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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203494

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203494

mercredi 27 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203494
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantHASSID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mai 2022, M. B C A, représenté par Me Hassid, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions en date du 6 avril 2022 par lesquelles le préfet du Rhône lui a refusé le séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé à 90 jours le délai de départ volontaire et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, en cas d'annulation de la seule mesure d'éloignement, de réinstruire sa demande dans un délai de 2 mois, sous couvert d'une autorisation provisoire de séjour à lui délivrer dans un délai de 8 jours, sous la même conditions d'astreinte, voire, en cas d'annulation de la seule décision fixant le pays de renvoi, de l'assigner à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- le refus de séjour n'est pas motivé ; il n'a pas été pris après examen de sa situation ; le préfet du Rhône s'est cru lié par le refus d'autorisation de travail ; ce refus ne lui pas été notifié ; la demande de titre de séjour en qualité de salarié n'a pas été examinée ; le refus de séjour méconnaît l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ; il méconnaît l'article L. 422-1 du même code ; il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de séjour ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la fixation du délai de départ volontaire est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de séjour ;

- la fixation du pays de renvoi est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

Par ordonnance du 9 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 9 juin 2022 à 12h.

Le préfet du Rhône a produit un mémoire, enregistré le 1er juillet 2022 après clôture de l'instruction et qui n'a pas été communiqué.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, modifiée, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Stillmunkes, président,

- et les observations de Me Checchi substituant Me Hassid, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, de nationalité colombienne, a demandé la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par les décisions attaquées, le préfet du Rhône lui a opposé un refus, qu'il a assorti d'une mesure d'éloignement.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré régulièrement en France le 27 septembre 2017, sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Le 4 janvier 2021, il a demandé auprès des services de la préfecture de Haute-Savoie un changement de statut, en qualité de salarié. Du silence gardé quatre mois sur cette demande est née, conformément aux dispositions des articles R. 311-12 et R. 311-12-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenus les articles R. 432-1 et R. 432-2, une décision implicite de rejet. Le 23 mars 2022, le requérant a demandé auprès des services de la préfecture du Rhône la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Rhône a uniquement entendu se prononcer sur cette dernière demande, dont il était saisi, et qu'il n'a pas statué sur le droit à délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié, sur lequel le préfet de Haute-Savoie avait déjà statué tacitement et dont le préfet du Rhône n'était pas saisi à nouveau. Le préfet du Rhône s'est uniquement borné à rappeler en préambule de son arrêté cette étape antérieure, dans le cadre d'un rappel historique de la situation de l'intéressé. La décision en litige a, ainsi, pour seul objet le refus d'un titre de séjour en qualité d'étudiant.

3. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, au sens de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Elle est, par suite, suffisamment motivée. Le préfet du Rhône n'était pas tenu de motiver un refus de titre de séjour en qualité de salarié, dès lors qu'il n'était pas saisi d'une telle demande et n'a pas entendu examiner d'office cette question.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle procède effectivement de l'examen particulier de la situation du requérant.

5. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement soutenir que le préfet du Rhône se serait à tort cru lié par un avis éventuel de la DIRECCTE sur la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié, qui est sans lien avec l'objet de la décision, ainsi qu'il a été dit.

6. En quatrième lieu, le requérant ne peut, compte tenu de ce qui a été dit sur l'objet de la décision, utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui porte sur la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. Il ne peut davantage utilement soutenir, pour le même motif, que le préfet du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation au titre de ces dispositions.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Pour la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, il appartient au préfet, sous le contrôle du juge, de rechercher si l'intéressé justifie effectivement d'un projet d'études, en examinant le cas échéant la réalité, le sérieux et la progression des études suivies. En l'espèce, le requérant expose qu'il a obtenu une licence d'histoire en Colombie. Après sa venue en France en qualité d'étudiant, il a tout d'abord étudié la langue française. Il s'est ensuite inscrit en master de science des religions, puis en master d'histoire contemporaine. Il a demandé, ainsi qu'il a été dit, un changement de statut en qualité de salarié pour travailler dans un restaurant KFC. Il indique avoir souhaité entamer une formation de CAP " charpentier - bois " et c'est l'objet de la demande de séjour sur laquelle le préfet du Rhône a statué. Le requérant indique au demeurant dans sa requête qu'il souhaiterait dorénavant suivre une formation dans le domaine de la restauration. En estimant que la formation de charpentier dont il était saisi ne présentait aucune cohérence avec les formations antérieures et ne permettait d'identifier aucune progression dans les études, le préfet du Rhône n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

8. En sixième lieu, le moyen tiré d'une atteinte au droit à la vie familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant pour contester le refus de renouveler un titre de séjour en qualité d'étudiant, qui résulte seulement d'une appréciation de la réalité et du sérieux des études poursuivies. Par ailleurs, eu égard au parcours du requérant tel qu'il a été exposé, le préfet du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant pour suivre des études de charpentier.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

10. En second lieu, ainsi qu'il a été dit, le requérant est entré en France en septembre 2017, à l'âge de 25 ans, en qualité d'étudiant. Il a suivi diverses études avant de rechercher un statut de salarié, puis d'envisager d'autres études qui ne présentent ni cohérence ni progression au regard de ses études antérieures. Il ne fait valoir aucune attache privée et familière précise qui soit ancrée dans la durée sur le territoire français. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une mesure d'éloignement sur sa situation personnelle doivent, ainsi, être écartés.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

11. Il résulte de ce qui a été dit que le requérant n'est en tout état de cause pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. Il résulte de ce qui a été dit que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ni en tout état de cause de celle de la décision portant refus de séjour.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui a été dit que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions afférentes à fin d'injonction et concernant les frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Rhône.

Copie en sera adressée à Me Hassid.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Verley-Cheynel, présidente du tribunal,

M. Stillmunkes, président,

M. d'Hervé, président honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2022.

Le rapporteur,

H. Stillmunkes

La présidente,

G. Verley-Cheynel

La greffière

C. Driguzzi

La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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