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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203384

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203384

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203384
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantHMAIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 3 mai 2022 et 6 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Hmaida, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à tout le moins de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du I de l'article 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'État.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 août 2022 et 19 janvier 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Rizzato, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant serbe né le 4 janvier 1977 est entré en France le 25 septembre 2017 selon ses déclarations, accompagné de son épouse et de leurs enfants. Après le rejet de sa demande d'asile, il a sollicité le 11 août 2021, la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de l'état de santé de son épouse. Par l'arrêté contesté du 14 mars 2022, la préfète de l'Ain a refusé de faire droit à sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte :

2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

3. En premier lieu, l'arrêté du 14 mars 2022 a été signé par M. C D, chef du bureau de l'accueil et du séjour des étrangers de la préfecture de l'Ain qui bénéficiait d'une délégation de signature à cet effet consentie par un arrêté de la préfète de l'Ain du 31 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 1er février 2022. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, pour soutenir que la décision de refus de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, M. B se prévaut de son arrivée en France en 2019 en compagnie de son épouse et de leurs deux enfants alors mineurs et de l'état de santé de son épouse qui bénéficiait d'un titre de séjour en tant qu'étranger malade. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant est entré en France à l'âge de 40 ans avec son épouse. S'il est constant que celle-ci était en situation régulière à la date de la décision en litige bénéficiant d'un récépissé de demande de renouvellement de titre, le requérant n'établit pas, par les pièces qu'il produit, que l'état de santé de celle-ci nécessitait sa présence auprès d'elle. Il n'établit pas davantage la nécessité du maintien de son épouse en France alors que la demande de celle-ci a été rejetée en décembre 2022. Par ailleurs, il n'établit pas être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine où il n'existe pas d'obstacle à la reconstitution de sa cellule familiale, alors même que ses enfants, qui étaient alors mineurs, sont entrés en France avant l'âge de 13 ans. Enfin, les éléments qu'il produit ne suffisent pas à établir une insertion particulière du requérant en France. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse aurait porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. En troisième lieu, le requérant n'établit ni même ne soutient que sa cellule familiale ne pourrait se reconstituer en Serbie où ses enfants pourront être scolarisés. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations susmentionnées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

6. En quatrième lieu, et pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le refus de séjour serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 mars 2022 de la préfète de l'Ain. Les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent, dès lors, être rejetées, ainsi que, par voie de conséquences, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

La rapporteure,

C. Rizzato

Le président,

M. ClémentLa greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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