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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203476

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203476

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203476
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantGOIRAND

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°) Par une première requête enregistrée le 6 mai 2022 sous le n°2203476, et un mémoire complémentaire enregistré le 20 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Goirand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 16 novembre 2021 par laquelle la commission locale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a rejeté sa demande de renouvellement de sa carte professionnelle en qualité d'agent de sécurité privée, ainsi que la décision par laquelle la commission nationale a implicitement rejeté son recours préalable obligatoire réceptionné le 11 janvier 2022.

2°) d'enjoindre à la commission nationale du Conseil national des activités privées de sécurité de réexaminer sa demande d'agrément.

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de la commission locale du 16 novembre 2021 n'est pas motivée ;

- elle est irrégulière en l'absence de mise en œuvre de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa condamnation pénale a fait l'objet d'un effacement du traitement des données judiciaires en raison de sa bonne tenue, qu'il dispose de plus de 20 ans d'expérience en gendarmerie sans qu'aucune faute n'ait été retenue contre lui, que ce poste d'agent de sécurité est sa seule source de revenus et qu'il se trouve dans une situation de fragilité financière.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 25 août 2023 par une par une ordonnance du 1er août 2023.

Le Conseil national des activités privées de sécurité a produit un second mémoire en défense, enregistré le 29 août 2023 postérieurement à la clôture d'instruction, qui n'a pas été communiqué.

II°) Par une seconde requête enregistrée le 19 juillet 2022 sous le n°2205510, et un mémoire complémentaire enregistré le 11 août 2023 M. B A, représenté par Me Goirand, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 16 novembre 2021 par laquelle la commission locale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a rejeté sa demande de renouvellement de sa carte professionnelle en qualité d'agent de sécurité privée, ainsi que la décision expresse du 19 mai 2022 par laquelle la commission nationale a rejeté son recours préalable obligatoire.

2°) d'enjoindre à la commission nationale du Conseil national des activités privées de sécurité de réexaminer sa demande d'agrément.

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de la commission locale du 16 novembre 2021 n'est pas motivée ;

- elle est irrégulière en l'absence de mise en œuvre de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa condamnation pénale a fait l'objet d'un effacement du traitement des données judiciaires en raison de sa bonne tenue, qu'il dispose de plus de vingt ans d'expérience en gendarmerie sans qu'aucune faute n'ait été retenue contre lui, que ce poste d'agent de sécurité est sa seule source de revenus et qu'il se trouve dans une situation de fragilité financière.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 28 août 2023 par une par une ordonnance du 6 juillet 2023.

Le Conseil national des activités privées de sécurité a produit un second mémoire en défense, enregistré le 29 août 2023 postérieurement à la clôture d'instruction, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénal ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delahaye, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique ;

- les observations de Me Goirand pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 16 novembre 2021, la commission locale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a rejeté la demande de renouvellement de la carte professionnelle d'agent de sécurité présentée par M. A. L'intéressé a présenté le 11 janvier 2022 un recours administratif préalable à l'encontre de cette décision devant la commission nationale du Conseil national des activités privées de sécurité. Par une première requête enregistrée sous le n°2203476, M. A demande au tribunal l'annulation de la décision de la commission locale du 16 novembre 2021 ainsi que celle de la commission nationale par laquelle elle a implicitement rejeté son recours administratif préalable du 12 janvier 2022. Par une seconde requête enregistrée sous le n°2205510, M. A demande au tribunal l'annulation de cette même délibération du 16 novembre 2021 de la commission locale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité ainsi que la décision du 19 mai 2022 par laquelle la commission nationale a expressément rejeté son recours préalable obligatoire.

2. Ces deux requêtes présentent à juger de questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a dès lors lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue du litige :

3. D'une part, si le juge administratif est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge de l'excès de pouvoir qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable et si le requérant indique, de sa propre initiative ou le cas échéant à la demande du juge, avoir exercé ce recours et, le cas échéant après que le juge l'y a invité, produit la preuve de l'exercice de ce recours ainsi que, s'il en a été pris une, la décision à laquelle il a donné lieu, le juge de l'excès de pouvoir doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée. D'autre part, lorsqu'un requérant conteste, dans les délais de recours, une décision implicite de rejet et une décision expresse de rejet intervenue postérieurement, ses conclusions doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la seconde décision, qui s'est substituée à la première.

4. Par une décision en date du 19 mai 2022, la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité, réunie en sa séance du 14 mai 2022, a expressément rejeté le recours administratif préalable obligatoire de M. A tendant au renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité. Cette décision expresse s'étant substituée au refus implicite né du silence initialement conservé par la commission nationale sur le recours administratif préalable obligatoire de l'intéressé, les conclusions aux fins d'annulation des requêtes de M. A doivent être regardées comme étant exclusivement dirigées contre la décision de la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité du 19 mai 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir de l'insuffisante motivation de la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle du CNAPS du 16 novembre 2021, vice qui est propre à cette décision et a nécessairement disparu avec elle, dès lors, ainsi qu'il a été dit précédemment, que la décision expresse de la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité du 19 mai 2022 s'y est substituée, et alors par ailleurs que cette dernière, qui comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent, est suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que la décision en litige a été prise sur sa demande, alors au surplus que l'intéressé a été en mesure de présenter ses observations lors son recours administratif préalable devant la commission nationale au regard des éléments retenus par la commission locale, laquelle avait elle-même suivi une procédure contradictoire alors qu'elle n'y était pas tenue.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ; () ". Aux termes de l'article L. 612-20 du même code : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions. 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; ".

8. Pour rejeter la demande de renouvellement de la carte professionnelle d'agent de sécurité de M. A sur le fondement des dispositions précitées du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, la commission nationale du Conseil national des activités privées de sécurité s'est fondée sur la circonstance que l'intéressé a été mis en cause le 25 décembre 2018 en qualité d'auteur de faits violence aggravée par trois circonstances suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours. Selon les termes de la décision en litige, il est ressorti de l'enquête de police que durant l'après-midi du 24 décembre 2018, M. A s'enivrait, se disputait avec sa compagne, lui portait plusieurs gifles au visage et qu'au cours de la nuit, toujours alcoolisé, il attrapait la victime par les cheveux et lui mettait un couteau sous la gorge en la menaçant de la tuer, que les éléments reprochés à l'intéressé, dont la matérialité est établie en raison de la condamnation à laquelle ils ont donné lieu, portent sur des faits graves et récents, révélant un comportement de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes, alors qu'elle constitue la principale mission confiée aux agents privés de sécurité et que ces faits attestent de la difficulté de l'intéressé à se contenir lorsqu'il est confronté à des situations tendues et conflictuelles, comportement qu'un agent privé de sécurité ne peut pourtant se permettre d'adopter dans le cadre de son travail ainsi que dans sa vie privée et que, par suite, les agissements de M. A sont incompatible avec l'exercice des fonctions d'agent de sécurité.

9. M. A fait valoir qu'il est un professionnel reconnu de la sécurité qui dispose d'une expérience de plus de vingt ans dans la gendarmerie, que son emploi est sa seule source de revenus et qu'il a obtenu l'effacement de sa condamnation du fichier de traitement des antécédents judiciaires. Toutefois, contrairement à ce que fait valoir M. A, il ressort des termes du courrier du 21 décembre 2021 dont il se prévaut que le substitut du procureur de la république près le tribunal de Béziers a refusé de procéder à l'effacement de sa condamnation pénale du fichier de traitement des antécédents judiciaires et a seulement retenu que " compte tenu de l'ancienneté des faits et afin de ne pas freiner M. A dans son activité professionnelle, une mention faisant obstacle à la consultation des données dans le cadre des enquêtes administratives sera apposée au fichier de traitement des antécédents judiciaires, cette dernière circonstance étant sans incidence sur la légalité de la décision en litige dès lors qu'il ne ressort en tout état de cause pas des termes de la décision de la commission nationale en litige, qui ont été précédemment rappelés, ni des autres pièces du dossier, que celle-ci se soit fondée sur des informations obtenues dans le cadre d'une consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires qui serait intervenue postérieurement au courrier précité du 21 décembre 2021. En outre, s'il ressort des pièces du dossier que, par un jugement du 8 septembre 2021, le tribunal judiciaire de Béziers a fait droit à la requête de M. A tendant à l'exclusion de la mention de sa condamnation au bulletin n°2 de son casier judiciaire, cette circonstance est également sans incidence sur la légalité de la décision en litige qui n'a pas été prise sur le fondement du 1° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, mais sur le fondement du 2° du même article. Enfin, compte tenu de la gravité des faits de violence reprochés à l'intéressé, dont la matérialité est établie, qui ont été commis à une date où il était titulaire d'une carte professionnelle d'agent de sécurité et qui présentent encore un caractère relativement récent à la date de la décision en litige, M. A n'est pas fondé à soutenir, en dépit des conséquences matérielles de cette décision sur sa situation personnelle et de ses références professionnelles alléguées, que la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité aurait commis une erreur de droit ou une erreur d'appréciation en estimant que ces faits révélaient un comportement de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes incompatibles avec l'exercice des fonctions d'agent de sécurité.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du 19 mai 2022 de la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller ;

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

Le rapporteur,

L. DelahayeLe président,

J. Segado

La greffière,

E. Seytre

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

2-2205510

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