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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203406

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203406

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203406
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 4 mai 2022 sous le n°2203406, M. H E, représenté par Me Vernet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 13 avril 2022 par lequel la préfète de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

2°) de l'admettre au bénéfice l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer, dans l'attente du réexamen de sa situation, une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

II. Par une requête enregistrée le 4 mai 2022 sous le n°2203408, Mme K épouse E, représentée par Me Vernet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 13 avril 2022 par lequel la préfète de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;

2°) de l'admettre au bénéfice l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer, dans l'attente du réexamen de sa situation, une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. et Mme E soutiennent que :

- les arrêtés attaqués ont été signés par une autorité incompétente ;

- ils sont insuffisamment motivés en faits et en droit ;

- la préfète n'a pas correctement examiné la situation personnelle et familiale des intéressés, en particulier leur parcours d'asile au regard des craintes qu'ils ont exprimées ;

- l'autorité administrative a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les arrêtés sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du droit au respect de la vie privée et familiale des requérants ;

- la préfète a édicté les décisions en litige au mépris de l'intérêt supérieur de l'enfant, garanti par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- les décisions fixant le pays de destination ne sont pas motivées en fait et en droit ;

- elles méconnaissent l'article 3 de la convention européenne précitée et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, ensemble le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience à laquelle la préfète de la Loire n'était ni présente, ni représentée.

Ont été entendus au cours de l'audience publique les rapports de M. Habchi, magistrat désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2203406 et n° 2203408 présentées pour M. et Mme E présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. E, né le 6 mars 1987, et Mme E, née le 8 avril 1989, tous deux de nationalité angolaise, sont entrés en France le 24 avril 2019 démunis de tout visa ou document de séjour. Par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 7 octobre 2021, leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées. Par deux arrêtés du 13 avril 2022, la préfète de la Loire a pris à leur encontre, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être reconduits d'office. Par les présentes requêtes, M. et Mme E demandent l'annulation de l'ensemble de ces décisions prises par l'autorité administrative.

Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Compte tenu de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. et Mme E à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre les mesures d'éloignement :

4. En premier lieu, les arrêtés attaqués ont été signés par M. D, directeur de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Loire, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté de la préfète de la Loire en date du 15 avril 2021, régulièrement publié le même jour et accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

5. En deuxième lieu, les arrêtés du 13 avril 2022 par lesquels la préfète de la Loire a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours à M. et Mme E et a fixé le pays de destination, visent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que, notamment, les dispositions de l'article L. 611-1 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables à la date des arrêtés attaqués. Ils précisent en outre que les intéressés sont entrés sur le territoire national le 24 avril 2019 et mentionnent aussi que la Cour nationale du droit d'asile a rejeté leur recours le 7 octobre 2021. Les décisions en litige qui comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, satisfont ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Enfin, contrairement à ce que les requérants allèguent, l'autorité administrative n'avait pas à mentionner l'ensemble du parcours personnel des époux E dans les deux arrêtés dont ils sont l'objet. Le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées, ni de l'ensemble des pièces du dossier que la préfète de la Loire se serait à tort estimée en situation de compétence liée eu égard aux précédentes décisions de refus d'asile dont les intéressés étaient l'objet, ni qu'elle aurait omis de procéder à un examen attentif et personnalisé de la situation des requérants, qui lui était soumise. La circonstance que l'autorité administrative n'ait pas fait état, au sein des arrêtés contestés, des craintes alléguées en cas de retour dans le pays d'origine ne suffit pas à caractériser le défaut d'examen invoqué par M. et Mme E. En outre, si la préfète n'a pas, il est vrai, mentionné la présence des deux filles du couple, nées en novembre 2016 et en février 2022, ni visé la convention internationale relative aux droits de l'enfant, cette omission demeure sans influence sur la légalité des arrêtés attaqués, dès lors que celle-ci aurait pris la même décision si elle avait tenu compte de la présence des deux filles, A et G C, sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen des décisions attaquées doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme E, âgés respectivement de 35 et de 33 ans, sont entrés en France au cours du printemps 2019 et y résident depuis moins de trois ans à la date des arrêtés attaqués. Si les intéressés se prévalent de la présence de leurs deux filles mineures en France, rien ne fait toutefois obstacle à ce qu'elles poursuivent leur existence, notamment leur parcours scolaire en Angola, pays qui possède également un système d'enseignement adapté. Les requérants angolais y ont conservé, d'ailleurs, l'ensemble de leurs attaches familiales. En outre, il n'est pas contesté que les requérants ne mènent aucune activité professionnelle stable sur le territoire français, ni ne font état de liens privés, amicaux, et familiaux suffisamment forts en France. Ils n'ont aucun logement autonome ni ne disposent de ressources suffisantes pour subvenir à leurs besoins. Au demeurant, depuis le rejet définitif de leurs demandes d'asile, les intéressés n'ont jamais sollicité de titre de séjour, ni cherché à régulariser leur situation auprès de l'autorité administrative, alors qu'il leur était loisible d'y procéder. Ainsi, l'ensemble des éléments invoqués par les intéressés ne saurait suffire à établir que l'obligation de quitter le territoire français dont ils sont chacun l'objet, a porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point 7 doit être écarté. Pour les mêmes motifs, M. et Mme E ne sont pas davantage fondés à soutenir que la préfète de la Loire aurait entaché ses décisions d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur leur situation personnelle et familiale.

9. En cinquième lieu, les décisions en litige n'ont pas pour effet de séparer les deux enfants mineures de leur père, ni de leur mère. De plus, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Angola, où les filles des requérants pourront effectuer leur scolarité ainsi qu'il a été exposé au point précédent. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, les décisions, qui visent l'article 3 de la convention européenne précitée, précisent la date et les conditions d'entrée en France des intéressés, leur nationalité et le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être reconduits. Contrairement à ce qu'affirment M. et Mme E, la préfète de la Loire n'avait pas à davantage motiver ses décisions fixant le pays de destination. A la lecture des arrêtés attaqués, les décisions contestées mentionnent les éléments de fait et de droit sur lesquels la préfète s'est fondée pour prendre de telles décisions. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si M. et Mme E soutiennent qu'ils craignent toujours pour leur vie en cas de retour en Angola, et font valoir qu'ils y seraient menacés en raison notamment d'un conflit professionnel lié à l'urbanisme et à l'architecture, la demande d'asile des requérants a toutefois été rejetée tant par l'OFPRA que la CNDA, qui n'ont pas tenu les risques invoqués par les intéressés comme établis. Par suite, M. et Mme E, qui n'apportent d'ailleurs pas d'élément nouveau ou pertinent établissant le caractère réel, sérieux et actuel des menaces invoquées en cas de retour en Angola, ne sont pas fondés à soutenir que les décisions fixant le pays de destination méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, ils ne sauraient soutenir que la préfète aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ces décisions sur leur situation personnelle.

12. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, présentées par M. et Mme E doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : M. et Mme E tendant sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes n°2203406 et 2203408 est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H E, à Mme K épouse E, et à la préfète de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

H. B

La greffière en chef adjointe,

M. F La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°s 2203406, 2203408

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