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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203338

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203338

mercredi 27 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203338
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 mai 2022, Mme D C, représentée par Me Sabatier (Selarl Bescou et Sabatier Avocats associés), demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 4 avril 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire fixé au 8 juillet 2022 et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Mme C soutient que :

- l'ensemble des décisions est entaché d'incompétence ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle mentionne qu'elle ne serait pas isolée dans son pays d'origine où réside notamment son père alors que ce dernier a bénéficié d'une autorisation de regroupement familial et réside en France depuis le 14 janvier 2022, ce qui démontre un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application par le préfet de son pouvoir de régularisation dès lors qu'il a estimé qu'elle ne justifiait pas de circonstances exceptionnelles justifiant une mesure dérogatoire ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que le préfet a indiqué à tort que son père résidait en Algérie alors qu'il réside en France ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de celle faisant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de celle faisant obligation de quitter le territoire français ;

La clôture d'instruction a été fixée au 3 juin 2022 par ordonnance du 3 mai 2022.

Un mémoire produit par le préfet du Rhône a été enregistré le 29 juin 2022, postérieurement à la clôture.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- et les observations de Me Guillaume, substituant Me Sabatier, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne née le 5 juillet 2001, est entrée en France le 3 avril 2018 sous couvert d'un visa court séjour. Le 7 octobre 2019, elle a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Le silence gardé par le préfet sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Cette décision a été annulée par un jugement du 15 septembre 2021, comportant une injonction au préfet de réexaminer la demande. Par une décision en date du 4 avril 2022, le préfet du Rhône a explicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire fixé au 8 juillet 2022 et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office. Mme C demande l'annulation de ces décisions.

2. Aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien : Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5°) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, qui est entrée sur le territoire français alors qu'elle était âgée de 16 ans avec ses frères et sœurs mineurs, résidait en France depuis quatre ans à la date de la décision attaquée. Elle est hébergée, avec ses frères et sœurs, par leur mère qui vit en France depuis le 12 juin 2016 et dispose en sa qualité d'étranger malade d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'en 2023. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qui est mentionné dans la décision litigieuse, le père de la requérante ne réside pas en Algérie, mais ayant été admis au regroupement familial le 20 août 2021, est entré régulièrement en France le 3 janvier 2022 et a obtenu le 25 mars 2022 un récépissé de demande de carte de séjour. En outre, Mme C justifie de sa scolarisation en classe de BTS management commercial opérationnel au Lycée Pierre Brossolette à Villeurbanne au titre de l'année scolaire 2021-2022, d'une promesse de contrat d'apprentissage et se prévaut également de divers témoignages de ses professeurs attestant de son sérieux et de sa bonne intégration. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante disposerait toujours d'attaches dans son pays d'origine alors que sa famille nucléaire réside désormais sur le territoire français. Dans les circonstances particulières de l'espèce, la décision refusant le séjour à Mme C porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et, ainsi, méconnaît les dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme. Par suite la requérante est fondée à en demander, pour ce motif, l'annulation.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, la décision portant refus de séjour doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire français prise sur son fondement, et les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination.

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique que soit délivrée à Mme E une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Rhône d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Sabatier, avocat de Mme C renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros au profit de celui-ci.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Rhône du 4 avril 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Rhône de délivrer à Mme C un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Sabatier, avocat de Mme C, une somme de 1 000 euros, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Verley-Cheynel, président,

M. Stillmunkes, vice-président,

M.d'Hervé, président- honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2022.

Mme Verley-Cheynel rapporteure

La présidente,

G. FLe vice-président,

H. Stillmunkes

La greffière,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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