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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203637

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203637

jeudi 18 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203637
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantNAILI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 13 mai et 11 juillet 2022 sous le n°2203636, M. C H, ayant pour avocat Me Naili, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 25 avril 2022 par lequel le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de procéder à un réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans cette attente ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

II. Par une requête et des pièces enregistrées le 13 mai et 11 juillet 2022 sous le n°2203637, Mme D B épouse H, ayant pour avocat Me Naili, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 25 avril 2022 par lequel le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de procéder à un réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans cette attente ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. et Mme H soutiennent que :

- les arrêtés attaqués sont entachés d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elles ont été édictées sans qu'ils ne puissent être entendus et faire valoir leurs observations écrites et orales, en violation des dispositions des articles L. 121-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et du principe général des droits de la défense ;

- le préfet a méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les arrêtés en litige portant obligation de quitter le territoire français méconnaissent les stipulations des articles 2, 3, et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est aussi illégale en raison de l'illégalité dont est entachée l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 11 juillet 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens des deux requêtes n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

M. et Mme H ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décisions du 22 juillet 2022.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, ensemble le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A E pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience à laquelle le préfet du Rhône n'était ni présent, ni représenté.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- les rapports de M. Habchi, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Naili pour les requérants, qui insiste sur l'impossibilité d'accès à un traitement dans le pays d'origine des intéressés en raison des discriminations qu'ils y subissent.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2203636 et n° 2203637 présentées pour M. et Mme H présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. H, né le 31 janvier 1965, et Mme H, née le 10 avril 1970, tous deux de nationalité albanaise, sont entrés en France respectivement les 21 décembre 2021 et 16 janvier 2022. Les époux ont alors formé une demande d'asile auprès de la préfecture du Rhône à la fin du mois de janvier 2022. Le 10 mars 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté leurs demandes d'asile. Par deux arrêtés du 25 avril 2022, le préfet du Rhône leur a fait chacun, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligation de quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours, et a fixé le pays de renvoi duquel ils sont susceptibles d'être reconduits d'office. Par les présentes requêtes, M. et Mme H demandent au tribunal l'annulation de l'ensemble de ces décisions prises par l'autorité administrative.

Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. M. et Mme H ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décisions du 22 juillet 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions en litige :

4.En premier lieu, les arrêtés attaqués en date du 25 avril 2022 ont été signés par Mme G F, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Rhône en date du 26 janvier 2022 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs le 30 janvier suivant, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachés les arrêtés en litige manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, lorsqu'il oblige un étranger à quitter le territoire français sur le fondement de ces dispositions, le préfet doit appliquer les principes généraux du droit de l'Union européenne, dont celui du droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle défavorable ne soit prise à son encontre. Ce droit implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger intéressé à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité de son séjour ou la perspective de son éloignement. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative en cause aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.

6. M. et Mme H font état de ce qu'ils n'auraient pas été mis à même de présenter des observations écrites et orales sur leur situation personnelle et familiale. Toutefois, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que, durant leur séjour, au demeurant bref, en France, ils auraient tenté de prendre l'attache des services préfectoraux compétents pour faire valoir tout élément qu'ils auraient estimé pertinent pour solliciter notamment la reconnaissance d'un droit au séjour qui ferait obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Il en est ainsi des problèmes de santé de M. H dont il allègue qu'ils commanderaient son maintien impératif en France. En effet, aucun des époux n'a sollicité de titre de séjour en qualité d'étranger malade, ni n'a fait valoir une quelconque pathologie devant les services préfectoraux du Rhône, alors qu'il leur était loisible de le faire, y compris durant l'instruction de leurs demandes d'asile. Au demeurant, les époux H ayant été débouté du droit d'asile, ils ne pouvaient ignorer qu'ils étaient susceptibles de faire l'objet de mesures d'éloignement. Par suite, alors que les dispositions des articles L. 121-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ne peuvent utilement être invoqués, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté, tout comme celui tiré de ce que le préfet n'aurait pas respecté les droits de la défense.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme H, qui ont passé l'essentiel de leur existence en Albanie, sont entrés en France il y a moins de six mois à la date des arrêtés qu'ils attaquent. Ils n'ont aucun logement autonome ni n'exercent d'activité professionnelle stable en France. Ils ont d'ailleurs conservé leurs attaches familiales en Albanie, où résident leurs deux enfants majeurs. Si M. H invoque devant le tribunal qu'il n'aurait pas pu se faire soigner en Albanie, ce qui l'aurait conduit à gagner la France pour raisons de santé, cette circonstance ne suffit pas à faire regarder les époux H comme ayant le centre de leurs intérêts privés et familiaux en France. Il est constant, à cet égard, que M. H n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé, ni sur celui d'une admission exceptionnelle, alors qu'il lui était loisible d'y procéder. En dernier lieu, en se bornant à faire part de leur volonté de demeurer en France pour y bénéficier de soins, le couple albanais n'établit pas l'intensité des liens privés et familiaux qu'il invoque devant le tribunal. Ainsi, les obligations de quitter le territoire français n'ont pas porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point 6 doit être écarté.

9.En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, M. et Mme H ne sont pas davantage fondés à soutenir que le préfet du Rhône aurait entaché ses décisions d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur leur situation personnelle et familiale.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

11. M. H, et son épouse, en sa qualité d'accompagnant d'étranger malade, exposent que le préfet du Rhône aurait méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, s'il ressort bien des pièces du dossier que l'intéressé a été victime d'un accident vasculaire cérébral, le 23 juillet 2018, alors qu'il se trouvait en Albanie, il n'est pas établi présentement devant le tribunal que M. H ne pourrait pas bénéficier d'une prise en charge médicale en Albanie, pays qui possède un système hospitalier, y compris spécialisé dans les pathologies neurologiques et de médecine interne. La circonstance qu'il existe, il est vrai, un contentieux relatif à la prise en charge financière des frais médicaux de M. H ne suffit pas à considérer, en l'espèce, que le traitement approprié à la pathologie de M. H n'existerait pas dans le pays d'origine. Dès lors, le préfet du Rhône n'a pas méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en prenant la mesure d'éloignement du 25 avril 2022. Il en est de même pour son épouse, en sa qualité d'accompagnante d'étranger malade. Au surplus, les requérants ne se sont jamais prévalus de l'état de santé du ressortissant albanais, devant le préfet, et n'ont jamais sollicité de titre de séjour sur ce plan. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, et notamment des éléments médicaux versés aux débats, que le préfet du Rhône aurait entaché, sur ce point, ses décisions portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. En deuxième lieu, si les requérants se prévalent, à l'encontre des mesures d'éloignement contestées, de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui consacrent le droit de toute personne à la vie et le droit de ne pas subir la torture ou des traitements inhumains ou dégradants, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que les époux H seraient menacés physiquement dans leur pays d'origine, ni même que M. H ne pourrait pas être pris en charge par le système de santé albanais, aux fins de suivi médical ou médico-social, et ce malgré la discrimination dont il allègue être la victime en raison de ses origines égyptiennes. Par suite, le moyen tiré de la violation de ces stipulations doit être écarté.

13. Enfin, ces décisions n'ayant par elles-mêmes pas pour effet d'impliquer un retour des requérants dans leur pays d'origine, M. et Mme H ne peuvent à l'encontre des obligations de quitter le territoire français prononcées à leur encontre, utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 13 que les décisions portant obligation de quitter le territoire français ne sont entachées d'aucune illégalité.

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire :

15.Compte tenu de ce qui a été dit au point 14, les époux H ne sont pas fondés à exciper, par voie d'exception, de l'illégalité des mesures d'éloignement dont ils sont l'objet.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

16. Ainsi qu'il a été énoncé au point 14, les requérants albanais ne sont pas fondés à exciper, par voie d'exception, de l'illégalité des mesures d'éloignement dont ils sont l'objet.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de ces deux requêtes doivent être rejetées en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. et Mme H tendant à leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes n°s 2203636 et 2203637 est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C H, à Mme D B épouse H, et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 août 2022.

Le magistrat désigné,

H. E

La greffière en chef,

B. FAUTRIER-VRAY

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°s 2203636, 2203637

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