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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203304

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203304

mardi 21 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203304
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantBENSAHKOUN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 avril 2022 et 26 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Bensahkoun, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 mars 2022 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a rejeté son recours administratif préalable obligatoire et sa demande de renouvellement de sa carte professionnelle ;

2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer une carte professionnelle dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que l'agent qui a procédé à la consultation de ses données personnelles disposait d'une habilitation à cet effet ;

- elle est entachée d'une contradiction de motifs dans la mesure où la commission ne peut se fonder sur des faits anciens pour considérer qu'il persiste dans un comportement transgressif et est insuffisamment motivée ;

- la décision constitue une sanction, et est disproportionnée et injustifiée au regard de son comportement, de sa situation professionnelle, familiale et de son état de santé ; il fait preuve de bonne foi et de probité depuis la commission des faits qui lui ont été reprochés ; les faits pour lesquels il a été condamné concernaient des anciennes structures qui de ne sont plus en activité depuis plusieurs années ; il a fait l'objet d'une interdiction de gérer ou de diriger toute entreprise ; il a été autorisé à suivre la formation MAC APS au mois de mai 2021 sur autorisation du Conseil national des activités privées de sécurité ; les faits qui lui sont reprochés sont anciens et ne se sont jamais reproduits ; ce refus constitue une sanction qui s'ajoute à la condamnation pénale dont il a fait l'objet ; il dispose depuis le 15 octobre 2021 d'un casier judiciaire vierge.

Par une ordonnance du 28 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 16 octobre 2023.

Un mémoire a été enregistré pour le Conseil national des activités privées de sécurité, le 26 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a sollicité le renouvellement de sa carte d'agent privé de sécurité. Par une décision du 15 septembre 2021, la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Est a rejeté sa demande. M. A a présenté, le 12 novembre 2021, un recours préalable obligatoire à l'encontre de cette décision en application de l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure alors applicable. Par une décision du 4 mars 2022, la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS), a rejeté le recours administratif préalable obligatoire et la demande de renouvellement de carte professionnelle présentés par l'intéressé. M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier et en particulier des termes de la décision attaquée que la commission nationale d'agrément et de contrôle a relevé que M. A avait notamment été mis en cause pour des faits de travail dissimulé et d'emploi de personnes non titulaires d'une carte professionnelle principalement commis du 1er janvier 2011 au 13 août 2015, soit durant plus de quatre années. Elle a considéré que si les faits reprochés à l'intéressé présentaient une relative ancienneté, ils étaient graves et révélaient une " persistance délibérée dans comportement transgressif ". Or, compte tenu de la période durant laquelle M. A a commis des infractions, à savoir plus de quatre années, l'autorité administrative, a pu légalement estimer que ces faits traduisaient un comportement infractionnel continu quand bien même ils présenteraient une ancienneté relative. Cette circonstance ne faisait pas obstacle à ce que la commission puisse se fonder sur des faits antérieurs à la décision attaquée pour motiver le refus de procéder au renouvellement de la carte professionnelle de M. A. Dans ces conditions, contrairement à ce que soutient le requérant, l'ancienneté relative des faits qui lui sont reprochés, ne peut être regardée comme révélant une contradiction de motifs à la date à laquelle la décision attaquée a été édictée. Enfin, cette décision, qui ne comporte ainsi aucune contradiction de ses motifs, énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent son fondement et est, contrairement à ce qu'allègue le requérant, suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes ; () ". Aux termes de l'article L. 612-20 de ce code, dans sa version applicable au litige : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'État territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'État et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure et à l'article L. 4123-9-1 du code de la défense, les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : () 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code () ".

5. Toutefois, dès lors que les dispositions citées ci-dessus du code de la sécurité intérieure prévoient la possibilité que certains traitements automatisés de données à caractère personnel soient consultés au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, préalablement à la délivrance d'un agrément individuel, la circonstance que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été, en application des dispositions également citées ci-dessus du code de procédure pénale, individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, n'est pas, par elle-même, de nature à entacher d'irrégularité la décision prise sur la demande d'agrément. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation de l'agent qui a consulté le fichier de traitement des antécédents judiciaires est inopérant et doit être écarté.

6. En troisième lieu, il résulte des dispositions citées au point 3, qu'il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, à l'issue d'une enquête administrative, et sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les actes commis par le demandeur sont compatibles avec l'exercice de la profession ou la direction d'une personne morale exerçant cette activité, alors même que les agissements en cause n'auraient pas donné lieu à une condamnation inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire, ou que la condamnation prononcée en raison de ces agissements aurait été effacée de ce bulletin.

7. Il ressort des pièces du dossier que la commission nationale d'agrément et de contrôle a refusé de procéder au renouvellement de la carte professionnelle de M. A au motif que les conditions fixées par le 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure n'étaient pas satisfaites dans la mesure où l'intéressé avait été mis en cause, le 17 février 2016, en qualité d'auteur de faits d'exécution d'un travail dissimulé et d'exécution d'un travail dissimulé par une personne morale commis du 1er janvier 2011 au 13 août 2015 à Chassieu (Rhône), le 17 février 2016, en qualité d'auteur de faits de recours par une personne morale aux services d'une personne exerçant un travail dissimulé et d'emploi pour l'exercice d'activité de surveillance, gardiennage, transport de fonds ou de protection des personnes, de personne non titulaire d'une carte de gardiennage, transport de fonds ou de protection des personnes, de personne non titulaire d'une carte professionnelle commis le 13 août 2015 à Solaize (Rhône) et le 11 octobre 2015, en qualité d'auteur de faits d'exécution d'un travail dissimulé et d'emploi de personne non titulaire d'une carte professionnelle pour l'exercice d'une activité de surveillance, gardiennage, transport de fonds, protection des personnes ou des navires commis le 13 août 2015 à Solaize. L'autorité administrative a relevé qu'il était reproché à M. A d'avoir, en qualité de dirigeant des sociétés de gardiennage " Groupe Kena Sécurité Privée " et " A Huges Kena Sécurité Privée " d'avoir dissimulé des emplois salariés, ce qui a entraîné, pour les services de l'URSSAF, un préjudice total estimé à 700 000 euros pour la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2014. En outre, lors d'un contrôle exercé par le CNAPS et la brigade de recherche de Givors, le 13 aout 2015, sur la commune de Solaize, il a été constaté que M. A employait des personnes non titulaires d'une carte professionnelle et recourait aux services de personnes exerçant un travail dissimulé. L'intéressé a été condamné pour ces faits à 8 mois d'emprisonnement délictuel avec sursis simple total, par un jugement du 30 mars 2018.

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces faits revêtiraient une ancienneté telle qu'elle ferait obstacle à ce qu'ils soient pris en compte pour apprécier le comportement de M. A. En outre, l'intéressé a commis, de manière répétée et sur une longue période, des faits délictueux alors qu'il était gérant d'une société de sécurité privée et à raison desquels il a été condamné à une peine de 8 mois d'emprisonnement avec sursis simple total, par un jugement du 30 mars 2018 précité. Il n'est également pas contesté que les agissements délictuels de M. A ont entraîné un préjudice financier de 700 000 euros pour l'URSSAF. Par ailleurs, la circonstance que M. A ait obtenu une autorisation préalable du CNAPS pour suivre une formation ne saurait ôter aux faits en cause leur caractère grave et répété. De même, les circonstances alléguées par le requérant tirés de ce qu'il fait l'objet d'une interdiction de gérer, qu'il dispose d'un casier judiciaire vierge, qu'il serait désormais de bonne foi, qu'il rencontrerait des difficultés professionnelles et familiales ou présenterait un état de stress associé à des troubles psychologiques, sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission nationale d'agrément et de contrôle a pu estimer que le comportement et les agissements de l'intéressé étaient contraires à l'honneur et au devoir de probité et s'avéraient ainsi incompatibles avec l'exercice d'une activité de sécurité privée au sens et pour l'application des dispositions du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure.

9. En dernier lieu, la décision par laquelle l'autorité compétente refuse de renouveler une carte professionnelle d'agent de sécurité privée constitue une mesure de police. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir qu'il fait l'objet d'une sanction qui s'ajouterait à la condamnation pénale prononcée à son encontre ou qu'il conviendrait de réformer cette sanction en raison de son caractère disproportionnée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A ne peut être que rejetée y compris ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience le 7 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.

La rapporteure,

N. BardadLe président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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