mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2203669 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SHIBABA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 mai 2022, Mme B A, représentée par Me Shibaba, demande au tribunal :
1°) d'annuler le procès-verbal de carence à restituer son passeport et sa carte nationalité d'identité, dressé par le préfet du Rhône le 7 janvier 2022 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser, à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision attaquée n'est pas motivée en droit et est insuffisamment motivée en fait ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale, dès lors que le refus de délivrance d'un certificat de nationalité française sur lequel elle se fonde n'est pas annexé à cette décision et ne lui a jamais été notifié ; en tout état de cause un tel refus ne peut pas, à lui seul, servir de fondement à une décision de retrait de titres d'identité, en l'absence de jugement rendu par le tribunal judiciaire en ce sens, et dès lors que le préfet du Rhône lui a délivré un passeport et une carte d'électrice postérieurement à ce refus ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle possède la nationalité française en application de l'article 21-13 du code civil, ainsi que sur le fondement des dispositions de l'article 17 du code de la nationalité et de l'article 30-1 du code civil, car son père a conservé la nationalité française en application de l'article 10 de la loi du 3 juillet 1975 ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle ne peut pas se fonder sur le jugement du tribunal administratif de Lyon du 15 décembre 2021, qui a rejeté sa requête comme dirigée contre un acte préparatoire insusceptible de recours.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2022, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 19 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 17 juillet 2024.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 ;
- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 ;
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Roux, conseillère ;
- et les conclusions de M. Borges Pinto, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, née à Mayotte le 1er janvier 1956, de deux parents nés aux Comores, qui possédait une carte nationale d'identité française délivrée par la préfecture du Rhône le 28 septembre 2009, a sollicité la délivrance d'un certificat de nationalité française. Sa demande a été rejetée par une décision du greffier en chef du tribunal d'instance de Villeurbanne du 13 septembre 2012. Parallèlement, le 13 février 2014, la préfecture du Rhône lui a délivré un passeport français, valable jusqu'au 12 février 2024. Par un courrier du 17 janvier 2020, le préfet du Rhône a informé Mme A qu'il envisageait de retirer ses titres d'identité et de voyage français et l'a invitée à produire ses observations écrites et à se présenter dans ses services le 10 février 2020, pour un entretien à l'issue duquel elle pourrait immédiatement lui restituer sa carte nationale d'identité et son passeport. Par une requête, enregistrée le 6 août 2020 auprès du tribunal administratif de Lyon, Mme A a demandé l'annulation de cet acte, et son recours a été rejeté par un jugement de ce tribunal du 15 décembre 2021. Le 22 mars 2022, Mme A a reçu notification d'un procès-verbal de carence, dressé le 7 janvier 2022 par le préfet du Rhône, constatant l'absence de restitution de son passeport et de sa carte nationale d'identité. Par un courrier du 23 février 2022, réceptionné le 28 février suivant, Mme A a formé un recours gracieux contre ce procès-verbal, qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler le procès-verbal de carence dressé par le préfet du Rhône le 7 janvier 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. A titre liminaire, aux termes de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande () ". Aux termes de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 : " Le passeport est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande ".
3. Si, pris strictement, un procès-verbal de carence ne fait que constater l'absence de restitution de ses titres par une personne à l'autorité qui lui en a fait la demande, et en ce sens ne fait pas grief, il ressort toutefois des pièces du dossier que, bien qu'il n'ait pas formalisé une décision de retrait de ses documents d'identité à l'occasion ou l'issue du procès-verbal qu'il a dressé le 7 janvier 2022, le préfet du Rhône a entendu invalider la carte d'identité et le passeport français de Mme A, comme il ressort de ses propres écritures dans le présent litige, par lesquelles il conclut à la légalité de sa décision de " retrait [des] titres de nationalité et de voyage " de Mme A. Dans les circonstances particulières de l'espèce, et alors qu'il ressort du courrier du ministre de l'Intérieur du 23 décembre 2019, produit par le préfet en défense, que, en l'absence de manifestation de Mme A à l'issue du délai de convocation qui lui était donné, le préfet du Rhône devait adopter un procès-verbal de carence matérialisant un tel retrait, le procès-verbal de carence litigieux doit être regardé comme valant décision d'invalidation desdits documents par le préfet du Rhône. Une telle décision faisant grief, Mme A doit ainsi être regardée comme demandant l'annulation de la décision d'invalidation de son passeport et de sa carte nationale d'identité, formalisée par le procès-verbal de carence du 7 janvier 2022.
4. En premier lieu, aux termes de l'article 30 du code civil : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants. ". Lorsqu'elle délivre un passeport, l'administration se borne à constater, au vu des documents produits, l'état civil et la nationalité de l'intéressé. Le caractère purement recognitif d'une telle décision a pour conséquence que l'administration peut rapporter sa décision pour illégalité, sans condition de délai et même en l'absence de fraude. Toutefois, l'administration ne se trouve pas en situation de compétence liée pour exiger la restitution des documents d'identité d'une personne dont la demande de certificat de nationalité française a été rejetée par le directeur des services de greffe d'un tribunal judiciaire, dès lors qu'il lui appartient d'apprécier si, au vu des justificatifs éventuellement présentés par l'intéressé, il existait un doute suffisant sur sa nationalité.
5. Il ressort des pièces du dossier que, pour invalider la carte nationale d'identité et le passeport de Mme A, le préfet du Rhône s'est fondé sur le refus de lui délivrer un certificat de nationalité française, opposé par le greffier en chef du tribunal d'instance de Villeurbanne le 13 septembre 2012. Ce faisant, le préfet du Rhône a nécessairement porté une appréciation sur les faits de l'espèce. Par suite, il n'est pas fondé à faire valoir qu'il était en situation de compétence liée et que les moyens soulevés par Mme A à l'encontre des vices propres de la décision attaquée seraient inopérants.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " Lorsque l'urgence absolue a empêché qu'une décision soit motivée, le défaut de motivation n'entache pas d'illégalité cette décision. () ".
7. En application des dispositions précitées, la décision d'invalidation du passeport et de la carte nationale d'identité de Mme A, qui constitue une mesure de police, devait être motivée. Toutefois, concernant ses motifs de droit, la décision attaquée ne précise pas les dispositions légales et réglementaires sur lesquelles elle se fonde. D'autre part, concernant sa motivation en fait, la décision du 7 janvier 2022 se borne à faire référence au refus de délivrance d'un certificat de nationalité française à la requérante le 13 septembre 2012 et au jugement du tribunal administratif de Lyon du 15 décembre 2021 rejetant la requête de Mme A tendant à l'annulation du courrier du 17 janvier 2020, sans reprendre à son compte les éléments de motivation de ces décisions, ni préciser les motifs pour lesquels le préfet du Rhône a estimé qu'il existait un doute concernant la nationalité de Mme A. De plus, si, par un courrier du 17 janvier 2020, l'intéressée a été informée de l'intention du préfet du Rhône d'adopter une décision de retrait de ses titres d'identité et de voyage français, en raison du refus de délivrance d'un certificat de nationalité française dont elle avait fait l'objet le 13 septembre 2012, il ne ressort pas davantage des termes de ce courrier, précédant de deux ans l'adoption de la décision attaquée, que le préfet aurait informé la requérante des fondements juridiques et des motifs de fait de sa décision. Par suite, en adoptant la décision contestée d'invalidation des titres d'identité de la requérante, sans la motiver explicitement, ni se prévaloir d'une quelconque situation d'urgence qui l'aurait empêché de la motiver, le préfet du Rhône a entaché la décision attaquée d'un défaut de motivation.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 7 janvier 2022 par laquelle le préfet du Rhône a invalidé la carte nationale d'identité et le passeport de Mme A doit être annulée.
Sur les frais liés au litige :
9. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Shibaba, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à celui-ci de la somme de 1 200 euros au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 7 janvier 2022 par laquelle le préfet du Rhône a invalidé la carte nationale d'identité et le passeport de Mme A est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à Me Shibaba une somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Shibaba et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bour, présidente,
Mme Jorda, conseillère,
Mme Le Roux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La rapporteure,
J. Le Roux
La présidente,
A-S. Bour
La greffière,
C. Touja
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026