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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203396

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203396

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203396
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantLAWSON BODY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2022 sous le n°203396, M. A B, représenté par Me Lawson-Body, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 13 avril 2022 par lequel la préfète de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à titre principal, à cette autorité de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous réserve d'une astreinte de 200 € par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

M. B soutient que :

- la décision d'obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît également les stipulations de l'article 3 de cette convention et les stipulations de la Convention de Genève relatives au principe de non- refoulement ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français est elle-même entachée d'illégalité.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, ensemble le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

A été entendus au cours de l'audience publique le rapport de M. Habchi, magistrat désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1.M. B, né le 1er janvier 1993 et de nationalité guinéenne, est entré en France le 5 février 2020 démuni de tout visa ou document de séjour. Le 25 juin 2021, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 29 septembre 2021. Par la présente requête, il demande au tribunal de prononcer l'annulation des décisions en date du 13 avril 2022 par lesquelles la préfète de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D, directeur de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Loire, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté de la préfète de la Loire en date du 15 avril 2021, régulièrement publié le même jour et accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté du 13 avril 2022 par lequel la préfète de la Loire a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours à M. B et a fixé le pays de destination vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que, notamment, les dispositions de l'article L. 611-1 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables à la date de l'arrêté attaqué. Il précise en outre que l'intéressé est entré sur le territoire national le 5 février 2020, que la Cour nationale du droit d'asile a définitivement rejeté sa demande d'asile le 29 septembre 2021 et qu'il ne bénéficie en conséquence plus du droit de se maintenir sur le territoire français. La décision en litige qui comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Enfin, la circonstance que la préfète de la Loire, qui n'était d'ailleurs pas tenu de le faire, n'a pas mentionné l'ensemble du parcours personnel de M. B demeure sans influence sur la légalité de l'arrêté attaqué, dès lors que l'autorité administrative n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle et familiale de l'intéressé. Le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.

4.En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5.Il ressort des pièces du dossier que M. B, âgé de 29 ans, est entré en France en février 2020, et y réside depuis deux ans environ à la date de l'arrêté attaqué. En outre, il est constant qu'il n'exerce aucune activité professionnelle stable sur le territoire national et a conservé des attaches fortes en Guinée, où réside sa famille. D'ailleurs, célibataire, sans charge de famille, le requérant ne démontre pas qu'il aurait des liens privés et familiaux effectifs et intenses en France, ni même que sa situation personnelle et familiale commanderait son maintien impératif sur le territoire national. Ainsi, eu égard à la durée brève de séjour du requérant, à son absence d'insertion sociale et professionnelle en France, et à l'insuffisance d'attaches familiales fortes en France, l'ensemble des éléments invoqués par l'intéressé ne saurait suffire à établir que l'obligation de quitter le territoire français a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point 4 doit être écarté. Pour les mêmes motifs, et alors même que M. B allègue, sans l'établir, être menacé dans son pays d'origine, l'étranger n'est pas davantage fondé à soutenir que la préfète de la Loire aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la mesure d'éloignement, invoqué par voie d'exception, n'est pas fondé.

7. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si M. B, qui se prévaut également du principe de non-refoulement consacré par la convention de Genève du 28 juillet 1951, soutient qu'il craint toujours pour sa vie en cas de retour en Guinée et fait valoir qu'il y serait menacé physiquement en raison, notamment, de son engagement politique et militant au sein de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), la demande d'asile du requérant a toutefois été rejetée tant par l'OFPRA que par la CNDA, qui n'ont pas tenu les risques invoqués par ce dernier comme établis. Par suite, M. B, qui n'apporte pas d'élément nouveau établissant le caractère réel, sérieux et personnel des menaces invoquées en cas de retour en Guinée, n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni le principe de non- refoulement sus rappelé. Pour les mêmes motifs, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 7 que ni l'obligation de quitter le territoire français ni la décision fixant le pays de destination ne sont entachées d'illégalité.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B, en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, doit être rejetée.

DECIDE :

Article 1er : La requête n°2203396 de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

H. C

La greffière en chef adjointe,

M. E

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°2203396

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