mercredi 27 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2203426 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | GAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 mai 2022, M. A B, représenté par Me Gay, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 8 avril 2022 par lesquelles le préfet de l'Ardèche a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Ardèche, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- le préfet de l'Ardèche a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer un titre de séjour aux motifs que la police des frontières aurait déclaré son passeport comme étant faux, alors que la carte consulaire qu'il produit permet son identification conformément à l'arrêté du 30 avril 2021 ;
- la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L.423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'art 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
La clôture d'instruction a été fixée au 7 juin 2022 par ordonnance du 6 mai 2022.
Par lettre du 10 juin 2022, le préfet de l'Ardèche a été invité, sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire une pièce.
Un mémoire produit par le préfet de l'Ardèche a été enregistré le 4 juillet 2022, postérieurement à la clôture d'instruction et non communiqué.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 8 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, Mme C a donné lecture de son rapport, en l'absence des parties ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant malien né le 4 avril 2003, déclare être entré en France en novembre 2018 à l'âge de 15 ans. L'intéressé a alors été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Ardèche à compter du 8 janvier 2019. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-22 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 avril 2022, le préfet de l'Ardèche a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. B demande l'annulation de ces décisions.
2. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société française. ".
3. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le juge de l'excès de pouvoir exerce sur cette appréciation un entier contrôle.
4. Pour refuser à M. B la délivrance du titre de séjour sollicité, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de l'Ardèche a relevé que l'intéressé avait fourni un faux passeport puis, après avoir rappelé le placement de M. B sous tutelle du département de l'Ardèche en tant que mineur non accompagné par un jugement du 21 janvier 2019, qu'il est célibataire et sans charge de famille, qu'en dépit du suivi d'une formation en " CAP Cuisine " de septembre 2019 à juin 2021 et d'un rapport de la structure d'accueil le décrivant comme investi dans ses projets professionnels comme personnels, la production d'un faux passeport à l'appui de sa demande de titre de séjour, était un élément n'allant " pas dans le sens d'une intégration dans la société française " et qu'il ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales et personnelles dans son pays d'origine, où résident sa mère et sa sœur alors qu'il est isolé en France.
5. Le requérant soutient, sans être contesté, avoir produit à l'appui de sa demande en sus du passeport litigieux, une carte consulaire, un acte de naissance ainsi qu'un jugement supplétif d'acte de naissance pour justifier de sa nationalité, laquelle n'a d'ailleurs pas été remise en cause par le préfet de l'Ardèche non plus que son identité constatée par le juge judiciaire. En outre, il est constant que M. B démontre le caractère réel et sérieux de la formation suivie en France dès lors qu'il a obtenu son diplôme de CAP " Cuisine " en juillet 2021 avec une moyenne de 12,86, qu'il a occupé un emploi d'aide cuisinier en contrat à durée déterminée entre le 1er juillet 2021 et le 15 septembre 2021, un emploi de commis de cuisine entre le 21 août 2021 et le 22 septembre 2021 reconduit jusqu'au 21 décembre 2021 et du 19 février 2022 au 22 mars 2022 avant de conclure un contrat à durée indéterminée pour le même emploi à compter du 23 mars 2022. À cet égard, son employeur souligne son investissement, son autonomie et la pleine satisfaction qu'il tire du travail de M. B. Enfin, s'agissant de la nature des liens avec son pays d'origine, si le requérant ne conteste pas que sa mère et sa sœur résident au Mali, il soutient ne plus avoir de contact avec les membres de sa famille et il ne ressort d'aucune des pièces du dossier, notamment de l'avis rendu par la structure d'accueil le 10 novembre 2020 qui souligne son investissement dans son projet professionnel ou dans sa vie privée, que M. B aurait maintenu de quelconques liens avec des membres de sa famille restés dans son pays d'origine.
6. Dans les circonstances de l'espèce, il résulte de ce qui précède, qu'en refusant de délivrer un titre de séjour à M. B, le préfet de l'Ardèche a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Ardèche a refusé de l'admettre au séjour, ainsi que, par voie de conséquence, celle des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique que soit délivrée à M. B une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Ardèche d'y procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gay, avocate de M. B, renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gay de la somme de 1 000 euros.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 8 avril 2022 du préfet de l'Ardèche est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Ardèche de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Gay une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Ardèche.
Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Verley-Cheynel, présidente,
M. Stillmunkes, vice-président,
M. d'Hervé, président honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 202La présidente,
G. CLe vice-président,
H. Stillmunkes
La greffière,
C. Driguzzi
La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026