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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203370

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203370

mercredi 27 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203370
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantFRERY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2022 et un mémoire enregistré le 23 juin 2022, M. A D, représenté par Me Fréry, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 5 avril 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions, ainsi que de mettre en œuvre la procédure d'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé à tort lié par sa décision de refus d'admission au séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant un délai de départ volontaire est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2020, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Verley-Cheynel, présidente,

- et les observations de Me Fréry, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant arménien né le 7 juin 1988, est entré en France à la date déclarée du 2 novembre 2011 pour y solliciter l'asile. Par une décision du 29 mars 2013, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 17 février 2014. L'intéressé a alors sollicité un titre de séjour sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur, à raison de son état de santé. Par une décision du 7 janvier 2014, le préfet du Rhône a rejeté sa demande, décision confirmée par un jugement du tribunal du 6 décembre 2016. Le 16 juin 2017, il a alors déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 5 avril 2022, le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. Les décisions attaquées du 5 avril 2022 ont été signées par Mme C B, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté du préfet du Rhône du 1er mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, dans son arrêté du 5 avril 2022, le préfet vise les textes dont il fait application et notamment l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments déterminants de la situation du requérant qui ont conduit à lui refuser la délivrance d'un titre de séjour. Contrairement à ce qui est soutenu, le préfet, qui n'était pas tenu de mentionner dans sa décision tous les éléments caractérisant la vie privée et familiale en France de l'intéressé, a indiqué que M. D était présent en France depuis plus de dix ans. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte les éléments de droit et de fait qui la fondent et, par suite, est suffisamment motivée en droit et en fait.

4. En deuxième lieu, M. D fait état de ce que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle dès lors qu'il n'a pas tenu compte de son expérience professionnelle en tant qu'employé dans un garage en Russie pendant sept ans. Il ressort toutefois des termes de la décision attaquée que le préfet a indiqué que l'intéressé ne produisait aucun document au soutien de cette allégation et qu'il ne justifiait d'aucun diplôme ni qualification dans ce domaine. Dès lors, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. M. D est entré en France à la date déclarée du 2 novembre 2011 et y résidait depuis dix ans à la date de la décision attaquée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé s'est maintenu en France en situation irrégulière en dépit du rejet de sa demande d'asile et d'une précédent mesure d'éloignement prise le 7 janvier 2014, dont la légalité a été confirmée par le tribunal le 6 décembre 2016. Si le requérant produit différents témoignages attestant de ses efforts d'intégration en France, ces éléments ne suffisent pas à établir qu'il y justifierait d'une vie privée familiale intense, ancienne et stable, alors qu'il a vécu l'essentiel de son existence en Russie et que son épouse, de nationalité géorgienne, qui a également fait l'objet d'un refus de titre de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français le 11 mars 2016, et leur fille, née le 9 août 2014 à Pierre-Bénite, résident depuis l'année 2018 en Arménie. Si M. D se prévaut, sans l'établir, de l'exercice en Russie d'une activité professionnelle en tant qu'employé dans un garage pendant sept ans, ainsi que d'une promesse d'embauche du 1er juin 2017 renouvelée en qualité d'employé automobile polyvalent, ces éléments ne permettent pas d'établir que le requérant aurait désormais en France le centre de ses attaches personnelles. Enfin, l'allégation selon laquelle il ne peut retourner dans son pays d'origine, compte tenu de son origine azérie, laquelle ferait obstacle à ce que sa cellule familiale se reconstitue en Arménie, n'est étayée par aucune pièce versée au dossier. Il ressort au demeurant des pièces du dossier que, régulièrement consultée en application des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la commission du titre de séjour a émis un avis défavorable. Dans ces conditions, et alors que la circonstance que la décision attaquée ferait obstacle à ce que son épouse et sa fille bénéficient du regroupement familial en France est sans incidence sur sa légalité, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ainsi méconnu les stipulations susmentionnées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 / () ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'en invoquant sa vie privée et familiale telle qu'exposée au point 6, M. D ne fait état d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant une telle admission exceptionnelle au séjour.

9. D'autre part, M. D se borne à soutenir que, résidant en France depuis dix années, ayant développé une activité de loueur de véhicules et bénéficiant d'une promesse d'embauche du 10 mars 2022 en qualité d'employé polyvalent automobile en contrat à durée indéterminée, il justifie de motifs exceptionnels. Toutefois, ces éléments ne sauraient être considérés comme constitutifs de motifs exceptionnels au regard de son expérience et de ses qualifications, au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors le requérant ne saurait être considéré comme faisant état d'un quelconque motif exceptionnel, au regard de son expérience et de ses qualifications, de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " et, par suite, de nature à démontrer que le préfet du Rhône, qui a examiné la qualification, l'expérience et les diplômes de l'intéressé de même que sa situation personnelle et les caractéristiques de l'emploi occupé, aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant une telle admission exceptionnelle au séjour. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

10. En dernier lieu, si le requérant fait état dans son mémoire en réplique, de la pathologie dermatologique dont sa fille serait atteinte, attestée par un certificat médical du 14 juin 2022, cette seule circonstance ne suffit pas à établir que le refus de séjour litigieux, qui est sans incidence sur la prise en charge médicale de l'enfant laquelle bénéficie d'un suivi et d'un traitement en Arménie où elle réside avec sa mère, méconnaîtrait les disposition de l'article 3-1 de la de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, M. D n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, son moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

12. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de la décision attaquée, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé avant de prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français et, à tort, se serait cru tenu d'édicter une telle obligation en raison du refus de séjour qu'il lui a préalablement opposé. Dès lors, la décision contestée n'est pas entachée d'une erreur de droit.

13. En troisième lieu, en l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les motifs énoncés au point 6 s'agissant du refus d'admission au séjour.

14. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en raison des risques encourus en cas de retour dans le pays d'origine, ne peut être utilement invoqué à l'encontre de la décision faisant obligation à l'intéressé de quitter le territoire français, laquelle, par elle-même, n'implique pas un retour dans le pays d'origine.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

15. M. D n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, faute pour M. D d'avoir établi l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, son moyen tiré de cette illégalité, soulevé par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination ne peut, par suite, qu'être écarté.

17. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants. ".

18. La demande d'asile de M. D a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides confirmé par la Cour nationale du droit d'asile. S'il fait valoir, à l'appui de sa requête, encourir des risques pour sa personne eu égard aux violences dont il pourrait faire l'objet en cas de retour en Arménie, en raison de ses origines arméniennes et azéries, il se borne à produire un article de presse relatant les crimes de guerre commis par les armées arméniennes et azerbaïdjanaises dans le cadre du conflit dans le Haut-Karabagh ainsi que des extraits d'un rapport de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides sur ce même conflit. Toutefois, ces documents ne sont pas de nature à justifier une appréciation différente de celle déjà portée sur les conséquences qu'aurait pour sa situation personnelle un retour en Arménie. Ainsi le requérant n'établit pas qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux pour son intégrité physique en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

19. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de la précédente devra être écarté.

20. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

21. Pour prononcer une interdiction de retour à l'encontre de M. D, le préfet du Rhône a pris en compte sa durée de présence sur le territoire français, laquelle s'élevait à dix ans à la date de la décision attaquée, son absence de vie privée et familiale stable en France, dans la mesure où les membres de sa famille résident en Arménie, et le fait que M. D se soit soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, et alors même que l'intéressé ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet a ainsi pris en compte, dans le cadre du pouvoir d'appréciation qu'il exerce à cet égard, les quatre critères énoncés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Rhône se serait abstenu de se livrer à un examen particulier de la situation du requérant et aurait entaché sa décision d'une erreur de droit doit être écarté.

22. En dernier lieu, il ressort de la décision attaquée que pour fixer à six mois la durée d'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet du Rhône a relevé que M. D avait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il n'avait pas exécutée et qu'il était dépourvu d'attaches anciennes et stables en France. Si le requérant se prévaut d'une durée de résidence de dix ans sur le territoire français ainsi que d'efforts d'intégration sociale et professionnelle, il ressort des pièces du dossier qu'il se maintient en situation irrégulière sur le territoire français, en dépit du rejet de sa demande d'asile et du prononcé d'une mesure d'éloignement prise à son encontre en 2014, qu'il n'a pas exécutée, alors au surplus que la légalité de cette mesure a été confirmée par le tribunal. En outre, il ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident son épouse et sa fille. Dans ces conditions, et alors même que M. D ne représente aucune menace pour l'ordre public, le préfet du Rhône a pu, sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni erreur d'appréciation, prononcer une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois, laquelle ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, de caractère disproportionné.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Verley-Cheynel, présidente,

M. Stillmunkes, vice-président,

M. d'Hervé, président honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 202La présidente,

G. Verley-CheynelLe vice-président,

H. Stillmunkes

La greffière,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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