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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203302

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203302

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203302
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantVIBOUREL

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête, enregistrée le 29 avril 2022, et un mémoire complémentaire, enregistré le 19 mai 2022, M. B D, représenté par Me Vibourel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de constater le non-lieu à statuer sur sa demande d'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial présentée au bénéfice de son épouse et de ses quatre enfants ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros par mois de retard à compter du septième mois suivant le dépôt de sa demande de regroupement familial, à parfaire ;

3°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus implicite de regroupement familial qui lui a été opposé a produit ses effets du 16 février 2022 au 10 mai 2022 ;

- le refus implicite était illégal ;

- il a subi un préjudice moral dès lors qu'il a été privé de la possibilité de faire venir sa famille en France ;

La requête a été communiquée le 4 mai 2022 au préfet du Rhône qui n'a pas produit d'écritures.

II- Par une requête, enregistrée le 29 avril 2022 et un mémoire complémentaire, enregistré le 19 mai 2022, M. B D, représenté par Me Vibourel, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une provision de 2 000 euros à valoir sur l'indemnisation de ses préjudices ;

2°) de mettre la somme de 800 euros à la charge de l'Etat le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa créance n'est pas sérieusement contestable ;

- la décision lui refusant le regroupement familial au bénéfice de son épouse et de ses enfants est illégale ;

- cette illégalité fautive lui cause un préjudice moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Rizzato, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant camerounais, a sollicité le regroupement familial au bénéfice de son épouse, Mme A C et de ses enfants, le 16 août 2021. Il demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur cette demande ainsi que l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité fautive dont est entachée cette décision de rejet.

2. Les requêtes n° 2203302 et 2203303, présentées par M. D, présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

3. Par une décision du 10 mai 2022, postérieure à l'introduction des requêtes, le préfet du Rhône a fait droit à la demande de regroupement familial présentée par M. D. Les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées par le requérant dans l'instance n°2203302 ont, par suite, perdu leur objet et il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions indemnitaires présentées dans la requête 2203302 :

4. Il résulte de l'instruction que M. D a épousé Mme A C au Cameroun, le 23 juillet 2011 et a présenté une demande regroupement familial en sa faveur et pour ses enfants le 16 août 2021. En application des dispositions combinées des articles L. 431-6 et R. 434-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet de cette demande est née le 18 février 2022, six mois après la délivrance de l'attestation de dépôt qu'il produit. Le préfet du Rhône a accordé l'autorisation de regroupement familial sollicitée le 10 mai 2022, soit moins de trois mois après la naissance de la décision implicite de rejet litigieuse.

5. Il n'est pas contesté que M. D remplissait l'ensemble des conditions pour prétendre au bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse et de ses quatre enfants. C'est donc en méconnaissance des dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet du Rhône a implicitement refusé de faire droit à sa demande. Au demeurant, comme indiqué précédemment, le préfet a en définitive fait droit à la demande de regroupement familial, par une décision du 10 mai 2022. M. D est donc fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet du Rhône a implicitement refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial est illégale.

6. Toutefois, eu égard à la brève période de séparation qui résulte de cette illégalité alors que M. D indique lui-même vivre en France depuis 2006, ainsi que, d'autre part, du caractère peu circonstancié du préjudice moral qu'il invoque, il n'y a pas lieu de condamner l'Etat à lui verser une indemnisation dès lors que l'existence du préjudice invoqué, en lien avec l'illégalité invoquée n'est, en l'espèce, pas établie.

Sur la demande de provision :

7. Dès lors que le présent jugement statue au fond sur les conclusions indemnitaires du requérant, les conclusions présentées dans la requête en référé provision, au titre de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, ont perdu leur objet. Dès lors, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les frais d'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre la somme de 1 200 euros à la charge de l'Etat sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 2203302 tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet du préfet du Rhône survenue le 18 février 2022 et sur les conclusions à fin d'injonction ainsi que sur les conclusions de la requête n°2203303 présentées au titre de l'article R. 541-1 du code de justice administrative.

Article 2 : Les conclusions indemnitaires de la requête n° 2203302 sont rejetées.

Article 3 : L'Etat versera à M. D la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

La rapporteure,

C. Rizzato

Le président,

M. ClémentLa greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

Nos 2203302 - 2203303

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