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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203398

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203398

mercredi 27 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203398
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantCURIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Curis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2022, par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " étudiant " dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent-cinquante euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer la situation de la requérante dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaissent les stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- méconnaissent les stipulations de l'article 28 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet du Rhône a produit des pièces enregistrées le 3 juin 2022.

La clôture d'instruction a été fixée au 7 juin 2022, par une ordonnance du 5 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme C a donné lecture de son rapport, en l'absence des parties ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 19 février 2002, est entrée en France le 27 juillet 2019 munie d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 13 juillet au 13 septembre 2019. Elle a sollicité, le 17 février 2022, la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant ". Par un arrêté du 5 avril 2022, le préfet du Rhône a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français avant le 15 juillet 2022, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. La requérante demande au tribunal d'en prononcer l'annulation en tant qu'il lui refuse le séjour et lui fait obligation de quitter le territoire français.

2. En premier lieu, aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié tel qu'issu du troisième avenant signé le 11 juillet 2001 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) (a à d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. "

3. Il est constant que Mme B n'était pas en possession d'un visa d'une durée supérieure à trois mois à laquelle la délivrance d'un certificat de résidence " étudiant " est, en principe, subordonnée en vertu des stipulations précitées. Dès lors, le préfet du Rhône a pu légalement, pour ce seul motif tiré de l'absence de visa de long séjour, refuser la délivrance du certificat de résidence qu'elle avait sollicité. Si la requérante soutient que c'est indépendamment de sa volonté qu'elle n'a pu intégrer une formation en 2019-2020, cette circonstance est sans incidence sur la décision préfectorale.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Au sens de la présente Convention, un enfant s'entend de tout être humain âgé de moins de dix-huit ans, sauf si la majorité est atteinte plus tôt en vertu de la législation qui lui est applicable ". Aux termes de l'article 28 de cette même convention : " 1. Les Etats parties reconnaissent le droit de l'enfant à l'éducation, et en particulier, en vue d'assurer l'exercice de ce droit progressivement et sur la base de l'égalité des chances : a) Ils rendent l'enseignement primaire obligatoire et gratuit pour tous; b) Ils encouragent l'organisation de différentes formes d'enseignement secondaire, tant général que professionnel, les rendent ouvertes et accessibles à tout enfant, et prennent des mesures appropriées, telles que l'instauration de la gratuité de l'enseignement et l'offre d'une aide financière en cas de besoin; c) Ils assurent à tous l'accès à l'enseignement supérieur, en fonction des capacités de chacun, par tous les moyens appropriés; d) Ils rendent ouvertes et accessibles à tout enfant l'information et l'orientation scolaires et professionnelles; e) Ils prennent des mesures pour encourager la régularité de la fréquentation scolaire et la réduction des taux d'abandon scolaire. 2. Les Etats parties prennent toutes les mesures appropriées pour veiller à ce que la discipline scolaire soit appliquée d'une manière compatible avec la dignité de l'enfant en tant qu'être humain et conformément à la présente Convention. 3. Les Etats parties favorisent et encouragent la coopération internationale dans le domaine de l'éducation, en vue notamment de contribuer à éliminer l'ignorance et l'analphabétisme dans le monde et de faciliter l'accès aux connaissances scientifiques et techniques et aux méthodes d'enseignement modernes. A cet égard, il est tenu particulièrement compte des besoins des pays en développement. ".

5. Mme B, âgée de 20 ans à la date de la décision attaquée, ne peut utilement se prévaloir d'une quelconque violation de la convention relative aux droits de l'enfant. Au surplus, elle ne peut pas davantage utilement se prévaloir des stipulations de l'article 28 de cette convention, lesquelles créent des obligations entre Etats sans ouvrir de droit aux particuliers.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B réside en France depuis seulement deux ans et demi à la date de la décision attaquée. En outre, elle ne démontre pas être dépourvue de toute attache personnelle ou familiale dans son pays d'origine où, au regard de la fiche de renseignement produite en défense, résident ses parents ainsi que trois de ses cinq sœurs, et où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de 17 ans. La circonstance que la requérante ait obtenu le niveau A2 du cadre commun de référence pour les langues, soit scolarisée en seconde professionnelle " animation enfance et personnes âgées " et vive chez sa sœur titulaire d'un certificat de résidence de dix ans et qu'elle aurait créé un réseau amical, ne permettent pas d'établir qu'elle aurait désormais en France le centre de ses attaches familiales et personnelles. Enfin Mme B ne démontre pas l'impossibilité de poursuivre ses études dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, elle n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ainsi méconnu les stipulations susmentionnées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Enfin, par les mêmes motifs, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de Mme B que le préfet a pu refuser de l'admettre au séjour et lui prescrire l'obligation de quitter le territoire français.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Verley-Cheynel, présidente,

M. Stillmunkes, vice-président,

M. d'Hervé, président honoraire.

.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 202La présidente,

G. C

Le vice-président,

H. Stillmunkes

La greffière,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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