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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203392

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203392

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203392
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantGILLIOEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2022 sous le n°22202744, M. D C A a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler l'arrêté en date du 2 mai 2022 par lequel le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, a procédé à son signalement aux fins de non -admission dans le système d'information " Schengen " et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Par une ordonnance n°2202744 du 4 mai 2022, le président de la 4ème chambre du tribunal administratif de Grenoble a transmis les conclusions de la requête de M. C A au tribunal administratif de Lyon, en application de l'article R. 312-8 du code de justice administrative.

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 4 mai 2022 et 20 juin 2022 sous le n°2203392, au greffe du tribunal administratif de Lyon, M. C. A, représenté par Me Gillioen, conclut aux mêmes fins que sa requête. Il demande en outre à ce que l'Etat soit condamné à payer une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

M. C A soutient dans le dernier état de ses écritures que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- les mesures en litige ont été édictées au mépris du droit général d'être entendu ;

- elle ont été prises en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles souffrent d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

En ce qui concerne la décision d'éloignement :

- la mesure d'éloignement n'est pas suffisamment motivée en fait et en droit ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision lui refusant tout délai de départ volontaire est illégale par voie d'exception ;

- le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en lui refusant tout délai de départ volontaire ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée en fait et en droit ;

- elle est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne précitée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas suffisamment motivée en fait et en droit ;

- elle est en outre entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnait à nouveau les stipulations de l'article 8 de la convention européenne précitée ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle le préfet de la Savoie n'était ni présent, ni représenté.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Habchi, magistrat désigné ;

- les observations de Me Nicolas substituant Me Gillioen pour M. C A, également présent, qui rappelle la situation de l'intéressé, notamment l'ancienneté de son séjour.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, né le 7 juin 1989 et de nationalité congolaise, est entré en France selon ses déclarations le 23 septembre 2013, démuni de tout visa ou document de séjour. Le 25 octobre 2013, l'intéressé a sollicité l'asile en France, mais sa demande a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 3 octobre 2014. Le 19 mars 2015, M. C A a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement édictée par le préfet du Rhône, restée vaine. Puis après avoir été interpellé par les services de la direction départementale de la police aux frontières de la Savoie, le 2 mai 2022, l'intéressé a fait l'objet d'une mesure d'éloignement prononcée sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le même jour. Par la présente requête, M. C A demande au tribunal de prononcer l'annulation des décisions en date du 2 mai 2022 par lesquelles le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, a procédé à son signalement aux fins de non -admission dans le système d'information " Schengen ", et lui opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble de l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, l'arrêté du 2 mai 2022 par lequel le préfet de la Savoie a fait obligation de quitter le territoire français à M. C A, a fixé le pays de destination, et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français, vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que, notamment, les dispositions de l'article L. 611-1 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté en litige vise également les dispositions applicables à l'interdiction de retour sur le territoire français. Il précise en outre que l'intéressé est entré sur le territoire national en 2013 et rappelle le parcours d'asile de l'intéressé, mentionne qu'il n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement et ne justifie d'aucun risque en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, les décisions en litige qui comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, satisfont ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions des articles L. 613-1 et L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, l'autorité administrative n'étant pas tenue de mentionner dans les décisions qu'elle édicte l'ensemble des éléments caractérisant la situation administrative de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées, manquant en fait, doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes mêmes de la décision attaquée portant éloignement, ni de celle déniant tout délai de départ volontaire, ni même des autres pièces du dossier que le préfet de la Savoie ne se serait pas livré à un examen réel et sérieux de la situation de l'étranger, qui lui était soumise. Dès lors que le préfet n'est pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la vie privée et familiale de l'intéressé, la circonstance qu'il n'ait pas évoqué de manière exhaustive l'ensemble du parcours d'asile et ses liens privés et familiaux en France ne suffit pas à caractériser le défaut d'examen que M. C A invoque. Par suite, le moyen tiré de ce défaut d'examen doit être écarté.

4. En troisième lieu, lorsqu'il oblige un étranger à quitter le territoire français sur le fondement de ces dispositions, le préfet doit appliquer les principes généraux du droit de l'Union européenne, dont celui du droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle défavorable ne soit prise à son encontre. Ce droit implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger intéressé à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité de son séjour ou la perspective de son éloignement. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative en cause aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir. Il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition de l'intéressé, que M. C A a pu faire valoir toute observation utile sur sa situation administrative, les conditions d'entrée et de son séjour, ainsi que sur sa situation familiale. D'ailleurs, il ne ressort, d'une part, d'aucune des pièces du dossier que, depuis son arrivée en France, il aurait, postérieurement au rejet définitif de sa demande d'asile intervenu en octobre 2014, tenté de prendre l'attache des services préfectoraux compétents pour faire valoir tout élément qu'il aurait estimé pertinent pour solliciter la reconnaissance d'un droit au séjour, notamment au titre de la privée et familiale ou du travail, qui ferait obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. D'autre part, il ne fait pas état d'éléments pertinents et nouveaux, susceptibles d'aboutir à un résultat différent. Au surplus, le requérant ne pouvait légitimement ignorer, eu égard à son maintien sans titre de séjour depuis l'année 2013, qu'il encourait une mesure d'éloignement prononcée par l'autorité préfectorale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

5. En quatrième lieu, le requérant fait grief au préfet de la Savoie d'avoir commis plusieurs erreurs de fait, en instruisant sa situation administrative et familiale. Toutefois, la circonstance que le préfet de la Savoie n'ait pas mentionné la présence de certains membres de sa famille en France, ni celle de sa compagne, compatriote, qui séjourne également en France, ne permet pas de considérer que l'autorité administrative aurait entaché son arrêté de plusieurs inexactitudes matérielles de fait, de nature à influencer la décision d'éloignement prise à son encontre. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. M. A C allègue être entré en France au cours de l'année 2013, sans que soit justifiée de manière certaine sa date d'entrée ni d'ailleurs l'ancienneté de séjour qu'il invoque au soutien de ses écritures. A supposer, d'ailleurs, que l'étranger réside réellement en France depuis près de neuf ans à la date de l'arrêté attaqué, il est constant toutefois qu'il s'est maintenu sur le territoire national sans avoir sollicité de titre de séjour, ni tenté de régulariser sa situation administrative postérieurement au rejet définitif de sa demande d'asile en 2014. Il a aussi fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement édictée le 19 mars 2015. De plus, sans charge de famille en France, l'intéressé ne justifie d'aucun lien privé et familial intense sur le sol français, car s'il déclare que certains membres de sa famille sont présents sur le territoire national, il n'en justifie pas devant la juridiction. Sur ce plan, s'il allègue se trouver, à la date de la décision attaquée, en situation de concubinage avec une compatriote, cette relation s'avère toutefois récente et aucun obstacle n'est démontré à la poursuite de leur vie privée et familiale dans le pays d'origine de M. A C. A cet égard, il ne démontre pas la réalité ni l'intensité des liens privés et familiaux dont il se prévaut devant le tribunal, et ce alors qu'une partie de sa famille réside dans son pays d'origine, où il a conservé, par conséquent, des attaches familiales fortes et a lui-même vécu l'essentiel de son existence. S'il se prévaut en outre, d'une promesse d'embauche au demeurant postérieure à l'arrêté attaqué, au sein d'une entreprise de plomberie sise à l'Isle d'Abeau (Isère), il n'a pourtant obtenu aucune autorisation de travail, ni n'a au surplus sollicité la délivrance d'un titre de séjour " salarié " depuis son arrivée en France. Dès lors, l'ensemble des éléments invoqués par le requérant ne saurait suffire à démontrer que la mesure d'éloignement a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point 6 doit être écarté.

8. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, M. A C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Savoie aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale, et ce alors même qu'il invoque une relation de concubinage, au demeurant récente.

En ce qui concerne la décision privant l'intéressé d'un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, la mesure d'éloignement n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité de cette décision au soutien de la décision le privant d'un délai de départ volontaire.

10. En second lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué du 2 mai 2022 que, pour édicter la mesure d'éloignement en litige et refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. C A, le préfet du Rhône s'est notamment fondé sur les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes desquelles : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " ; et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".

11. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué, qui ne sont d'ailleurs nullement contredits par le requérant, que M. C A a fait l'objet d'une précédente décision d'éloignement. S'il se prévaut de ce que le préfet du Rhône n'a pas manifesté de volonté de la faire exécuter, cette circonstance ne saurait justifier son maintien sur le sol français en dépit des mesures précitées, y compris des refus d'asile qui lui ont été opposés. Dès lors, M. C A entrant dans le champ d'application du 5° de l'article L. 612-3 du code précité, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 et de l'erreur manifeste d'appréciation en l'absence de délai de départ volontaire doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, eu égard à ses écritures, le requérant doit être regardé comme invoquant la protection prévue à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes duquel : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si M. C A soutient qu'il craint toujours pour sa vie en cas de retour au Congo fait valoir qu'il y serait menacé en raison, notamment, de ses positions politiques et de son implication dans un parti d'opposition au régime politique en place, la demande d'asile du requérant a toutefois été rejetée tant par l'OFPRA que par la CNDA, à deux reprises, qui n'ont pas tenu les risques invoqués par ce dernier comme établis. Par suite, M. C A qui n'apporte pas d'élément établissant le caractère réel, sérieux et actuel des menaces invoquées en cas de retour dans son pays d'origine, n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. En second lieu, il ne ressort pas des pièces versées au dossier qu'en fixant le pays à destination duquel M. C A sera reconduit d'office, le préfet du Rhône se soit mépris sur la situation qui lui était soumise ou qu'il aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français " ; et ceux de l'article L. 612-10 du même code : " pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

15. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi, la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. En outre, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

16. Il ressort des pièces du dossier que si M. C A fait état d'une durée de séjour en France significative, il s'est maintenu sur le sol français malgré les refus d'asile successifs qui lui ont été opposés, et ce en dépit d'une précédente mesure d'éloignement édictée en 2015 à son endroit. Il ne justifie pas en outre, d'attaches familiales fortes en France. Dès lors, et alors même qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, c'est sans méconnaitre les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision d'une erreur d'appréciation, que le préfet du Rhône a pu édicter une telle interdiction de retour, d'une durée de deux ans, qui n'est pas en l'espèce disproportionnée, eu égard notamment aux conditions d'entrée et de séjour du requérant, en France.

17. En second lieu, l'étranger invoque la violation par le préfet du Rhône des stipulations européennes citées au point 6. Mais, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la violation de l'article 8 précité par adoption du motif retenu au point 7. En outre, et au demeurant, rien ne fait obstacle à que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine et il ne ressort nullement des pièces du dossier qu'une telle interdiction de retour sur le territoire français porterait une atteinte excessive au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C A. Par suite, le moyen doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C A doit être rejetée.

DECIDE :

Article 1er : La requête n°2203392 de M. C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C A et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

H. B

La greffière en chef adjointe,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°220339

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