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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203287

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203287

vendredi 12 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203287
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantMAUGEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 avril 2022 sous le n°2203287, Mme D E, ayant pour avocate Me Maugez, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 11 avril 2022 par lesquelles la préfète de l'Ain l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office, et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Mme E soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision d'éloignement méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la préfète a méconnu l'intérêt supérieur de ses trois enfants mineurs, en violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions internes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 6 mois est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 juin 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989 ;

la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 8 juillet 2022.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle la préfète de l'Ain n'était ni présente ni représentée.

Ont été entendus au cours de l'audience publique : le rapport de M. Habchi, magistrat désigné et les observations de Me Maugez, qui rappelle la situation personnelle et familiale de l'intéressée, également présente et assistée d'un interprète en langue portugaise.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1.Mme E, née le 22 décembre 1983, de nationalité angolaise, est entrée en France selon ses déclarations, le 4 mars 2020 démunie de tout visa ou document de séjour, accompagnée de ses trois enfants mineurs, nés en 2009, 2012 et 2015. Le 17 juin 2021, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 3 décembre 2021. Après avoir constaté que l'étrangère s'était maintenue sur le territoire national, la préfète de l'Ain a par un arrêté du 11 avril 2022, obligé Mme E à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle sera susceptible d'être reconduite d'office, et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. Par sa requête, Mme E demande au tribunal d'annuler ces décisions administratives la concernant.

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, l'arrêté du 11 avril 2022 a été signé par M. C B, directrice de la citoyenneté et de l'intégration à la préfecture de l'Ain, en vertu d'une délégation accordée le 1er décembre 2021, par la préfète de l'Ain, publiée au recueil des actes administratifs spécial le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3.En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4.Il ressort des pièces du dossier que Mme E, âgée de 38 ans, est entrée en France le 4 mars 2020 et y réside depuis moins de deux ans à la date de l'arrêté attaqué. Si l'étrangère se prévaut de la scolarisation en France de ses trois enfants mineurs nés en 2009, 2012 et 2015, rien ne fait pourtant obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Angola, pays qui possède un système scolaire adapté, et où ses enfants peuvent poursuivre leur scolarité. Par ailleurs, les seuls bulletins de paie que la requérante a produits à l'appui de sa requête révèlent de faibles rémunérations, qui ne caractérisent pas une activité professionnelle stable et durable, et ne sont pas de nature à lui permettre de subvenir à ses besoins. En l'absence de justification de l'existence de liens autres que sa propre cellule familiale en France, et alors qu'elle a vécu l'essentiel de son existence en Angola, la circonstance que la requérante travaille dans un secteur frappé par des pénuries de recrutement ne suffit pas, à elle seule, à faire regarder la décision d'éloignement comme ayant porté une atteinte excessive au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée. Il en résulte que l'ensemble des éléments invoqués par la requérante ne saurait suffire à établir que l'obligation de quitter le territoire français a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, et malgré ses efforts d'insertion professionnelle, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point 3 doit être écarté.

5. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, Mme E n'est pas davantage fondée à soutenir que la préfète de l'Ain aurait entaché sa décision d'éloignement, d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. A cet égard, alors qu'elle ne saurait utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la mesure d'éloignement, en se bornant à invoquer des conflits inter- personnels dans lesquels elle serait impliquée, elle n'apporte pas d'élément de nature à justifier des craintes alléguées en cas de retour en Angola, et faisant obstacle à la poursuite de sa vie privée et familiale dans cet Etat. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur sa situation personnelle doit être écarté.

6.En troisième lieu, Mme E invoque la violation de l'intérêt supérieur de ses trois enfants, mais il ne ressort nullement des pièces versées au dossier que leur scolarité, débutée récemment, ne pourrait pas se poursuivre en Angola, où ils sont nés et ont vécu. Au demeurant, la décision en litige n'a pas pour effet de séparer les enfants de leur mère, qui n'ont, à ce stade, aucun droit au séjour sur le territoire français. Enfin, contrairement à ce que Mme E allègue dans ses écritures, la minorité des enfants dont il s'agit, accompagnés par leur mère ayant fait l'objet d'un refus d'asile et d'une mesure d'éloignement subséquente, ne fait pas légalement obstacle à leur éloignement du territoire français, dès lors que ceux-ci constituent une cellule familiale avec leur mère, en situation irrégulière sur le sol français. Par suite, la préfète de l'Ain n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989, qui consacrent en substance l'intérêt supérieur de l'enfant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7.Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si Mme E soutient qu'elle craint toujours pour sa vie en cas de retour en Angola et fait valoir qu'elle y serait menacée physiquement en raison notamment de conflits inter- personnels et familiaux liés à un incendie survenu à son domicile, la demande d'asile de la requérante a toutefois été rejetée par l'OFPRA qui n'a pas tenu les risques invoqués par Mme E comme établis, puis par la CNDA en ce qui la concerne. Au demeurant, la requérante n'apporte aucun élément probant de nature à justifier que les autorités angolaises ne seraient pas en capacité de lui assurer une protection, contrairement à ce qu'elle expose devant le tribunal. Par suite, la requérante qui n'apporte pas d'élément nouveau établissant le caractère réel, sérieux et actuel des menaces invoquées en cas de retour en Angola, n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou encore celles de droit interne invoquées dans ses écritures (article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile), ni qu'elle serait entachée sur ce point d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français

8. En l'absence de tout élément particulier invoqué, le moyen tiré de l'erreur manifeste l'appréciation entachant la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être rejetée pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 5 précédents.

9.Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme E, en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n°2203287 de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 août 2022.

Le magistrat désigné,

H. A

La greffière en chef,

B. FAUTRIER-VRAY

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°2203287

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