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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203389

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203389

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203389
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 4 mai et 7 juin 2022 sous le n°2203389, M. C B, représenté par Me Vray, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 avril 2022 par laquelle le préfet du Rhône a prononcé sa remise aux autorités allemandes ;

2°) d'enjoindre au préfet d'enregistrer sa demande d'asile, de lui délivrer un récépissé en qualité de demandeur d'asile dans le délai de deux jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous réserve d'une astreinte de 100 € par jour de retard, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, la somme de 1 200 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

M. B soutient que :

- la décision de remise est insuffisamment motivée en faits et en droit ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et complet de sa situation ;

- la décision de remise est également entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pu bénéficier de l'information préalable prévue par l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 " dit règlement Dublin A " dans une langue qu'il comprend, ni du résumé de l'entretien individuel le concernant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement précité ;

- elle porte une atteinte excessive au droit au respect de sa privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 27 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dit " D A " ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle le préfet du Rhône n'était ni présent, ni représenté.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 juin 2022 le rapport de M. Habchi, magistrat désigné, et les observations de Me Vray, pour M. B, également présent à l'audience, qui insiste sur la situation personnelle de l'intéressé et ses attaches familiales en France.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1.M. B, né le 28 février 1999 et de nationalité albanaise, est entré en France le 14 février 2022 démuni de tout visa, document de séjour ou passeport valide, après avoir séjourné en Allemagne. Le 23 février 2022, M. B a saisi le préfet du Rhône d'une demande d'asile, et après avoir relevé ses empreintes, l'autorité administrative a constaté, dans le fichier européen " Eurodac ", que le ressortissant albanais était connu des autorités allemandes, pays où il a été identifié le 25 mars 2021. Puis, par un arrêté du 22 avril 2022, le préfet du Rhône a conséquemment décidé de prononcer sa remise aux autorités allemandes. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision administrative le concernant.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le 27 mai 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de remise aux autorités allemandes :

3.En premier lieu, l'arrêté attaqué du 22 avril 2022 comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et est ainsi suffisamment motivé au regard des exigences de l'article L. 521-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet a visé. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation, qui manque en fait, doit être écarté. En outre, il ne ressort ni des termes mêmes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet du Rhône ne se serait pas livré à un examen réel et sérieux de la situation de l'étranger, qui lui était soumise.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment: a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée; b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères; c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations; d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert; e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement; f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3 () ". Selon les termes de l'article 5 du même règlement : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

5. Il ressort des pièces produites par le préfet en défense, d'une part, que les brochures A et B visées par les dispositions précitées du règlement (UE) n°604/2013 ont bien été remises à M. B, le jour même de sa présentation au guichet unique de la préfecture du Rhône, le 23 février 2022, pour solliciter l'enregistrement de sa demande d'asile. En outre, il ressort de la signature et des mentions apposées par le requérant sur les documents intitulés " Informations délivrées en application de l'article 4 du règlement (UE) n° 604 /2013 " et " Informations délivrées en application de l'article 5-6 du règlement (UE) n° 604 /2013 " et sur la lettre portant observations de l'intéressé, que celui-ci reconnait avoir reçu les informations en cause en langue albanaise. D'ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B a pu formuler des observations écrites et orales en langue albanaise par le truchement d'un interprète. Il ne saurait à cet égard soutenir qu'il n'a pas eu connaissance du compte rendu d'entretien individuel prévu par les dispositions citées au point précédent, compte rendu qu'il a signé de sa main le 23 février 2022. Dans ces conditions, il résulte de ces éléments que les moyens tirés de la méconnaissance des articles 4 et 5 du règlement (UE) n°604/2013 doivent être écartés en toutes leurs branches.

6. En troisième lieu, M. B indique au tribunal qu'il serait entré en France en 2014 alors qu'il était mineur d'âge, et se prévaut d'une ancienneté de séjour aux côtés de ses parents et de sa sœur, mais il n'assortit cette allégation d'aucune preuve probante. Il ne justifie d'aucune activité professionnelle en France, ni même de lien privé et familial intense sur le territoire national. Contrairement à ce qu'il affirme, aucune pièce versée au dossier ne commande le maintien impératif de M. B en France. Par suite, le préfet n'a pas porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni n'a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

7. En quatrième et dernier lieu, M. B expose qu'il ne pouvait légalement être remisé vers l'Allemagne dès lors que, selon ses déclarations, il aurait l'ensemble de sa famille dans le département de l'Ain. Il invoque à cet égard l'article 17 du règlement susvisé du 26 juin 2013 le concernant en se prévalant de la faculté de l'Etat français d'examiner sa demande. Toutefois, d'une part, ainsi que le relève le préfet en défense, M. B ne justifie pas de manière probante des liens privés et familiaux d'une particulière intensité en France, qu'il invoque. D'autre part, M. B ne justifie pas de manière probante, par les pièces qu'il produit, de circonstances particulières qui auraient pu conduire le préfet du Rhône à se saisir de sa demande d'asile, en lieu et place des autorités allemandes. Par suite, c'est à bon droit, et sans erreur manifeste d'appréciation, que le préfet du Rhône a prononcé sa remise vers les autorités de ce pays membre de l'Union européenne.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B, en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, doit être rejetée.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n°2203389 de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

H. E

La greffière en chef adjointe,

M. F

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°2203389

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