lundi 20 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2203703 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | HASSID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 mai 2022, M. B A, représenté par Me Hassid, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 février 2022 du préfet du Rhône lui refusant le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse Mme D E ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône :
- d'autoriser la venue de Mme E sur le territoire français et de lui délivrer une carte de résident, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
- en cas d'annulation pour illégalité externe, de réexaminer la demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- il n'est pas justifié de l'absence ou de l'empêchement de Mme C donnant compétence à Mme F pour signer la décision contestée ;
- la décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- il appartient au préfet de produire l'avis du maire prévu à l'article R. 434-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet s'est estimé lié par le constat de non-conformité du logement dressé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- le préfet a commis une erreur de fait et d'appréciation relative à la condition de logement, dès lors que la résidence habituelle de ses trois enfants est fixée chez leur mère ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 octobre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bertolo,
- les observations de Me Cavalli, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 20 septembre 1973, et père de trois enfants issus d'une précédente union, a sollicité le 21 octobre 2019 le bénéfice du regroupement familial pour son épouse Mme D E qu'il a épousée, le 14 décembre 2018. Par une décision du 17 février 2022 dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a rejeté cette demande au motif que son logement était d'une taille insuffisante pour un couple et trois enfants.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme F, adjointe à la chef du bureau des examens spécialisés à la préfecture du Rhône, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté du préfet du Rhône du 15 novembre 2021, accessible tant au juge qu'aux parties, pour signer notamment toutes les actes de ce bureau, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C, chef de service. Par suite, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que cette dernière n'aurait pas été absente ou empêchée, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée qui manque en fait, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision contestée vise les textes dont elle fait application, notamment les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A sur lesquelles le préfet du Rhône s'est fondé pour rejeter la demande de regroupement familial présentée le 21 octobre 2019. Par suite, la décision contestée, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et ont ainsi permis à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé, est suffisamment motivée en application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. A. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorisation d'entrer en France dans le cadre de la procédure du regroupement familial est donnée par l'autorité administrative compétente après vérification des conditions de logement et de ressources par le maire de la commune de résidence de l'étranger ou le maire de la commune où il envisage de s'établir. / Le maire, saisi par l'autorité administrative, peut émettre un avis sur la condition mentionnée au 3° de l'article L. 434-7. Cet avis est réputé rendu à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative ". Aux termes de l'article R. 434-23 du même code : " A l'issue des vérifications sur les ressources et le logement du demandeur du regroupement familial, le maire de la commune où doit résider la famille transmet à l'Office français de l'immigration et de l'intégration le dossier accompagné des résultats de ces vérifications et de son avis motivé. En l'absence de réponse du maire à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier, cet avis est réputé favorable. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que les enquêtes relatives au logement et aux ressources du requérant réalisées par la délégation territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ont été produites par le préfet du Rhône, et que celles-ci mentionnent que l'avis du maire de la commune de résidence de M. A est implicitement favorable en l'absence de réponse de celui-ci dans un délai de deux mois, comme le rappelle également la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure en l'absence de production de l'avis prévu par les dispositions précitées de l'article R. 434-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En cinquième lieu, si M. A soutient que le préfet du Rhône s'est estimé lié par le constat dressé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'agissant de la non-conformité de son logement, il ressort des pièces du dossier que contrairement à ce qu'allègue M. A, l'enquête sur son logement et ses ressources a conclu que son logement était conforme. Ainsi, le préfet du Rhône qui n'a pas suivi l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pu s'estimer lié par ledit avis, le moyen invoqué par M. A doit être écarté.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; () ". L'article R. 434-5 du même code prévoit que : " Pour l'application du 2° de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui : 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : () b) en zones B1 et B2 : 24 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes ; ".
9. Pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par M. A, le préfet du Rhône s'est fondé sur la circonstance que la superficie de son logement n'était que de 44,24 m² alors que la superficie minimale requise pour une famille de cinq personnes est de 58 m², le préfet ayant tenu compte de la présence au foyer des trois enfants de M. A issus d'une précédente union. En effet, il ressort des pièces du dossier que par un jugement du 3 mai 2018 du juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Lyon, la résidence de ces enfants a été fixée au domicile de l'ex-épouse de M. A, ce dernier s'étant vu accorder un droit de visite et d'hébergement, les fins de semaine, tous les quinze jours et durant les vacances scolaires. Si M. A soutient ne pas héberger ni même voir ses enfants, les quelques pièces qu'il produit qui attestent de l'opposition de son ancienne épouse à ce qu'il exerce son droit d'hébergement et de ce qu'il a déposé une plainte en vue de pouvoir exercer ses droits, ne permettent pas d'établir qu'il n'aurait plus vocation à accueillir ses enfants. Dès lors, que c'est à bon droit que le préfet du Rhône a pu fonder la décision attaquée sur la circonstance tirée de ce que le logement de M. A n'était pas adapté, en taille, pour accueillir cinq personnes, les moyens tirés de ce qu'il aurait fait une inexacte application des dispositions des articles L. 434-7 et R. 434-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché sa décision d'une erreur de fait doivent être écartés.
10. En dernier lieu, si M. A se prévaut de sa durée de présence sur le territoire français, de la circonstance qu'il est père de trois enfants issus d'une précédente union et que l'ensemble de ses attaches familiales sont en France, la décision contestée n'a pas ni pour objet ni pour effet de l'obliger à quitter le territoire français ou de le séparer de ses enfants. S'il fait état de ce que le refus du préfet du Rhône le maintient séparé de sa femme, qu'il a épousé le 14 décembre 2018, il se borne à produire leur acte de mariage sans verser au dossier aucune pièce attestant de l'entretien de liens avec son épouse, rien au demeurant ne lui interdisant de la visiter. Ainsi, en refusant de faire droit à sa demande de regroupement familial, le préfet du Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ni méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants qui résident sur le territoire français ainsi que leurs deux parents. M. A n'est par suite pas fondé à soutenir que le préfet du Rhône aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni davantage celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant
11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 17 février 2022 du préfet du Rhône rejetant sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
12. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il n'y a donc pas lieu de faire droit aux conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 27 octobre 2023, où siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Bertolo, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2023.
Le rapporteur,
C. Bertolo
La présidente,
A. Baux
La greffière,
F. Faure
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026