vendredi 2 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2203558 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | LANTHEAUME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 mai 2022, M. B C, représenté par Me Lantheaume, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Rhône a implicitement rejeté sa demande de renouvellement de son certificat de résidence de dix ans formée le 12 juin 2021 ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône :
- à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir,
- et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation des préjudices résultant de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de de son certificat de résidence algérien de dix ans ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
1°) s'agissant de la décision implicite portant rejet de sa demande de renouvellement de certificat de résidence de dix ans :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation, sa demande de communication des motifs étant restée sans réponse dans le délai prescrit par l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie, conformément aux dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors que le certificat de résidence valable dix ans est renouvelé automatiquement de plein droit ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 bis a) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors qu'il est conjoint d'une ressortissante française avec laquelle il est marié depuis plus de dix ans ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 bis f) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors dès lors qu'il justifie avoir vécu plus de dix ans en situation régulière sur le territoire français ;
2°) s'agissant de la demande d'indemnisation :
- l'illégalité de cette décision constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'État ;
- la décision illégale a des conséquences particulièrement néfastes puisqu'il se trouve en situation de grande précarité socio-professionnelle avec des difficultés dans sa recherche d'emploi et se trouve en situation irrégulière sur le territoire français en raison de la rupture de son droit au séjour ;
- le préjudice subi justifie une indemnisation d'un montant de 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 24 octobre 2022, le préfet du Rhône conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir qu'il a été fait droit à la demande de titre de séjour du requérant qui s'est vu remettre, le 11 août 2022, un certificat de résidence algérien valable jusqu'en octobre 2031.
Par une ordonnance du 13 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 20 mai 1986, est entré régulièrement en France au cours de l'année 2010. L'intéressé s'est alors vu délivrer un certificat de résidence d'un an en qualité de conjoint d'une ressortissante française puis un certificat de résidence de dix ans, valide du 19 octobre 2011 au 18 octobre 2021. Le 12 août 2021, M. C a sollicité le renouvellement de son titre de séjour auprès des services de la préfecture du Rhône. Par un courrier daté du 23 mars 2022 et notifié aux services de la préfecture du Rhône le 25 mars 2022, M. C a d'une part, sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet, née du silence gardé par l'administration sur sa demande, d'autre part, présenté une demande d'indemnisation du préjudice subi du fait de l'illégalité de cette décision. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de prononcer l'annulation de cette décision implicite ainsi que la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur l'étendue du litige :
2. Le préfet du Rhône a fait droit à la demande de renouvellement de certificat de résidence présentée par M. C qui s'est vu remettre son titre de séjour le 11 août 2022. Par suite, ainsi que le fait valoir le préfet en défense, les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite par laquelle la demande du requérant a été rejetée, ainsi que les conclusions afférentes à fin d'injonction, ont perdu leur objet et il n'y a plus lieu d'y statuer. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que M. C aurait obtenu l'indemnisation des préjudices invoqués lors de la demande dont il a saisi le préfet du Rhône, le 23 mars 2022. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer doit être écartée s'agissant des conclusions indemnitaires du requérant.
Sur les conclusions indemnitaires restant en litige :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. / Le certificat de résidence valable dix ans, renouvelé automatiquement, confère à son titulaire le droit d'exercer en France la profession de son choix, dans le respect des dispositions régissant l'exercice des professions réglementées. / Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : () a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article " () / f) Au ressortissant algérien qui est en situation régulière depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant " ; () ".
4. Il est constant que M. C, conjoint d'une ressortissante française, était titulaire, depuis le mois d'octobre 2011, d'un certificat de résidence de dix ans. En vertu des stipulations du troisième alinéa de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien susvisé, le certificat de résidence valable dix ans est renouvelé automatiquement et il appartenait ainsi au préfet du Rhône de procéder au renouvellement que le requérant avait sollicité depuis le 12 août 2021. Il s'ensuit que la décision implicite, née du silence gardé par l'administration sur cette demande durant quatre mois, a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien susvisé.
5. En second lieu, le refus illégal de délivrer un titre de séjour à un ressortissant étranger qui en a fait la demande constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à son égard, pour autant qu'il en soit résulté pour lui un préjudice direct et certain.
6. En l'espèce, M. C invoque des troubles dans ses conditions d'existence tenant aux conséquences particulièrement néfastes que la décision illégale de rejet a eues sur sa situation socio-professionnelle. En effet, alors que le renouvellement de son certificat de résidence était de droit, le requérant souligne avoir été placé dans une grande précarité, se retrouvant en situation irrégulière et sans autorisation de travail, circonstances ayant engendré des difficultés dans sa recherche d'emploi. Toutefois, la situation de chômage du requérant est sans lien avec le silence gardé par l'administration et la décision implicite de rejet qui en est née puisque son contrat de travail avait pris fin dès le 23 mars 2021. En revanche, il résulte de l'instruction que l'absence de renouvellement du certificat de résidence de M. C et le non renouvellement de son récépissé l'autorisant à travailler, lequel expirait le 11 février 2022, l'ont empêché de satisfaire à la demande que lui avait adressée Pôle emploi, le 12 janvier 2022, tendant à ce qu'il présente un titre de séjour en cours de validité, à défaut de quoi il cesserait d'être inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi à compter du 11 février 2022. N'ayant pu satisfaire à cette demande, M. C a été privé de la possibilité de suivre une formation " poids-lourd ", l'intéressé produisant, à l'appui de ses allégations, un document de Pôle Emploi relatif à l'offre de formation dans le secteur des transports qui lui a été personnellement adressé ainsi qu'un relevé de ses certifications professionnelles obtenues en novembre 2019 et en juillet 2021 attestant de son inscription dans un parcours de formation professionnelle. Ainsi, alors que M. C souligne que résidant régulièrement sur le territoire français depuis plus de dix ans, il a vu son droit au séjour interrompu, ce qui l'a placé en situation irrégulière, alors pourtant qu'à compter du dépôt de sa demande en août 2021, il s'était enquis, à plusieurs reprises, de sa situation, auprès des services de la préfecture et avait sollicité, à tout le moins, la délivrance d'un nouveau récépissé l'autorisant à travailler, le sien expirant en février 2022, demande à laquelle aucune suite n'a été donnée, au regard de l'ensemble de ces éléments, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence subis par M. C en lui allouant la somme totale de 500 euros.
7. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à M. C la somme totale de 500 euros en réparation du préjudice qu'il a subi.
Sur les frais du litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement à M. C d'une somme de 1 500 euros au titre des frais liés au litige, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête de M. C.
Article 2: L'État est condamné à verser à M. C la somme totale de 500 euros.
Article 3 : L'État versera à M. C une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.
Le rapporteur,
N. A
La présidente,
A. Baux
La greffière,
F. Faure
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026