, fait valoir les annulations réitérées qui ont été prononcées à l'encontre des arrêtés antérieurement édictés par la commune de Vénissieux et les frais engendrés par l'introduction de la requête, notamment un temps de travail d'une semaine d'un agent de catégorie A, et les coûts de structure nécessairement induits par le traitement de ce déféré. Toutefois, en invoquant un surcroit de travail de la part des agents et l'utilisation de consommables et de fluides, le préfet du Rhône ne justifie pas des frais qu'il aurait exposés dans le cadre de la présente instance. Par suite, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 31 mars 2022 de la maire de la commune de Vénissieux est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet du Rhône et à la commune de Vénissieux.
Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
Le rapporteur,
N. A
La présidente,
A. Baux
La greffière,
S. Rolland
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026