lundi 11 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2203260 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | LEFEVRE-DUVAL |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 28 avril et 21 juin 2022 sous le n°2203260, Mme D B, représentée par Me Lefevre-Duval, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 15 avril 2022 par lequel la préfète de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;
2°) de l'admettre au bénéfice l'aide juridictionnelle provisoire ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non- admission dans le système d'information " Schengen " ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
II. Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 18 mai et 21 juin 2022 sous le n°2203764, M. E A, représenté par Me Lefevre-Duval, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 3 mai 2022 par lequel la préfète de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;
2°) de l'admettre au bénéfice l'aide juridictionnelle provisoire ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Loire procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non- admission dans le système d'information " Schengen " ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Mme B et M. A soutiennent que :
- les arrêtés attaqués sont insuffisamment motivés en fait et en droit ;
- ils souffrent d'un défaut d'examen sérieux et personnalité de la part de la préfète de la Loire ;
- la préfète n'a pas respecté le principe des droits de la défense ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles ont été prises en violation de l'intérêt supérieur des enfants du couple consacré par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989 ;
- elles sont également entachées d'erreur de droit ;
- les décisions fixant le pays de destination sont illégales par voie d'exception ;
- elles méconnaissent en outre l'article 3 de la convention européenne précitée.
La préfète de la Loire a produit des pièces enregistrés le 1er juin 2022 au greffe du tribunal administratif de Lyon.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, ensemble le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience à laquelle la préfète de la Loire n'était ni présente, ni représentée.
Ont été entendus au cours de l'audience publique les deux rapports de M. Habchi, magistrat désigné, ainsi que les observations de Me Lefevre-Duval, pour les requérants, qui rappelle la situation des intéressés notamment au regard de l'asile et de la vie privée et familiale. Un interprète en langue soussou était également présent à l'audience.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées n° 2203260 et n°2203764 présentées pour M. A et Mme B présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Mme B, née le 4 avril 1994 et M. A, né le 1er janvier 1998, tous deux de nationalité guinéenne, sont entrés en France respectivement le 30 janvier 2020 et le 19 avril 2018, démunis de tout visa ou document de séjour. Le 20 mai 2021, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté leurs demandes d'asile, décisions confirmées par la Cour nationale du droit d'asile le 1er décembre 2021. Ce rejet définitif leur a été notifié le 17 décembre suivant. Puis, par deux arrêtés pris respectivement les 15 avril et 3 mai 2022, la préfète de la Loire leur a opposé chacun, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi duquel ils sont susceptibles d'être reconduits d'office. Par les présentes requêtes, M. A et Mme B demandent l'annulation de l'ensemble de ces décisions prises par l'autorité administrative.
Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Compte tenu de l'urgence qui s'attache à leur situation administrative, M. A et Mme B doivent être admis, dans les circonstances de l'espèce, au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions en litige :
4. En premier lieu, les arrêtés attaqués par lesquels la préfète de la Loire a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours à M. A et à Mme B et a fixé le pays de destination, visent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que, notamment, les dispositions de l'article L. 611-1 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables. Ils précisent en outre que les requérants sont entrés sur le territoire national respectivement en 2018 et en 2020, et qu'ils s'y sont maintenus de manière irrégulière. Enfin, contrairement à ce que font valoir les intéressés, l'autorité administrative n'avait pas à relever dans sa décision fixant le pays de destination, l'ensemble des craintes exprimées par les étrangers en cas de retour en Guinée ou bien les mauvais traitements dont ils étaient susceptibles d'être les victimes, dans l'hypothèse de leur éloignement vers ce pays. Dès lors, les décisions d'éloignement et fixant le pays de destination en litige qui comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, satisfont aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Enfin, la circonstance que la préfète de la Loire n'a pas évoqué l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle et familiale de M. A et de Mme B demeure sans incidence sur la légalité des décisions contestées, dès lors que l'autorité préfectorale n'avait pas à faire état de tous ces éléments. Le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes des décisions attaquées ni des autres pièces versées aux deux dossiers que la préfète de la Loire aurait omis d'examiner la situation des deux requérants, de manière complète et sérieuse, de sorte que le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
6. En troisième lieu, si les requérants invoquent la méconnaissance des principes du contradictoire et des droits de la défense en affirmant qu'ils n'ont pas pu présenter des observations devant l'autorité administrative avant l'édiction des deux arrêtés contestés, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'ils auraient été empêchés, durant l'instruction de leur demande d'asile, de faire valoir toute observation utile sur leur situation personnelle et familiale, ni qu'ils auraient d'ailleurs sollicité un titre de séjour ou tenté de régularisé leur situation depuis le refus d'asile définitif qui leur a été notifié le 17 décembre 2021. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que la préfète de la Loire n'aurait pas respecté le principe des droits de la défense, ni le principe du contradictoire.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A et Mme B, âgés respectivement de 24 et de 28 ans, sont entrés en France respectivement en 2018 et en 2020 et y résident, chacun, depuis près de quatre ans et un an et demi, à la date des arrêtés attaqués. Si les intéressés se prévalent d'une intégration réussie, notamment par l'obtention d'une autorisation de travail au sein d'une menuiserie pour M. A, cette seule circonstance ne peut suffire à elle seule à faire regarder les arrêtés en litige comme ayant porté une atteinte excessive au droit au respect de leur vie privée et familiale. En effet, le couple a vécu l'essentiel de son existence en Guinée et il ne possède aucune attache familiale forte en France. Il a en revanche conservé des liens familiaux intenses dans le pays d'origine, où résident leurs familles respectives. Si les requérants invoquent la naissance de leurs deux enfants en France, au demeurant non scolarisés, M. A et Mme B ne disposent d'aucun logement autonome, ni de ressources suffisantes pour subvenir aux besoins de leur famille. Dans ces conditions, pour louables que soient leurs souhaits d'intégration dans la société française, l'ensemble des éléments invoqués par le couple guinéen ne saurait suffire à établir que l'obligation de quitter le territoire français dont ils sont chacun l'objet, a porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point 7 doit être écarté. Pour les mêmes motifs, M. A et Mme B ne sont pas davantage fondés à soutenir que la préfète de la Loire aurait entaché ses décisions d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur leur situation personnelle et familiale.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
10. Il ressort des pièces du dossier que les deux enfants de M. A et de Mme B ne sont pas scolarisés. Ainsi qu'il a été dit au point 8, rien ne fait obstacle à ce qu'ils puissent entamer leur cursus scolaire en Guinée, pays qui possède par ailleurs un système éducatif adapté, et que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine de leurs parents. Enfin, les décisions en litige n'ont pas pour effet de séparer les deux enfants de leurs parents, en situation irrégulière sur le territoire français depuis quatre et deux ans, respectivement. Par suite, la préfète de la Loire n'a pas méconnu les stipulations citées au point précédent, ni commis d'erreur de droit, en prenant les actes contestés.
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :
11. En premier lieu, les mesures d'éloignement n'étant pas illégales, les requérants ne sauraient exciper, par voie d'exception, de l'illégalité des décisions fixant le pays de destination, pour ce motif ;
12. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". M. A et Mme B font valoir qu'ils ne peuvent retourner dans leur pays d'origine où ils seraient menacés physiquement, en raison d'un mariage force pour l'une, et des opinions politiques de l'intéressé, pour l'autre, mais le couple ne produit aucune pièce probante au soutien de ses allégations, qui ont au demeurant été écartées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 20 mai 2021 et la Cour nationale du droit d'asile le 1er décembre 2021. Par suite, M. A et Mme B, qui n'apportent pas d'élément établissant le caractère réel, sérieux et actuel des menaces invoquées en cas de retour en Guinée, ne sont pas fondés à soutenir que les décisions fixant le pays de destination méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.
13. Il s'ensuit que l'ensemble des décisions contestées par M. A et Mme B ne sont aucunement entachées d'illégalité. Elles n'appellent en outre aucune mesure d'injonction particulière, contrairement à ce qu'ils invoquent dans leurs écritures initiales d'instance. Par suite, ils ne sauraient sérieusement demander au tribunal à ce qu'il soit enjoint à la préfète de la Loire de procéder à l'effacement de leur signalement aux fins de non- admission dans le système d'information " Schengen ".
14. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, présentées par Mme B et M. A doivent être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : M. A et de Mme B sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes n°2203260 et 2203764 est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Mme D B et à la préfète de la Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
H. C
La greffière en chef adjointe,
M. F
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
N°s 2203260, 2203764
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026