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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203658

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203658

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203658
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantDEME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mai 2022, M.H E, représenté par Me Deme, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 11 avril 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a retiré son certificat de résidence algérien délivré le 22 février 2015 pour une durée de dix ans, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 24 mois ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant retrait du certificat de résidence algérien :

- le préfet a méconnu les stipulations de l'accord franco-algérien, et particulièrement le a. de l'article 7 bis, en lui retirant son certificat de résidence de dix ans au motif que la communauté de vie entre les époux avait cessé ;

- le préfet ne pouvait pas retirer le certificat de résidence algérien en l'absence de fraude au mariage ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de l'accord franco-algérien, son absence du territoire français résultant d'une arrestation arbitraire en Tunisie correspondant à un cas de force majeure et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision de retrait de son certificat de résidence ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de 24 mois :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision de retrait de son certificat de résidence ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 12 juillet 2022 par ordonnance du 21 juin 2022.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M.D, président,

- et les conclusions de Mme Sautier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, né le 9 novembre 1986, ressortissant de nationalité algérienne, est entré régulièrement en France le 27 juin 2014. Etant marié depuis le 22 septembre 2013 avec Mme C B, de nationalité française, il a obtenu, le 22 février 2015, la délivrance d'un certificat de résidence algérien de dix ans valable du 22 septembre 2014 au 21 septembre 2024 sur le fondement de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien, en qualité de conjoint de française. M. E, qui a déclaré avoir constaté la perte de son certificat de résidence de dix ans le 10 mai 2021, a sollicité le 30 juin 2021 la délivrance d'un duplicata de ce titre. Par un courrier du 28 avril 2022, le préfet du Rhône a informé M. E de son intention de lui retirer son titre de séjour et l'a invité à produire ses observations au motif que le certificat de résidence dont il disposait était périmé. Par des décisions du 11 avril 2022, dont M. E demande l'annulation, le préfet du Rhône lui a retiré, en application de l'article 8 de l'accord franco-algérien, le certificat de résidence de dix ans qui lui avait été délivré le 22 février 2015, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours en fixant le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 24 mois.

Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

2. Aux termes de l'article 8 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un ressortissant algérien qui aura quitté le territoire français pendant une période de plus de trois ans consécutifs est périmé. Toutefois, il lui sera possible de demander la prolongation de la période visée au premier alinéa, soit avant son départ de France, soit par l'intermédiaire des Ambassades et Consulats français ". En application de ces stipulations, un certificat de résidence n'est périmé qu'en cas d'absence du territoire français pendant une période de plus de trois années consécutives, qui n'est interrompue par aucun séjour en France ou par des retours qui, étant purement ponctuels, ne permettent pas de regarder l'intéressé comme ayant interrompu son absence du territoire national.

3. Il ressort des termes de la décision attaquée que M. E s'est vu retirer, en application des stipulations de l'article 8 de l'accord franco-algérien précité, le certificat de résidence algérien de dix ans qui lui avait été délivré en qualité de conjoint d'un ressortissant français sur le fondement de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien au motif qu'il avait quitté le territoire français pendant une durée de plus de 3 ans consécutifs, sans avoir sollicité l'administration française en vue d'une prolongation de la durée de son titre désormais périmé, le préfet faisant état qu'au surplus, il ne remplissait plus les conditions d'obtention d'un titre de séjour de dix ans en tant que conjoint de français.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. E a été condamné à une peine d'emprisonnement de trois ans qu'il a purgée à la prison civile de Mornaguia en Tunisie du 31 décembre 2017 au 30 décembre 2020. Si M. E soutient que son départ en Tunisie n'est pas volontaire et que son arrestation et sa condamnation sont arbitraires, circonstances caractérisant selon lui un cas de force majeure justifiant qu'il n'a pas demandé la prorogation de son titre de séjour, il n'en justifie par aucune pièce versée au dossier. Dès lors que M. E, qui avait par ailleurs communiqué à l'époque à l'administration pénitentiaire tunisienne une adresse en Algérie et non en France et a été extradé dans ce pays à la fin de cette incarcération, a effectivement quitté le territoire français pendant plus de trois années consécutives, le préfet a pu légalement estimer que le certificat de résidence de l'intéressé était périmé en application des stipulations précitées de l'article 8 de l'accord franco-algérien et décider ainsi de lui retirer ce titre, alors même que la décision contestée ne mentionne pas la situation professionnelle de M. E. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de l'accord franco-algérien et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de cet article doivent être écartés.

5. Il résulte de l'instruction, et de ce qui a été indiqué au point 4, que si la décision attaquée fait état dans ses motifs de ce qu'au surplus l'intéressé ne remplissait plus les conditions d'obtention d'un titre de séjour de dix ans en tant que conjoint de français, le préfet aurait pris la même décision de retrait s'il n'avait retenu que ce motif fondé sur l'article 8 de l'accord franco-algérien et tiré de ce que M. E a quitté le territoire français pendant une durée supérieure à trois ans sans solliciter la prorogation de la durée de validité de son titre de séjour auprès de l'administration, motif qui justifie à lui seul légalement la décision de retrait attaquée. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'accord franco-algérien et notamment du a de son article 7 bis en ce qu'ils ne prévoient pas le retrait d'un titre de séjour pour rupture de la communauté de vie ne peut qu'être écarté.

6. Enfin, si le requérant se prévaut de son insertion professionnelle particulièrement depuis son retour en France début 2021 en faisant état de son activité en tant que manutentionnaire au titre des mois d'août et septembre 2021 et de son inscription au registre du commerce et des sociétés le 25 mars 2022 en qualité de coursier à vélo, ces éléments ne suffisent pas à caractériser une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision de retrait de titre de séjour sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, M. E n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant retrait de son titre de séjour prise à son encontre, son moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision faisant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

9. M.E, ressortissants algérien, âgé de 35 ans à la date de la décision attaquée est entré en France le 27 juin 2014 à l'âge de 27 ans. Il ressort des pièces du dossier que M. E s'est absenté durant plus de trois années consécutives du territoire français en raison de son incarcération en Tunisie du 31 décembre 2017 au 30 décembre 2020, avant de revenir en France au cours du premier trimestre 2021. Il résulte de ce qui a été énoncé aux points 4 et 5, que pour ce seul motif, son certificat de résidence était périmé, de sorte qu'il ne justifie plus d'aucun droit au séjour. En outre, M. E est désormais divorcé depuis le 8 janvier 2020 et sans enfant à charge. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier, notamment du jugement de divorce, que la communauté de vie avec son ex-épouse avait cessé depuis le 26 février 2016, soit moins d'un an après la délivrance de son certificat de résidence algérien et moins de trois ans après leur mariage en Algérie, et plus de six années à la date de la décision contestée de sorte qu'il ne justifie pas d'une vie privée et familiale stable et intense sur le territoire français. Enfin, si M. E se prévaut de l'exercice d'une activité professionnelle exercée en tant qu'agent de sécurité entre janvier 2016 et septembre 2017 et en tant que manutentionnaire au titre des mois d'août et septembre 2021, des formations qu'il a suivies en 2015 et de son inscription au registre du commerce et des sociétés le 25 mars 2022 en qualité de coursier à vélo, ces éléments ne suffisent pas à établir qu'il aurait désormais, le centre de sa vie privée et familiale en France alors qu'il a vécu l'essentiel de son existence en Algérie, pays où il a d'ailleurs été extradé à la suite de son incarcération et où demeurent ses parents, et ses 5 frères et sœurs. Dans ces circonstances, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ainsi méconnu les stipulations susmentionnées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, M. E n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant retrait de son titre de séjour prise à son encontre, son moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de 24 mois, doit être écarté.

11. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit, en l'absence de tout élément particulier invoqué tenant à cette décision, être écarté pour les mêmes raisons que précédemment, s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement à M. E, de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H E et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

J. DL'assesseur le plus ancien,

L. Delahaye

La greffière,

N. Renoud-Genty.

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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