mercredi 27 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2203512 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | MESSAOUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 mai 2022 et complétée le 23 mai 2022, M. C B, représenté par la SELARL Lozen Avocats (Me Messaoud), demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions en date du 28 février 2022 par lesquelles le préfet du Rhône lui a refusé le séjour, a abrogé le récépissé de dépôt de sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé à 90 jours le délai de départ volontaire et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut de réexaminer sa situation sous couvert d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Le requérant soutient que :
- les décisions sont entachées d'incompétence ;
- le refus de séjour est entaché d'erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru tenu d'opposer un refus sans examiner sa situation ; ce refus méconnait le titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien, dès lors que l'année de formation 2019/2020 avait été prolongée dans le cadre particulier des contraintes liées à la pandémie Covid-19, qu'il n'a par ailleurs pas été en mesure d'obtenir un visa et que ses études sont sérieuses ; il est entaché d'erreur de fait dès lors qu'il suivait une formation pendant le 1er trimestre 2020/2021 ; il méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- pour les mêmes motifs, l'abrogation du récépissé de demande est illégale ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de séjour ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la fixation du pays de renvoi est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.
Par une ordonnance en date du 10 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 juin 2022 à 12h.
Par un courrier en date du 7 juin 2022, les parties ont été informées, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de se fonder sur le moyen, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'abrogation du récépissé de demande, qui présente un caractère superfétatoire dès lors qu'il avait été statué sur cette demande.
Un mémoire présenté par le préfet du Rhône et enregistré le 29 juin 2022 n'a pas été communiqué.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er avril 2022.
Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, modifiée, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;
- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, complété par un protocole, deux échanges de lettres et une annexe, modifié, signé à Alger le 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée, relative à l'aide juridique, ensemble le décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Stillmunkes, président,
Considérant ce qui suit :
1. M. B, de nationalité algérienne, a demandé la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant. Par les décisions attaquées, le préfet du Rhône lui a opposé un refus, qu'il a assorti d'une mesure d'éloignement.
Sur la décision portant refus de séjour :
2. Ainsi que l'expose la décision attaquée, le requérant est entré en France le 4 septembre 2018 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ", et a régulièrement obtenu la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant jusqu'au terme de l'année universitaire 2019/2020. La demande de renouvellement qu'il a présentée le 11 novembre 2020 a en revanche été rejetée par décision du 22 février 2021, ce refus étant assorti d'une mesure d'éloignement. Dans le cadre de la présente instance, le requérant conteste la décision du 28 février 2022 par laquelle le préfet du Rhône a rejeté la nouvelle demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant formée par l'intéressé le 21 janvier 2022.
3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme A, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture, sur le fondement de la délégation de signature prévue par un arrêté du préfet du Rhône en date du 16 février 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 22 février. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Rhône ait négligé de procéder à un examen particulier de la situation du requérant. La circonstance qu'après examen de cette situation, le préfet du Rhône ait estimé qu'aucune mesure dérogatoire de régularisation ne lui apparaissait justifiée, ne révèle aucun défaut d'examen ni aucune erreur de droit.
5. En troisième lieu, aux termes du titre 3 du protocole annexé à l'accord franco-algérien susvisé : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourse ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de préinscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire " () ". Aux termes de l'article 9 de cet accord : " () / Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis, alinéa 4 (lettres c et d), et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises () ".
6. Ainsi qu'il a été dit, par la décision précitée du 22 février 2021, le préfet du Rhône a refusé à M. B le renouvellement de son titre de séjour. Le requérant était ainsi en situation irrégulière lorsqu'il a sollicité, le 28 février 2022, la délivrance d'un nouveau titre de séjour, et il était dès lors tenu de justifier de l'ensemble des conditions de délivrance de ce titre, y compris la condition de visa. Le préfet du Rhône n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations précitées en opposant à l'intéressé l'absence d'un tel visa, sans que le requérant puisse utilement soutenir qu'il aurait continué ses études durant l'année 2020/2021. Si le requérant devait être regardé comme entendant exciper de l'illégalité du refus de séjour pris le 22 février 2021, il ne peut le faire utilement dès lors que le refus de séjour en litige dans la présente instance, pris le 28 février 2022, ne l'a pas été sur le fondement ni pour l'application du refus de séjour du 22 février 2021. Le préfet du Rhône n'a, enfin, pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation, alors notamment, outre l'irrégularité de son séjour, que le requérant est déjà titulaire d'un premier master obtenu à l'université d'Oran en juillet 2016, d'un second master obtenu le 21 janvier 2021 à l'université Lumière Lyon 2 et qu'il souhaite suivre une nouvelle formation de master qui ne peut caractériser aucune progression dans ses études.
7. En quatrième lieu, si, de façon superfétatoire, le préfet du Rhône a indiqué que le requérant avait la possibilité de s'inscrire dans une formation durant le premier semestre de l'année universitaire 2020/2021, il n'est pas établi qu'une telle inscription aurait été absolument impossible, et en tout état de cause cette considération n'est pas un des fondements nécessaires de la décision. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit, dès lors, être écarté.
8. En cinquième lieu, lorsque l'unique motif invoqué par un étranger à l'appui de sa demande de séjour est son souhait de suivre des études en France, il ne peut utilement soutenir, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision lui refusant ce titre, que cette décision porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Sur l'abrogation du récépissé de demande :
9. Aux termes de l'article L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour () ". Aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. / Le récépissé n'est pas remis au demandeur d'asile titulaire d'une attestation de demande d'asile ". Enfin, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 411-2 du même code : " En cas de refus de délivrance ou de renouvellement de tout titre de séjour ou autorisation provisoire de séjour, l'étranger est tenu de quitter le territoire ". Il résulte de ces dispositions que le récépissé délivré à l'étranger qui a demandé la délivrance d'un titre de séjour a uniquement vocation à autoriser provisoirement son séjour pour les besoins de l'instruction de sa demande et qu'il a, en conséquence, normalement vocation à cesser de produire ses effets lorsqu'il a été statué sur cette demande, l'article L. 411-2 impliquant la cessation du droit au séjour en cas de refus de délivrance du titre, sauf nouvelle décision expresse autorisant le séjour de façon définitive ou provisoire. Dès lors que le préfet a rejeté la demande de séjour présentée par le requérant, le récépissé de demande qui avait été délivré à celui-ci et dont l'objet avait disparu devenait ainsi caduc, en conséquence directe et nécessaire de la décision prise sur sa demande de séjour, celle-ci au surplus assortie d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français, sans que le requérant puisse dès lors utilement contester la mesure superfétatoire d'abrogation prise par le préfet.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.
11. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté pour les motifs qui ont été exposés.
12. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit, le requérant s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français en dépit d'un refus de séjour assorti d'une mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré. Le préfet du Rhône a par ailleurs pu rejeter sa demande de séjour, faute que les conditions prévues par l'accord franco-algérien soient remplies. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la seconde mesure d'éloignement prise par le préfet en l'absence d'exécution de la première mesure d'éloignement, doit ainsi être écarté.
Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :
13. Le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté pour les motifs qui ont été exposés.
Sur la décision fixant le pays de destination :
14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ni en tout état de cause de celle de la décision portant refus de séjour.
15. En second lieu, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté pour les motifs qui ont été exposés.
16. Il résulte de l'ensemble de ce qui a été dit que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions afférentes à fin d'injonction et concernant les frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet du Rhône.
Copie en sera adressée à la SELARL Lozen Avocats.
Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Verley-Cheynel, présidente du tribunal,
M. Stillmunkes, président,
M. d'Hervé, président honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2022.
Le rapporteur,
H. Stillmunkes
La présidente,
G. Verley-Cheynel
La greffière
C. Driguzzi
La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026