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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203345

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203345

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203345
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 29 avril et 7 juin 2022 sous le n°2203345, M. D E, représenté par Me Vray, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 26 avril 2022 par laquelle le préfet du Rhône a prononcé sa remise aux autorités italiennes ;

2°) d'enjoindre au préfet d'enregistrer sa demande d'asile, de lui délivrer un récépissé en qualité de demandeur d'asile dans le délai de deux jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous réserve d'une astreinte de 100 € par jour de retard, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, la somme de 1 200 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

M. E soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée en faits et en droit ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et complet de sa situation ;

- la décision de remise est également entachée d'un vice de procédure dès lors que le résumé de l'entretien individuel le concernant ne lui a pas été remis, en méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 dit règlement " Dublin A " ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement précité et de l'article L. 742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte excessive au droit au respect de sa privée et familiale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dit " B A " ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle le préfet du Rhône n'était ni présent, ni représenté.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 juin 2022 le rapport de M. Habchi, magistrat désigné, et les observations de Me Vray, pour M. E, qui insiste sur l'erreur manifeste d'appréciation par le préfet du Rhône, de la situation de l'intéressé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, né le 3 mars 1999 et originaire de Gambie, est entré en France le 7 novembre 2021 démuni de tout visa ou document de séjour, après avoir séjourné en Italie durant plusieurs années. Le 23 novembre 2021, M. E a saisi le préfet du Rhône d'une demande d'asile, et après avoir relevé ses empreintes, l'autorité administrative a constaté, dans le fichier européen " Eurodac ", que le ressortissant gambien était connu des autorités italiennes, pays où il a été identifié au cours de l'année 2016 et où il a séjourné plusieurs années. Par un arrêté du 26 avril 2022, le préfet du Rhône a conséquemment décidé de prononcer sa remise aux autorités italiennes. M. E demande au tribunal d'annuler cette décision administrative le concernant.

Sur les conclusions relatives à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dans sa version issue de la loi n° 2020-1721 du 29 décembre 2020 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. E, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de remise aux autorités italiennes :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 26 avril 2022 comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et est ainsi suffisamment motivé au regard des exigences de l'article L. 521-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet a visé. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation, qui manque en fait, doit être écarté. En outre, il ne ressort ni des termes mêmes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet du Rhône ne se serait pas livré à un examen réel et sérieux de la situation de l'étranger, qui lui était soumise.

4. En deuxième lieu, selon les termes de l'article 5 du même règlement : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

5. Il ressort des pièces du dossier, produites en défense par le préfet du Rhône que, dans le cadre de l'entretien individuel dont il a bénéficié le 23 novembre 2021, en application de l'article 5 du règlement UE n°604/2013 précité, M. E a pu formuler des observations écrites et orales en langue peul par le truchement d'un interprète. En outre, il ne saurait soutenir qu'il n'aurait pas eu connaissance de la teneur des éléments de cet entretien, dont le compte rendu a été signé de sa main, le 23 novembre 2021. Dans ces conditions, il résulte de ces éléments que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 doit être écarté.

6. En troisième lieu, si M. E indique au tribunal qu'il est entré en France en 2021 et qu'il souhaite s'y établir car il n'a pas été admis à séjourner durablement en Italie, cette circonstance demeure sans incidence sur l'appréciation qu'a portée le préfet du Rhône sur sa situation personnelle, au regard de la remise dont il fait l'objet. M. E expose à cet égard qu'il souhaite s'insérer en France et qu'il ne veut pas retourner en Gambie, son pays d'origine, mais il ne justifie d'aucune activité professionnelle en France, ni même de lien privé et familial intense sur le territoire national. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en édictant une décision de remise aux autorités italiennes, le préfet ait porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

7.En quatrième lieu, M. E expose qu'il ne pouvait légalement être remisé vers l'Italie dès lors que, selon ses déclarations, il ferait déjà l'objet d'une mesure d'éloignement dans ce pays. Il invoque à cet égard les articles 17 du règlement susvisé du 26 juin 2013 et L. 742-1 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se prévalant de la faculté de l'Etat français d'examiner sa demande. Toutefois, d'une part, ainsi que le relève le préfet en défense, M. E ne justifie pas de manière probante de ce qu'il aurait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire italien. D'autre part, M. E ne justifie pas, par les pièces qu'il produit, de circonstances particulières qui auraient pu conduire le préfet du Rhône à se saisir de sa demande d'asile, en lieu et place des autorités italiennes. Par suite, c'est à bon droit, que le préfet du Rhône a prononcé sa remise vers les autorités de ce pays membre de l'Union européenne.

8. En cinquième lieu, si M. E se prévaut, eu égard à ses écritures, des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et affirme qu'il serait également exposé à un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de ces stipulations, en cas de remise en Italie, voire en Gambie, l'intéressé n'apporte toutefois aucune preuve probante à l'appui de ses allégations. Par suite, le préfet du Rhône n'a pas méconnu ces stipulations susvisées de l'article 3 de cette convention européenne.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n°2203345 de M. E est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

H. C

La greffière en chef adjointe,

M. F

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°2203345

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