mercredi 27 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2203457 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | SAIDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 mai 2022, ensemble un mémoire complémentaire enregistré le 29 juin 2022, M. A B, représenté par Me Saidi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les décisions en date du 29 mars 2022 par lesquelles le préfet du Rhône lui a refusé le séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé à trente jours le délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 18 mois ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à tout le moins de réexaminer sa demande dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à la rémunération de la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Le requérant soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- il souhaite se réinsérer et s'intégrer en trouvant une formation et un emploi, et il n'a plus d'attaches dans son pays d'origine ;
- les décisions ne sont pas motivées et n'ont pas été prises après examen de sa situation ;
- le préfet du Rhône a méconnu son droit d'être entendu ;
- le refus de séjour méconnaît l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ; il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de séjour ; elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'interdiction de retour est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la fixation du pays de renvoi est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par des mémoires enregistrés le 28 juin 2022, le préfet du Rhône a produit des pièces.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2022.
Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, modifiée, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;
- la convention entre la République française et la République du Cameroun relative à la circulation et au séjour des personnes, ensemble une annexe, signée à Yaoundé le 24 janvier 1994 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée, relative à l'aide juridique, ensemble le décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Stillmunkes, président,
- et les observations de Me Saidi, représentant le requérant.
Une note en délibéré, présentée pour le requérant, a été enregistrée le 10 juillet 2022.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, de nationalité camerounaise, demande l'annulation des décisions en date du 29 mars 2022 par lesquelles le préfet du Rhône lui a refusé le séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé à trente jours le délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 18 mois.
Sur la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, au sens de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
3. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle procède effectivement de l'examen particulier de la situation du requérant. Si, par une erreur purement matérielle, le préfet du Rhône s'est trompé dans un paragraphe sur le nom du requérant, il l'a en revanche correctement indiqué dans l'ensemble de l'arrêté, en relevant en outre de nombreuses données précises qui ne sont pas contestées, cette seule erreur de plume isolée ne pouvant dès lors suffire à caractériser une erreur de droit par défaut d'examen du dossier.
4. En troisième lieu, le préfet du Rhône a statué sur la demande qu'avait présentée l'intéressé lui-même et il ne ressort pas des pièces du dossier que ce dernier, qui ne fait d'ailleurs valoir aucun élément précis, n'aurait pas été en mesure de faire le cas échéant valoir tout autre élément qu'il aurait estimé utile. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit, ainsi, être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ". Il est constant que le requérant est né le 27 février 2002 et, qu'ainsi, à la date de la décision, soit le 29 mars 2022, l'année qui suit son dix-huitième anniversaire au sens des dispositions précitées était expirée. Il ne relevait dès lors plus du champ d'application des dispositions précitées et ne peut utilement en invoquer la méconnaissance. Au surplus, alors qu'il admet lui-même avoir interrompu toute formation au plus tard en mai 2019, et ne justifie pas avoir engagé depuis de nouvelle formation, il ne peut davantage être regardé comme suivant de façon réelle et sérieuse une formation au sens des mêmes dispositions. Le motif surabondant tiré de la menace pour l'ordre public ne peut, par ailleurs, être contesté utilement, compte tenu de ce qui vient d'être indiqué, qui suffit nécessairement à fonder la décision attaquée.
6. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant est né à Douala en février 2002 et qu'il est de nationalité camerounaise. Il serait entré en France, dans des conditions non déterminées, en septembre 2017, et il a été placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance le 24 novembre 2017. Le préfet du Rhône a en particulier relevé que le requérant a interrompu sa formation, marquée par de grosses difficultés et de nombreuses absences, dans le courant de l'année scolaire 2018-2019, aucune activité scolaire ou professionnelle n'ayant été engagée ultérieurement. Le 12 février 2021, il a par ailleurs menacé le travailleur social qui le suivait et une main courante a été déposée, le préfet du Rhône indiquant que la métropole a alors interrompu le suivi de l'intéressé. Le rapport de la structure d'accueil fait état de relations qui ont pu être compliquées avec les éducateurs. Il a par ailleurs commis successivement des faits de vol avec destruction, recel de vol, vol à l'étalage et vol à l'arraché, pour lesquels il a notamment fait l'objet d'admonestation et de rappel à la loi. Enfin aucune attache privée et familiale précise n'est établie sur le territoire français. Le requérant ne conteste pas les faits relevés, S'il allègue souhaiter dorénavant s'insérer socialement et professionnellement, avec l'assistance des services sociaux, le préfet du Rhône n'a pas, compte tenu notamment de la durée et des conditions de son séjour ainsi que de son comportement, porté une attente excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts que la décision poursuivait. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être rejeté. Le préfet du Rhône n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle du requérant en lui refusant le séjour.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.
8. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, au sens de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
9. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle procède effectivement de l'examen particulier de la situation du requérant.
10. En quatrième lieu, en l'absence de tout argument spécifique, les moyens tirés de la méconnaissance du droit d'être entendu et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés pour les motifs qui ont été exposés.
Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :
11. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, au sens de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
12. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle procède effectivement de l'examen particulier de la situation du requérant.
13. En troisième lieu, en l'absence de tout argument spécifique, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté pour les motifs qui ont été exposés.
Sur la décision fixant le pays de destination :
14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
15. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, au sens de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
16. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle procède effectivement de l'examen particulier de la situation du requérant.
17. En quatrième lieu, en l'absence de tout argument spécifique, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté pour les motifs qui ont été exposés.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
18. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
19. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
20. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, au sens de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
21. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé.
22. En quatrième lieu, en l'absence de tout argument spécifique, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté pour les motifs qui ont été exposés.
23. En cinquième lieu, pour décider que soit fait interdiction au requérant de retourner sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois, le préfet du Rhône s'est fondé sur sa durée de présence, de moins de cinq ans, son absence d'insertion scolaire, sociale et professionnelle et l'absence d'attaches privées et familiales établies en France, ainsi que sur son comportement délictuel précité. Ce faisant, il n'a pas commis d'erreur d'appréciation, ni dans le principe, ni dans le quantum de la mesure.
24. Il résulte de l'ensemble de ce qui a été dit que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions afférentes à fin d'injonction et concernant les frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article : Le présent jugement sera notifié à M. B, au préfet du Rhône et à Me Saïdi.
Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Verley-Cheynel, présidente du tribunal,
M. Stillmunkes, président,
M. d'Hervé, président honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2022.
Le rapporteur,
H. Stillmunkes
La présidente,
G. Verley-Cheynel
La greffière
C. Driguzzi
La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026