lundi 11 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2203280 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | CADOUX |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 29 avril 2022 sous le n°2203280, Mme C B, représentée par Me Cadoux, demande dans le dernier état de ses écritures, au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 avril 2022 par laquelle le préfet du Rhône a prononcé sa remise aux autorités allemandes ;
2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
II. Par une requête enregistrée le 29 avril 2022, sous le n°2203281, M. D H, représenté par Me Cadoux, demande dans le dernier état de ses écritures, au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 avril 2022 par laquelle le préfet du Rhône a prononcé sa remise aux autorités allemandes ;
2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Mme B et M. H soutiennent que :
- les décisions de remise aux autorités allemandes ont été signées par une autorité incompétente ;
- les décisions sont entachées d'un vice de procédure en l'absence d'entretien individuel prévu par l'article 5 du règlement n°604/2013 susvisé, avant que les décisions de remise ne soient prises ;
- les décisions de remise ont été édictées en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les décisions de remise sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation commise dans l'application des dispositions de l'article 17 du règlement Dublin A eu égard notamment à la présence de leurs enfants en France, également en méconnaissance de leur intérêt supérieur.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 17 mai 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet des deux requêtes.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués dans les deux requêtes n'est fondé.
Par deux notes en délibéré, enregistrées le 29 juin 2022, le préfet du Rhône indique que la famille est recherchée à la suite de l'ordonnance de placement provisoire des enfants du couple, prise par le Procureur de la République.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, du 20 novembre 1989 ;
- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dit " F A " ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. G pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle le préfet du Rhône n'était ni présent, ni représenté.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 juin 2022 le rapport de M. Habchi, magistrat désigné, et les observations de Me Cadoux, pour Mme B et M. H, qui insiste à nouveau sur l'erreur manifeste d'appréciation de la situation des intéressés, et l'atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale des époux, et soulève en outre le moyen tiré du vice de procédure, dès lors que les brochures A et B adressés aux intéressés leur ont été remises en langue française uniquement.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées n° 2203280 et n° 2203281 présentées pour Mme B et M. H présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Mme B, née le 12 septembre 1990 et M. H, né le 27 août 1955, tous deux de nationalité serbe, sont entrés en France le 18 janvier 2022 démunis de tout visa ou document de séjour, accompagnés de leurs enfants mineurs, et ce après avoir séjourné en Allemagne. Le 26 janvier 2022, le couple a saisi le préfet du Rhône d'une demande d'asile, et après avoir relevé leurs empreintes, l'autorité administrative a constaté, dans le fichier européen " Eurodac ", que les ressortissants serbes étaient connus des autorités allemandes, pays où ils ont été identifiés le 9 décembre 2021. Puis, par deux arrêtés du 25 avril 2022, le préfet du Rhône a conséquemment décidé de prononcer leur remise aux autorités allemandes. Les requérants serbes demandent au tribunal d'annuler ces décisions administratives les concernant.
Sur les conclusions présentées au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Compte tenu de l'urgence qui s'attache à leur situation administrative, il y a lieu d'admettre Mme B et M. H au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions de remise aux autorités allemandes :
4. En premier lieu, les décisions attaquées, en date du 25 avril 2022 ont été signées par M. E I, cheffe du pôle régional Dublin, qui a reçu délégation à cet effet par arrêté du préfet du Rhône n° 69-2021-194 du 1er décembre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes en litige doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment: a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée; b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères; c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations; d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert; e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement; f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3 () ". Selon les termes de l'article 5 du même règlement : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".
6. Il ressort des pièces versées en défense que Mme B et M. H ont fait l'objet d'un entretien individuel relatif à l'asile, le 26 janvier 2022, par le truchement d'un interprète en langue serbe, dont le compte rendu a été signé par les intéressés et versés aux débats par le préfet du Rhône. D'ailleurs, le couple a notamment mentionné que l'Allemagne avait rejeté sa demande d'asile, sans toutefois apporter de preuve probante à l'appui de cette affirmation. En outre, si les requérants invoquent, au cours de l'audience, un vice de procédure, tiré de ce que les brochures A et B leur ont été remises uniquement en langue française, il ressort tant des écritures en défense, que des pièces versées au dossier que ces brochures, qui n'ont d'autre objet que de fournir une information générale sur le droit à l'asile en France aux ressortissants étrangers, n'ont pas de traduction littéraire en serbe latin, dans la mesure où il n'existe pas, il est vrai, de traduction officielle desdites brochures dans cette langue. Toutefois, et cela n'est pas utilement contesté par Mme B et M. H, le contenu de ces brochures A et B leur a été expliqué oralement en serbe par le truchement d'un interprète (société ISM), le 26 janvier 2022. Dès lors, les requérants doivent être regardés comme ayant été mis en mesure de prendre connaissance de ces brochures, et n'ont, partant, pas été privés d'une garantie. D'ailleurs, les intéressés ont pu formuler des observations pertinentes sur leur situation administrative, ainsi qu'il vient d'être dit. Par conséquent, ils ne sont pas fondés à soutenir qu'ils n'auraient pas bénéficié d'un entretien individuel avec un agent qualifié, ni qu'ils n'auraient pas été en capacité de former des observations utiles, ni même qu'ils auraient été privés d'une garantie. Par suite, le moyen tiré de la violation, par l'autorité administrative, des dispositions des articles 5.5 et 5.6 du règlement dit " F A ", ne peut qu'être écarté comme non fondé, tout comme celui tiré de ce que les décisions de remise, en litige, auraient été édictées à l'issue d'une procédure irrégulière.
7. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". La faculté laissée à chaque État membre, par le 1 de l'article 17 du règlement n°604/2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
8. Les requérants fait valoir qu'ils souhaitent demeurer en France avec leurs enfants mineurs dès lors que l'Allemagne n'aurait pas correctement instruit leurs demandes d'asiles, lorsqu'ils ont séjourné dans ce pays, en 2021. Toutefois, ils n'établissent pas que l'Allemagne aurait été dans l'incapacité d'assurer leur accueil effectif, leur prise en charge, et le suivi de leur demande d'asile respective, et il ne ressort en outre nullement des pièces du dossier que leur situation personnelle et familiale commanderait leur maintien impératif sur le sol français. Au demeurant, il est démontré par les éléments versés en défense par le préfet du Rhône que l'Allemagne, pays membre de l'Union européenne, qui possède pour les enfants mineurs du couple, des services éducatifs et d'apprentissage adaptés, est parfaitement en mesure d'instruire leur demande d'asile. Dans ces conditions, c'est sans méconnaitre les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ni erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Rhône a pu ne pas déroger aux critères de détermination de l'Etat responsable de la demande d'asile des ressortissants nigérians, et prononcer leur remise aux autorités allemandes.
9. En quatrième lieu, si les requérants ont entendu invoquer, eu égard à leurs écritures, les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant qui consacrent en substance l'intérêt supérieur des enfants du couple, il ne ressort pas des pièces du dossier que les décisions en litige auraient pour effet de séparer les enfants de leur mère, ni de leur père, ni même que la scolarité de ces derniers ne pourrait pas se poursuivre en Allemagne, le temps de l'instruction de la demande d'asile par les autorités responsables de leur dossier respectif. Par suite, et à supposer que le couple ait entendu articuler un tel moyen, celui, tiré de la violation desdites stipulations, ne peut qu'être écarté.
10. En cinquième et dernier lieu, les requérants ont entendu soulever, au cours de l'audience, le moyen tiré de l'atteinte excessive au droit au respect de la vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne susvisée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. H et Mme B, sont entrés en France récemment, avec leurs enfants mineurs dont ils se prévalent, et n'exercent aucune activité professionnelle stable en France. Ils n'ont pas davantage tissé de liens privés, ni ne disposent de liens familiaux intenses, autres que leur propre cellule familiale en France. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne précitée doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des deux requêtes présentées par Mme B et par M. H doivent être rejetées.
DECIDE
Article 1er : Mme B et de M. H sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes n°2203280 et 2203281 de Mme B et de M. H est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à M. D H, et au préfet du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
H. G
La greffière en chef adjointe,
M. J
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
N°s 2203280, 2203281
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026