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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203710

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203710

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203710
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantJOURDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 12 mai et 23 novembre 2022, Mme E G et M. F C, représentés par Me Jourda, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2021 par lequel la maire de Pusignan a accordé à M. B un permis de construire pour la réalisation d'une maison individuelle et d'une piscine ainsi que la décision du 10 mars 2022 de rejet de leur recours gracieux formé contre cette autorisation d'urbanisme ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Pusignan une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le permis de construire attaqué a été délivré sur la base d'un dossier de demande incomplet et comportant des informations erronées ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 11-1.1 du règlement annexé au plan local d'urbanisme de la commune de Pusignan ;

- il méconnaît les dispositions des articles 11-1.5.3 et UC 1 de ce règlement ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2023, la commune de Pusignan, représentée par la SELARL Carnot Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés les 7 juillet et 9 septembre 2022, M. B, représenté par Me Payet Morice, conclut au rejet de la requête, à la condamnation de Mme G et M. C à lui verser la somme de 236 000 euros en application de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme et à ce que les entiers dépens de l'instance et la somme de 5 000 euros soient mis à leur charge sur le fondement des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants sont dépourvus d'intérêt pour agir et que les informations portées sur la requête ne permettent pas d'identifier les requérants ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés ;

- la requête, qui présente un caractère abusif, lui a causé un préjudice financier qui doit être évalué à la somme de 236 000 euros.

Par ordonnance du 8 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 11 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Flechet,

- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,

- les observations de Me Jourda, pour Mme G et M. C, requérants,

- et les observations de Me Gneno-Gueydan, pour la commune de Pusignan.

Considérant ce qui suit :

1. Le 31 août 2021, M. B a déposé une demande de permis de construire pour la réalisation d'une maison individuelle et d'une piscine. Par arrêté du 22 novembre 2021, la maire de Pusignan a délivré l'autorisation ainsi sollicitée. Par courrier du 19 janvier 2022, Mme G et M. C ont exercé un recours gracieux contre cet arrêté, lequel a été rejeté par décision de la maire du 10 mars 2022. Par arrêté du 17 mai 2022, la maire de Pusignan a délivré un permis de construire modificatif pour ce projet. Les requérants sollicitent l'annulation de l'autorisation d'urbanisme initiale ainsi que de la décision de rejet de leur recours gracieux.

A les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les dispositions du permis de construire initial non modifiées par le permis de construire modificatif :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 11-1.1 du règlement annexé au plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Pusignan : " Mouvements de sol et talus et implantation des bâtiments : L'implantation des bâtiments doit respecter la meilleure adaptation au terrain naturel afin de réduire au maximum les mouvements de terrains (déblais - remblais). La topographie du terrain naturel devra être respectée. Les niveaux de sol devront s'implanter le plus près possible du terrain naturel. / L'amplitude de mouvements de terrain ne doit pas excéder : - 1 mètre pour les terrains dont la pente naturelle moyenne, est inférieure ou égale à 15 %, - 1.50 mètre pour les terrains dont la pente naturelle moyenne comprise 15 % et 30 %, - 2 mètres pour les terrains dont la pente naturelle est supérieure à 30 % / Sont interdits : - les exhaussements et affouillements de sol sans lien avec des constructions ou des aménagements susceptibles de s'intégrer dans le paysage naturel ou bâti, - les exhaussements et affouillements de sol liés à la construction d'un bâtiment mais susceptibles de porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux, au site et au paysage naturel ou bâti, ou de gêner l'écoulement des eaux lorsque d'autres solutions peuvent être mises en place. ". En vertu de l'article UC 1 de ce règlement : " Sont interdites les occupations et utilisations du sol suivantes : () - les affouillements et exhaussement du sol ou ouvrages techniques, sauf ceux indispensables à la construction et aux équipements collectifs, () ". Selon l'article UC 2 du même règlement : " Les occupations et utilisations des sols suivantes ne sont admises que si elles respectent les conditions définies ci-après : () les annexes, lorsqu'elles constituent sur le tènement considéré, un complément fonctionnel à une construction existante ou autorisée, / () ". L'index de ce règlement précise que constitue une annexe, notamment, une piscine.

3. Il est constant que le terrain d'assiette du projet présente une pente de 33 %. Il ressort des pièces du dossier que les mouvements de terrains autorisés par l'acte attaqué, qui ne dépassent pas une profondeur de deux mètres, ne sont réalisés que pour les besoins de la construction de la maison et de la piscine ainsi que pour l'aménagement des espaces extérieurs. Les requérants ne peuvent utilement soutenir, dans le cadre du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées, que la piscine, qui constitue une annexe et apparaît comme le complément fonctionnel de la maison d'habitation autorisée, conformément à la réglementation applicable, ne serait pas indispensable. Par ailleurs, en prévoyant l'implantation de la maison sur la partie la plus plane du terrain, proche de la voie publique, et en concevant les espaces extérieures et la piscine en terrasses, le pétitionnaire a opté pour une implantation du projet adaptée au terrain naturel permettant de limiter au maximum les mouvements de terrains. A cet égard, Mme G et M. C ne démontrent pas que les constructions envisagées ne s'adapteraient pas autant que possible à la déclivité du terrain en présentant une hypothèse d'implantation modifiant sensiblement le projet avec la suppression de l'espace de stationnement et de la terrasse. Enfin, si les requérants se prévalent de l'article 3.2.1 b) du cahier des recommandations architecturales annexé au PLU de Pusignan, ces dispositions, qui ne présentent que des propositions d'implantation des constructions sur les terrains en déclivité, n'imposent pas d'adosser les constructions à la pente du terrain naturel. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions rappelées au point précédent doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

5. Si Mme G et M. C soutiennent que le projet portera atteinte à la stabilité des sols et à l'écoulement naturel des eaux du fait de sa proximité avec la zone classée en secteur soumis à des mouvements de terrain en risque moyen, il ressort des pièces du dossier qu'aucun des travaux ne déborde sur la partie du terrain d'assiette relevant de cette zone. En se bornant à regretter l'absence d'étude de sol pour justifier de la compatibilité des travaux projetés avec les caractéristiques du sol, les requérants n'établissent pas la réalité d'un risque en lien avec les problématiques de stabilité des sols qui affecteraient la partie du terrain d'assiette concernée par les travaux. Par suite, la maire n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en accordant le permis de construire en litige.

En ce qui concerne les dispositions du permis de construire initial modifiées par le permis de construire modificatif :

6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : / a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 () / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente. ". Son article R. 431-8 prévoit que : " Le projet architectural comprend une notice précisant : () 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / () ". En vertu de l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / () ". Aux termes de l'article R. 431-10 : " Le projet architectural comprend également : () b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

7. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

8. Si les requérants soutiennent que le dossier de demande de permis de construire est incomplet et entaché de contradictions dès lors que la hauteur des murets de clôture prévus en limites séparatives est et sud n'est pas précisée sur les plans et que le plan de façade nord-est ne matérialise aucun muret en limite latérale est, il ressort des pièces du dossier que ces lacunes sont comblées dans le dossier de demande de permis de construire modificatif, dont les plans précisent la hauteur de chacun des murets prévus en limite parcellaire. Contrairement à ce que font valoir les requérants, le plan de façade nord-est, faisant apparaître les murs de soutènement en limite séparative est, n'entre pas en contradiction avec les autres pièces du dossier faisant également état de ces murs. Si, en revanche, le plan de masse indique un traitement de la limite séparative est aux abords de la zone de stationnement, proche de la voie publique, par un simple grillage d'une hauteur d'un mètre sans indiquer un mur bahut, ce mur de 50 centimètres apparaît tant sur le plan de façade sud-est que sur le document graphique. La notice descriptive précise également que les clôtures à créer seront composées soit d'un mur bahut surmonté d'une clôture, soit d'un mur plein d'une hauteur d'un mètre. Ainsi, l'autorité compétente était en mesure de comprendre que l'absence de mention, sur le plan de masse, du mur bahut en limite séparative est, aux abords de la zone de stationnement, résulte d'une erreur matérielle. Enfin, les requérants ne peuvent utilement soutenir que les documents graphiques et photographiques ne permettent pas d'apprécier avec précision la configuration de la parcelle et la pente du terrain, ces pièces n'ayant pas un tel objet. Ces informations sont en effet précisées par les plans de masse et plans de coupe joints à la demande, lesquels permettent également d'apprécier le traitement du terrain en limites séparatives est et ouest, au droit de la terrasse créée par affouillement. Par suite, le moyen tiré du caractère incomplet et erroné du dossier de demande de permis de construire doit être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article 11-1.5 des dispositions du règlement annexé au PLU de Pusignan : " () Clôtures. 1.5.1 Clôture existante. () / 1.5.2. Clôture à créer. A les voies publiques et privées. Les clôtures sont édifiées à l'alignement des voies et devront être constituées soit : - par un mur en maçonnerie enduit ou en pierres apparentes correctement appareillé d'une hauteur maximale de 1.80 m. - par un mur bahut de même aspect (pierre ou enduit) d'une hauteur maximale de 1.00 m et surmonté d'un dispositif de claire-voie, le tout ne devant pas dépasser la hauteur de 2.00 m. / A les limites séparatives. Même réglementation que sur les voies publiques et privées. / 1.5.3 Haie végétale. Les clôtures seront doublées d'une haie d'essence locale panachant 3 ou 4 espèces dont un tiers au maximum de persistantes. Elles pourront panachées des strates arbustives à l'exception d'essences horticoles (thuyas, lauriers, cyprès). ".

10. Il résulte des dispositions précitées que l'article 11-1.5.3, qui réglemente les seules clôtures composées de haies végétales, n'a ni pour objet ni pour effet d'imposer de doubler d'une haie végétale les clôtures à créer composées d'un mur plein ou d'un mur bahut avec dispositif de claire-voie, lesquelles sont entièrement réglementées par l'article 11-1.5.2 précité, alors même qu'elles seraient par ailleurs végétalisées. Par suite, et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet, qui prévoit, dans son état tel qu'autorisé par le permis de construire modificatif, de clôturer la parcelle par des murs pleins d'une hauteur d'un mètre ou des murs bahuts d'une hauteur de 50 centimètres surmontés d'un grillage d'un mètre, comprendrait l'implantation de haies végétales en limite séparatives au sens de l'article 11-1.5.3, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation des requérants doivent être rejetées.

A les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme :

12. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel. ".

13. Il ne résulte pas de l'instruction que la requête de Mme G et M. C aurait été présentée dans des conditions qui traduiraient un comportement abusif de leur part. Dès lors, les conclusions indemnitaires de M. B doivent être rejetées.

A les frais liés à l'instance :

14. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de Mme G et M. C, partie perdante, le versement à la commune de Pusignan, d'une part, et à M. B, d'autre part, d'une somme de 1 400 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Ces mêmes dispositions font en revanche obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par les requérants sur ce fondement.

15. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. B à ce titre doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme G et M. C est rejetée.

Article 2 : Mme G et M. C verseront à la commune de Pusignan la somme globale de 1 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Mme G et M. C verseront à M. B la somme globale de 1 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E G et M. F C, à M. D B et à la commune de Pusignan.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Jean-Pascal Chenevey, président,

- Mme Marine Flechet, première conseillère,

- Mme Marie Chapard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

La rapporteure,

M. Flechet

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

A. Baviera

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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